Entretien avec Jean-Marc Vivenza sur le « Mystère de l’Église intérieure »

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Après la publication récente de son livre « Le Mystère de l’Église intérieure » (La Pierre Philosophale, 2016), Jean-Marc Vivenza vient d’accorder un « Entretien », disponible sur le blog des éditions La Pierre Philosophale, dans lequel il revient sur les principaux thèmes de son ouvrage. En raison de l’importance des sujets abordés et des développements qui sont effectués par l’auteur, nous portons à la connaissance de nos lecteurs ces propos absolument passionnants qui éclairent de façon remarquable de nombreux points fondamentaux : la théurgie des élus coëns, la voie selon l’interne d’après Saint-Martin, le Régime écossais rectifié, Origène, le dualisme, le statut ontologique du monde créé, la préexistence des âmes, la doctrine de la réintégration, la nouvelle naissance de l’homme, la nature de Dieu, etc.

ENTRETIEN INÉDIT SUR

« LE MYSTÈRE DE L’ÉGLISE INTÉRIEURE »

AVEC JEAN-MARC VIVENZA 

(Octobre 2016)

– 1° Le mystère de l’église intérieure est-elle la praxis du martinisme ou  de la Société des Indépendants, société imaginée par Louis-Claude de  Saint-Martin ? Je m’explique les élus coëns pratiquaient la théurgie comme  praxis « faute de mieux » écrira Martinès de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz de son côté préconisait la bienfaisance active, que faut-il en penser ?

Cette question appelle plusieurs précisions.

Tout d’abord «le mystère de l’église intérieure » n’est pas une « praxis » mais, comme son intitulé l’indique, un « mystère », ce qui est relativement différent, car ouvrant sur une connaissance, ou plus exactement une « révélation » vécue intérieurement en un mouvement d’authentique transformation substantielle, portant sur ce qu’il en est, en réalité effective, de la Divinité et de sa nature. C’est là, d’ailleurs, tout l’objet de la 3ème partie du livre qui a pour nom : « La naissance de la Divinité dans l’âme à partir du néant ». Il ne s’agit de ce fait, en aucun cas d’une « praxis martiniste », ou de la Société, dite des « Indépendants » ou des « Intimes » dont Saint-Martin se déclarait le fondateur [1] – bien qu’être membre de cette Société mystique c’est, bien évidemment, accueillir, se disposer et s’ouvrir à la possibilité d’un tel processus -, mais d’une « œuvre » se produisant dans le silence le plus profond de l’âme de certains êtres de désir, qui sont conduits et guidés, invisiblement, par des voies secrètes vers les régions célestes, sublimes et transcendantes, là où est dévoilée entièrement, en sa parfaite nudité essentielle, l’ultime Vérité.

Quant à la pratique qui donne accès à ce « mystère », elle est assez différente, pour le moins, entre Martinès de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint-Martin, ce dernier regardant en effet son premier maître, Martinès, comme en étant demeuré, dans la voie théurgique qu’il préconisait, à une initiation « selon les formes », critique plutôt sévère sous la plume du Philosophe Inconnu [2] qui ne mâcha pas ses mots lorsqu’il le jugea nécessaire [3], signifiant pour lui que pour réaliser notre « objet », ou la « grande affaire », il ne convient pas, et en aucun cas, de s’encombrer de méthodes inutiles, obsolètes et même « dangereuses » comme l’est la théurgie qui peut même « augmenter les maux de l’homme » [4], mais, tout au contraire, d’engager un dépouillement absolu de l’âme afin de parvenir à la contemplation du Divin, et de cette contemplation, réalisée en mode subtil, faire naître le Divin en nous.

Telle est la voie exposée par Saint-Martin, et non une autre, c’est celle qu’il décrivit dans l’ensemble de ses ouvrages, ceci avec une rare constance ; y être fidèle, être fidèle à cette voie « selon l’interne », c’est donc être fidèle, non seulement à Saint-Martin évidemment, mais surtout à ce que l’homme se doit d’accomplir, ontologiquement, depuis les origines, époque où s’étant écarté du sentier qui le relie avec l’éternité il a été réduit en une existence grégaire, ayant anéanti ses facultés.

S’écarter de cette voie de « réintégration », c’est donc rejoindre, pour de vains motifs, où se conjuguent le plus souvent comme depuis l’aube des temps, l’aveuglement volontaire et l’orgueil, le royaume des ombres dominé, selon l’expression du Philosophe Inconnu, par le « principe de ténèbres » [5].

–  Je vous cite : « Maître Eckhart fit intervenir une idée vraiment novatrice, développant ses vues audacieuses à partir de ce qu’il nommera « les deux néants », à savoir celui de Dieu, en tant que néant originel et fondateur qui n’est rien de ce qui est, et le « non-être », celui dont est tiré l’homme, un second « néant » en tant que possibilité infinie à l’intérieur de laquelle le Créateur décide de faire surgir les êtres créés à partir de rien : ex nihilo [6].» Le sens de la vie et de la mystique est donc rien moins, dans la  conception « ex nihilo », que de conduire l’homme, dans un progrès  continu, du néant à la condition divine. N’est-ce pas antinomique avec la notion de chute portée et revendiquée par le Régime écossais rectifié par exemple ? Dans  la conception religieuse « ex deo » le mouvement n’est-il pas différent, n’est-il pas, non plus ascendant mais descendant ? Qu’en pensez-vous ?

Nous sommes ici, avec Maître Eckhart, dont il est fait allusion, dans un registre métaphysique qu’il convient de bien comprendre sous peine de s’égarer grandement, en confondant les niveaux d’où s’exprime ce discours.

Qu’est-ce au fond que la perspective de « divinisation » eckhartienne, dont hérite Saint-Martin – cette notion ne se trouvant pas chez Martinès qui reste totalement distant sur ce sujet, et observe un total mutisme à son égard -, par l’intermédiaire de Jacob Boehme, son second maître du point de vue de la chronologie mais le premier selon l’Esprit ?

Il s’agit tout simplement, si l’on peut dire, de l’engendrement de la Divinité dans l’âme, et il est ici question, dans la problématique soulevée, certes d’une naissance, mais pas n’importe laquelle, car c’est celle, extraordinaire s’il en est, de l’Être divin Lui-même ! Un Être divin considéré, théoriquement sur le plan théologique, comme incréé, non-né, éternel. Or, dans ce cadre ontologique, cet Être ne possède son être qu’à partir de son avènement dans et par l’âme de l’homme ; il est dépris de lui-même et séjourne dans l’absence d’une absolue pauvreté existentielle, car il « n’existe pas » ; l’Être n’étant rien de ce qui est, il est un pur néant, un « Non-Être ». C’est un changement prodigieux par rapport au discours de la scolastique et de la théologie classique. On ne mesure donc pas réellement ce que cette proposition possède comme aspect radicalement renversant, car il y a là la rencontre entre deux « néants », le « Néant suressentiel » en attente de sa révélation, et le « néant » de la créature, portant, mais en potentialité, la responsabilité de la génération du Verbe. Nous sommes ainsi en présence d’un mouvement dialectique, d’un « vortex » suressentiel, qui n’est plus ni ascendant ni descendant, ou pour le dire autrement ni « transcendant », ni « immanent », mais « méta-ontologique », puisqu’il participe d’une ontologie en mode négatif, c’est-à-dire d’une « ontologie négative ».

C’est pourquoi, en raison du rôle majeur de l’esprit dans l’engendrement de la Divinité, Saint-Martin est fondé lorsqu’il affirme : « tout tient à l’esprit, et tout correspond à l’esprit » (Le Ministère de l’homme-esprit, 1èrePart., « De la nature »), car sans cet « esprit » qui est un intermédiaire existentiel, un authentique « médium », il n’y aurait rien, rien de manifesté, rien de connu ni rien de révélé, le Divin subsisterait dans le Non-Être suressentiel en quoi il a son séjour depuis toujours et pour toujours. Ceci impliquant que sans « l’Esprit », Dieu n’existerait pas.

De la sorte, comme exprimé dans le Mystère de l’Église intérieure : « L’esprit de l’homme, en tant que « médium », est donc un lieu de passage, un germe et une sève par lesquels les régions divines et la Divinité elle-même, traversent l’écran des ténèbres matérielles assimilables au « non-être », afin que, par cette entrée – par, et dans le « non-être » -, elles surgissent dans l’être, et c’est en ce lieu négatif, quoique en un mode paradoxal puisque le visible y relève de la nuit et la nuit de la lumière invisible, et en nul autre, que s’effectue la génération du Verbe en une sorte de vertigineux et déroutant mode d’anéantissement …[7]»

– 3° Vous écrivez dans l’appendice traitant de la préexistence des âmes : « Cette « émanation » qui s’est déroulée « avant le temps » (Traité, 1), représente donc un acte correspondant à ce que les théologiens de l’Église entendent, et condamnent, sous le nom de « préexistence des âmes », soit une génération ayant été effectuée avant qu’Adam ne soit précipité dans un corps de matière, faisant que le mineur spirituel est un être éternel de par son caractère d’être spirituel  [8].» N’est-ce pas toute la différence entre ces deux conceptions « ex nihilo »  et « ex deo » ? En privilégiant l’aspect « ex deo » ? Même si les frontières entre ces deux conceptions ne sont pas si tranchées, l’Église n’a-t-elle  pas perdu l’Esprit ou pour le moins confondu avec l’âme ? Cette vision  dualiste (corps-âme) partagée par Willermoz dans son « Traité des deux natures » n’est-elle pas obsolète aujourd’hui ?

La théorie de l’émanation, soutenue par Martinès de Pasqually, s’inscrit, bien qu’en lui apportant des lumières singulières, dans le discours théologique de la Cause transcendante, c’est-à-dire un discours qui pose, à l’origine et au principe de tout, un Dieu créateur possédant les caractères propres à son essence, soit l’éternité, l’omnipotence et l’omniscience.

Dans ce cadre théorique, Dieu crée en effet toutes choses « ex-nihilo », c’est-à-dire à partir de rien d’existant auparavant (et non à partir d’un « rien substantiel »), et leur confère l’être, un être qui est donné et reçu. C’est ce qui est exprimé dès les premières lignes du Traité sur la réintégration des êtres : « Avant le temps, Dieu émana des êtres spirituels, pour sa propre gloire, dans son immensité divine. » (Traité, § 1).

Mais il y a chez Martinès un élément novateur, ou du moins très différent de l’enseignement de l’Église depuis la condamnation des thèses d’Origène au VIème siècle [9], qui tient à la notion de « nécessité », ce qui en fait une thèse inacceptable pour les docteurs, théologiens et les pères, en ce sens que cette « nécessité » implique une contrainte subie de la part de Dieu, qui se serait vu, au commencement des temps, dans l’obligation de créer le monde matériel pour y emprisonner les esprits rebelles : «Ces premiers esprits ayant conçu leur pensée criminelle, le Créateur fit force de lois sur son immutabilité en créant cet univers physique en apparence de forme matérielle, pour être le lieu fixe où ces esprits pervers auraient à agir et à exercer en privation toute leur malice. » (Traité, § 6).  Dieu, qui fait « force de lois sur son immutabilité en créant cet univers physique »,  est donc victime, en quelque sorte, de sa propre création ; une révolte ayant éclaté au sein de l’immensité divine, il lui est devenu « nécessaire », en faisant « force de lois sur lui-même », c’est-à-dire par contrainte et en allant contre ses plans, d’ordonner la constitution d’une « matière » ayant fonction d’être un cachot dans lequel les esprits rebelles expient leur faute.

Ce monde matériel, de par son origine contrainte ou « nécessaire », est donc qualifié par Martinès « d’apparent », ce qui renforce plus encore l’éloignement par rapport aux positions ecclésiales, car c’est que ce qui est dit « apparent » ne signifie pas seulement inexistant ou irréel, mais est synonyme dans la langue de Pasqually de « créé », et en ce qui concerne la matière, créée de façon imparfaite, impure et souillée « puisqu’elle est le fruit de l’opération d’une volonté mauvaise » (Traité, § 30), produite, qui plus est, non directement par Dieu, mais par des esprits inférieurs agissant sur ordre du Créateur pour former les corps à partir des trois essences spiritueuses : « les esprits inférieurs, ayant reçu l’ordre du Créateur pour la construction de l’univers, ainsi que l’image de la forme apparente qu’il devait avoir, produisirent d’eux-mêmes les trois essences fondamentales de tous les corps, avec lesquels ils formèrent le temple universel (…) des esprits inférieurs producteurs des trois essences spiritueuses d’où sont provenues toutes les formes corporelles » (Traité, § 256).

On est donc dans un climat théorique, propre à celui de la doctrine de la réintégration, extrêmement différent de ce qu’enseignent toutes les Églises au sujet de la création du monde, cette « nécessité » sur laquelle insista d’ailleurs fortement Origène, étant violemment rejetée depuis le VIèmesiècle par tous les conciles et la dogmatique de l’ensemble des confessions chrétiennes.

Il y a donc bien une distance observée à l’égard du monde, tant chez Martinès que ses deux principaux disciples : Willermoz et Saint-Martin, qui tiennent exactement les mêmes propos et affirment des thèses absolument identiques concernant le monde matériel créé sous contrainte « nécessaire », à savoir que sans prévarication des esprits rebelles il n’y aurait jamais eu de Création ni même d’homme, et ce point est en contradiction absolue, ceci rappelé encore une fois, d’avec la conception de la Création selon le dogme de l’Église pour lequel la Création n’est pas une conséquence de la Chute, mais un don d’amour, l’expression d’une générosité diffusive, un témoignage de pure Charité. Avec Martinès la tonalité est de ce fait tout autre, radicalement autre même comme on peut en juger : « Sans cette première prévarication, aucun changement ne serait survenu à la création spirituelle, il n’y aurait eu aucune émancipation d’esprits hors de l’immensité, il n’y aurait eu aucune création de borne divine, soit surcéleste, soit céleste, soit terrestre, ni aucun esprit envoyé pour actionner dans les différentes parties de la création. Tu ne peux douter de tout ceci, puisque les esprits mineurs ternaires n’auraient jamais quitté la place qu’ils occupaient dans l’immensité divine, pour opérer la formation d’un univers matérielPar conséquent, Israël, les mineurs hommes n’auraient jamais été possesseurs de cette place et n’auraient point été émanés de leur première demeure ou, s’il avait plu au Créateur de les émaner de son sein, ils n’auraient jamais reçu toutes les actions et les facultés puissantes dont ils ont été revêtus de préférence à tout être spirituel divin émané avant eux. » (Traité, § 237).

Cette vision séparant ainsi avec vigueur le corps de matière dégradée, de l’âme émanée, partagée par Willermoz dans son « Traité des deux natures», peut-elle être qualifiée de  dualiste ?

D’une certaine manière incontestablement, et il faut répondre par l’affirmative, elle est même l’expression en terrain initiatique, d’un origénisme dont on sait qu’il influença grandement, plus tard, le dualisme médiéval [10].

D’autre part cette vision, me dites-vous, n’est-elle pas obsolète aujourd’hui ?

Mais pour quelle raison le serait-elle ?

Les thèses d’Origène, comme celles de Pasqually, n’ont pas vocation à « évoluer » avec l’Histoire, elles n’ont pas à être « amendées », « contrariées » ou « enrichies », elles sont l’expression d’une position métaphysique qui n’est pas soumise aux vicissitudes et caprices du temps, mais qui participe d’un enseignement, désigné comme sacré par Willermoz dans ses Instructions, et dont il affirme qu’il fut dispensé, en tant que « sainte doctrine » depuis Moïse [11], enseignement que connut parfaitement le christianisme primitif. Elles exigent donc ces thèses, notamment dans un cadre initiatique dont la fonction est de leur servir d’écrin et de conservatoire protecteur, d’être certes étudiées, approfondies et méditées, mais aussi et surtout respectées en fidélité. Ce rappel insistant au respect et à la fidélité est d’ailleurs, tout le sens de mon travail théorique depuis plusieurs années.

– 4° Votre ouvrage La doctrine de la réintégration des êtres publié aux éditions La Pierre Philosophale en 2012, éclaire d’un jour nouveau cette approche de la création du monde selon Origène. Essayons peut-être d’aller un peu plus loin en votre compagnie. En effet, il existe une différence entre « chute » et « création » selon Origène. C’est en commentant la parole du Christ, citée par l’évangile de saint Jean : « Vous êtes d’en bas (katô), moi je  suis d’en haut(anô) » (Jean, VIII, 23), qu’Origène va être amené à préciser le sens de katabolèMais comment peut-il y avoir un lien avec « l’en haut », si ce monde dans lequel nous nous trouvons est une création consécutive à une chute(katabolè) ?

Permettez-moi, au préalable, afin d’en situer le contexte, de dire quelques mots à propos de ce qui a motivé la rédaction de La doctrine de la réintégration des êtres en 2012. Ma décision participe du constat de la situation très préoccupante dans laquelle se trouvait la doctrine dont le Régime rectifié est le dépositaire dans de nombreuses structures initiatiques dans lesquelles on constatait, et l’on constate encore, un net désintérêt, un oubli, une ignorance, voire même un profond rejet ou une vigoureuse hostilité à l’égard d’un enseignement pourtant intrinsèquement lié à l’héritage willermozien. Mais, plus inquiétante encore, était, et demeure, la tendance – celle-là même qui conduisit à la décision d’aller jusqu’à modifier en son essence l’organisation fondée par Camille Savoire lors du réveil du Régime en France en 1935 en la transformant, au nom du concept de « franc-maçonnerie chrétienne », en une obédience « constituée » (sic) de plusieurs rites et coiffée d’une « aumônerie » (re-sic) -, affirmant trouver une parfaite « harmonie » entre les thèses de Willermoz et les dogmes de l’Église alors que le Rectifié professe, de façon implicite dans les Instructions destinées à tous les grades, et de façon explicite dans les Instructions secrètes de sa classe dite « non-ostensible », des thèses condamnées par l’Église et ses conciles, qui soutiennent la nature purement spirituelle d’Adam avant la chute, la création du monde décidée « nécessairement » en raison d’une contrainte imposée (la « cause occasionnelle ») – qui plus est effectuée non par Dieu mais par des esprits intermédiaires -, l’emprisonnement dans un corps de matière de l’homme en conséquence de sa prévarication, la vocation à la dissolution des éléments de l’Univers créé lors de la fin des temps, la résurrection incorporelle du Christ et la destination immatérielle des créatures dans l’éternité [12].

La-doctrine-de-la-reintegration-des-etres--Jean-Marc-Viv

Revenons à votre question, portant sur le comment du lien entre « l’en haut » et la création consécutive à une chute, c’est-à-dire « l’en-bas » ?

Les affirmations soutenues par Origène, au sujet d’une création du monde pensée comme une « chute », provient de son examen de la formule utilisée par les évangélistes lorsqu’ils évoquent la « fondation du monde » (Matthieu, XIII, 25 ; XXV, 34 ; Luc XI, 50 ; Jean, VIII, 23 ; XVII, 24),formule reprise ensuite par saint Paul dans ses Épîtres, qui désigne bien une « descente », une dégradation, remarquant qu’était employé le terme καταβολή (katabolè), provenant du verbe καταβάλλω (kattaballô), c’est-à-dire l’action de « jeter de haut en bas » pour parler de la création du monde matériel. Origène en déduisit que cela ne provenait pas d’un contresens de leur part, mais bien d’une nette volonté de nous indiquer le caractère descendant du geste créateur, alors même qu’il eût été possible, et normal en pareille circonstance, d’utiliser le terme  kτίσις (ktisis), signifiant positivement « Création » au sens plénier et originel. Ainsi donc, Origène en est arrivé à considérer, sans doute nourri et influencé par les thèses des écoles néo-platoniciennes qui dominaient à Alexandrie en son temps, que ce monde matériel avait été la conséquence d’une « chute », celles des âmes qui, par leur faute, ont mérité d’être précipitées et incorporées en des formes matérielles, comme il l’explique dans le Péri Archon, qu’il n’est jamais inutile de citer : « S’il en est ainsi, sont descendues de haut en bas non seulement les âmes qui l’ont mérité par leurs mouvements divers, mais encore celles qui pour servir ce monde ont été menées, bien que ne le voulant pas, de ces réalités-là, supérieures et invisibles, à ces réalités-ci, inférieures et visibles […] pour ces âmes qui, à cause des trop grandes défaillances de leurs intelligences, eurent besoin de ces corps plus épais et plus solides, et en vue de ceux à qui cela était nécessaire, ce monde visible a été institué. À cause de cela, par la signification de ce mot katabolè (καταβολή) est indiquée la descente de tous du haut en bas [13].» Est-ce que cette situation, celle d’un monde dans lequel nous nous trouvons consécutif à une dégradation, à une « chute » des âmes précipitées d’un état spirituel en des formes matérielles corruptibles, rend encore possible un lien entre le haut et le bas, sachant que le Christ fit cette solennelle déclaration : «Vous êtes d’en bas (katô), moi je  suis d’en haut (anô) » (Jean, VIII, 23) ?

Du point de vue mondain, certes non, aucun lien n’est possible, ni envisageable, entre le corruptible et l’incorruptible.  Ce qui est de l’ordre de la chair est voué à la mort et au néant !

Ces deux ordres, celui de l’esprit et celui de la chair, sont absolument antithétiques de par leur origine totalement différente, l’ordre de l’esprit est « d’en haut », l’ordre de la chair est « d’en bas », c’est pourquoi il y a deux origines distinctes et opposées [14], à quoi correspond deux naissances différentes : « Ce qui est né de l’Esprit est esprit, ce qui est né de la chair est chair » (Jean III, 6).

Toutefois, la réponse se trouve ici.

La seule manière de « communiquer », d’établir un « lien » entre le « haut » et le « bas », est de se faire Esprit ; de naître « en l’Esprit », de « faire place à l’Esprit » comme nous y invite Saint-Martin.

Le dialogue du Christ avec Nicodème, déjà brièvement évoqué par la citation de saint Jean, est essentiel de ce point de vue : « Il y avait un homme d’entre les pharisiens, nommé Nicodème, sénateur des Juifs, qui vint la nuit trouver Jésus, et lui dit : Maître ! nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu pour nous instruire, comme un docteur : car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n’est avec lui. Jésus lui répondit : ‘‘En vérité, en vérité je vous le dis : personne ne peut voir le royaume de Dieu, s’il ne naît de nouveau’’. Nicodème lui dit : ‘‘Comment peut naître un homme qui est déjà vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère, pour naître une seconde fois ?’’ Jésus lui répondit : ‘‘En vérité, en vérité je vous le dis : si un homme ne renaît de l’eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair, est chair ; et ce qui est né de l’Esprit, est esprit. Ne vous étonnez pas de ce que je vous ai dit, qu’il faut que vous naissiez de nouveau. L’Esprit souffle où il veut, et vous entendez sa voix : mais vous ne savez d’où il vient, ni où il va : il en est de même de tout homme qui est né de l’Esprit’’. » (Jean III, 1-8).

Or cette « renaissance », est la véritable naissance, une  μετάνοια (métanoïa), une mutation, ou plus exactement une « transmutation » qui doit être réalisée par  des  purifications successives, par un engendrement essentiel de notre « Esprit », que Saint-Martin nomme « Être intellectuel » : « Notre Être intellectuel lui-même, dans son état présent, est une espèce d’insecte, relativement aux êtres à qui la corruption et le temps ne sont pas connus. Car, quoiqu’il ait reçu avec l’émanation le complément de son existence, il est assujetti,  depuis sa chute, à une transmutation continuelle de différents états successifs,  avant d’arriver  à son  terme. » (Le Tableau naturel, § VIII). Cette « transmutation » par purifications successives, une « transmutation » s’effectuant sur le plan spirituel, se produit  dans le fond de l’âme (abditus mentis), là où la Divinité s’engendre elle-même, dans le mystère secret du silence intérieur par lequel, dans une « opération » invisible, le divin procède à son engendrement : « Dieu opère dans l’âme sans aucun intermédiaire – image ou ressemblance – mais bien dans le fond, là où jamais ne pénétra aucune image que Lui-même, en son Être propre. Cela, aucune créature ne peut le faire […] Il l’engendre exactement de la même manière qu’Il l’engendre dans l’éternité, ni plus ni moins [15]

On le voit, si l’âme, dépositaire d’une essence unique et incréée en raison de son émanation, parvient jusqu’à l’origine même d’où provient le premier commencement, alors elle peut devenir, en acte ce qu’elle était en puissance seulement, soit la pierre fondamentale d’où surgit en son « aurore naissante » la Divinité, et dès lors, la communion entre ce qui est « en haut » et ce qui est « en bas », peut s’accomplir, en mode spirituel pur.

On notera d’ailleurs, que c’est sur cette « pierre » secrète où la Divinité est née, que reposent les sept colonnes de l’Église intérieure : « ‘‘Faites place à l’Esprit’’ […] Comment cette Église serait-elle renversée ? Ses sept colonnes reposent sur la sainteté, et elles s’élèvent jusque dans la demeure du Très-Haut ; là elles puisent continuellement la sève divine, et la rapportent jusqu’aux saints fondements du temple. » (Le Nouvel homme, § 14).

Dès lors, dans ce règne de « l’Esprit », se comprend aisément ce qu’Origène soutient dans le Péri Archon concernant le caractère finalement similaire et identique des différentes époques transitoires pour les âmes, que ce soit « ici-bas » ou « au-delà » les régions étant entièrement transcendées en ce domaine, formant, de manière constante en mode d’invisibilité dans l’ordre des vérités surnaturelles, un unique instant ontologique dans lequel jamais rien ne fut, jamais rien n’est advenu, et jamais rien ne cessera au sein l’éternité incréée : « Et si le commencement qu’elles ont eu est pareil à la fin qu’elles espèrent, elles furent déjà sans aucun doute, dès le début, dans les réalités qu’on ne voit pas et qui sont éternelles [16].»

– 5° En début d’entretien, nous avons évoqué la praxis des élus coëns, puis celle de l’Église intérieure, que vous développez longuement dans ce nouvel ouvrage «Le mystère de l’Église intérieure », et dont vous venez de nous éclairer l’un des points essentiels, mais pourrions-nous évoquer celle des membres du Régime rectifié ? Par ailleurs, est-ce que la classe des Profès prépare à la théurgie ? Le RER serait-il l’antichambre, soit des  élus coëns, soit du martinisme ?

Que les choses soient bien claires. Le caractère « opératoire » du Régime rectifié relève d’une méthodologie originale qui n’est ni celle des élus coëns, ni celle des disciples de Saint-Martin, et c’est pourquoi, le Rectifié n’est l’antichambre de quoi que ce soit, si ce n’est rien d’autre que de lui-même ; le Régime est parfaitement autonome et entièrement autosuffisant, mais encore convient-il qu’il soit pratiqué authentiquement pour délivrer à ceux qui en sont membres toute l’extraordinaire potentialité initiatique dont il est le détenteur de par l’Histoire.

On sait la prévention du Philosophe Inconnu pour les associations humaines [17], alors qu’au contraire Willermoz, voyant précisément la faiblesse constitutive des hommes, croyait que des cadres structurants leur étaient nécessaires pour s’élever vers l’Unité. Le premier nous lègue, par sa théosophie, une voie d’accès à la Divinité à mettre en œuvre dans le « fond de l’âme », voie pratiquée par des solitaires formant la « Société des Intimes », dans le silence et la prière. Le second un système fortement hiérarchisé, maçonnique et chevaleresque, fondé sur un enseignement doctrinal qui est délivré par des Instructions, spécifiques à chacun des grades de l’Ordre.

Ainsi Jean-Baptiste Willermoz, observant une grande fidélité à l’égard de l’enseignement de Martinès de Pasqually, propose une œuvre de régénération en quatre temps : « expiation », « purification », « réconciliation » et « sanctification »,  suivant quasiment pas à pas les différentes étapes qui virent Adam être dépossédé de son état glorieux, puis expulsé de l’Éden pour venir endurer en ce monde ténébreux l’éprouvante douleur d’un exil, ce qui lui vaudra, de par une pénible épreuve (« expiation »), tout d’abord subie (« purification ») mais que tout homme aura la nécessité d’accepter (« réconciliation » ), et de mettre en œuvre (« sanctification »), ceci afin de bénéficier de la grâce salvatrice du Divin Réparateur offerte depuis le Calvaire, gratuitement et librement, à toute créature désireuse de retrouver, par la foi, le chemin qui conduit à l’Être éternel.

Préservant l’héritage de Martinès de Pasqually, son incontestable maître dans le domaine de l’initiation, bien qu’il en corrigea nettement les conceptions sur deux points essentiels touchant à la Trinité et à la double nature du Christ, Willermoz confia la mission de conserver dans toute son intégrité la doctrine de la  réintégration aux membres participant des ultimes niveaux de son Ordre, c’est-à-dire aux frères introduits dans les classes secrètes de la Profession, et institua une sorte de cénacle à l’intérieur de l’Ordre, par delà le dernier grade dit « ostensible » de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, cénacle qui fut le cœur caché et voilé du Régime, et dont le devoir était de rigoureusement veiller aux fondements essentiels de la doctrine,  d’en approfondir les éléments, d’en répandre doucement et avec pédagogie les principes et, surtout, tâche première et essentielle, d’en conserver le dépôt intact ce qui défini d’ailleurs dans ses devoirs et sa fonction supérieure, le rôle précis du « Haut et Saint Ordre » [18].

L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, sera ainsi conçu pour être l’écrin de « l’Ordre mystérieux » qui est l’essence même du Régime rectifié, sa substance intérieure secrète. Ses travaux se dérouleront dans l’invisible et auront pour objet de se consacrer à l’étude et à la conservation de la doctrine de la réintégration dont il est le dépositaire, doctrine sacrée qui a un but essentiel et très élevé que peu d’hommes sont dignes de connaître ; Willermoz écrira du « Haut et Saint Ordre » :« Son origine est si reculée, qu’elle se perd dans la nuit des siècles ; tout ce que peut l’institution maçonnique, c’est d’aider à remonter jusqu’à cet Ordre primitif, qu’on doit regarder comme le principe de la franc-maçonnerie ; c’est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue : l’un est la Chose même, l’autre n’est que le moyen d’y atteindre. [19]»

« Certes toute la création porte en elle l’espoir de la liberté, afin d’être libérée de la servitude de la corruption, lorsque les fils de Dieu, qui sont tombés ou ont été dispersés, seront rassemblés dans l’unité, ou lorsqu’ils auront accompli dans ce monde toutes les autres missions que connaît seul Dieu, artisan de l’univers. »

Origène, Traité des Principes.

« Ton Être intellectuel [est] le véritable temple ; les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l’environnent… le sacrificateur c’est ta confiance… les parfums et les offrandes, c’est [ta] prière, c’est [ton] désir et [ton] autel pour le règne de l’exclusive unité. »

Saint-Martin, Le Tableau naturel.

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Le mystère de l’Église intérieure

ou la « naissance » de Dieu dans l’âme

Le cœur métaphysique et ontologique de la doctrine saint-martiniste

Notes.

[1] « C’est cette Société que je vous annonce  comme étant la seule de la terre qui soit une image réelle de la société divine,  et dont je vous préviens que je suis le fondateur. »  (Louis-Claude de Saint-Martin, Le Crocodile, Chant 91).

[2] « Je ne regarde tout ce qui tient à ces voies extérieures que comme les préludes de notre œuvre, car notre être, étant central, doit trouver dans le centre où il est né tous les secours nécessaires son existence (…) je me suis senti de tout temps un si grand penchant pour la voie intime et secrète, que cette voie extérieure ne m’a pas autrement séduit, même dans ma plus grande jeunesse ; car c’est à l’âge de vingt-trois ans que l’on m’avait tout ouvert sur cela aussi, au milieu de choses si attrayantes pour d’autres, au milieu des moyens, des formules et des préparatifs de tout genre, auxquels on nous livrait, il m’est arrivé plusieurs fois de dire à notre maître : Comment, maître, il faut tout cela pour le bon Dieu ? et la preuve que tout cela n’était que du remplacement, c’est que le maître nous répondait : Il faut bien se contenter de ce que l’on a….»  (L.-C. de Saint-Martin, Lettre à Nicolas Antoine Kirchberger du 12 juillet 1792, baron de Liebisdorf publiée par MM. Schauer et Alp.Chuquet, in Correspondance inédite de Louis-Claude de Saint-Martin, Paris, Dentu, 1862, p. 15).

[3] « …toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées sont pleines d’incertitudes et de dangers, ce que nous avons est trop compliqué et ne peut être qu’inutile et dangereux, puisqu’il n’y a que le simple de sûr et d’indispensable… » (Saint-Martin aux coëns du Temple de Versailles, Lettre de Salzac, mars 1778).

[4] « Ces établissements (mon ancienne école ou à une autre) servent quelquefois à mitiger les maux de l’homme, plus souvent à les augmenter, et jamais à les guérir…. ceux qui y enseignent ne le font qu’en montrant des faits merveilleux ou en exigeant la soumission. » (Extrait du recueil de correspondance de Saint-Martin, avec MM. Maglasson, De Gérando, Maubach, etc., appartenant à M. Munier, lettre du 5 août 1798).

[5] « Dans les unes [c.a.d. les voies secrètes et dangereuses], ce principe de ténèbres ne forme que de légères taches, qui sont comme imperceptibles et qui sont absorbées par la surabondance des clartés qui les balancent ; dans les autres, il y porte assez d’infection pour qu’elle y surpasse l’élément pur. Dans d’autres, enfin, il établit tellement sa domination, qu’il devient le seul chef et le seul administrateur. » (Ecce Homo, § 4).

[6] Le mystère de l’Église intérieure, La Pierre Philosophale, 2016, p. 107.

[7] Ibid., p. 115-116.

[8] Ibid., p. 207. « Toute forme corporelle est toujours un chaos à l’âme spirituelle divine, parce que cette forme de matière ne peut recevoir la communication de l’intellect spirituel divin, n’étant en elle-même qu’un être apparent. Le mineur, au contraire, par son émanation, est susceptible de recevoir, à chaque instant, cette communication, parce que c’est un être éternel. » (Traité, 124).

[9] Second concile de Constantinople (553).

[10] M. Dando, De Origène aux Cathares, Cahiers d’Études Cathares, XXIXe année, IIe série n° 79, Automne 1978.

[11] « La doctrine […] n’est point un système hasardé arrangé comme tant d’autres suivant des opinions humaines ; elle remonte… jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés, qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité… Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous […] La forme de cette Instruction a quelquefois varié selon les temps et les circonstances, mais le fond, qui est invariable, est toujours resté le même. Recevez-la donc  avec un juste sentiment de reconnaissance et méditez-en la doctrine sans préjugé  avec ce respect religieux que l’homme dignement préparé peut devoir à ce qui l’instruit et l’éclaire.  » (Jean-Baptiste Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des G. P., Ms 5.475, BM Lyon).

[12] Les vives réactions observées, qui déclenchèrent un conflit ouvert au sein du Grand Prieuré des Gaules dont j’étais, à cette époque, le Porte-parole officiel depuis huit années, ceci même avant l’édition de La doctrine de la réintégration des êtres – fait exceptionnel livre critiqué (et ses positions condamnées), avant même d’être publié -, c’est-à-dire dès le mois de mai 2012 lors de la mise en ligne d’une analyse intitulée : « Le Régime Écossais Rectifié et la doctrine de la matière – Jean-Baptiste Willermoz et la corruption de la nature de l’homme, Éclaircissements à propos de la distinction entre « l’ordre de la chair » et « l’ordre de l’esprit » (*), me firent comprendre que le problème était tout à fait sérieux, nécessitant que soient rappelés, clairement, les fondements des thèses willermoziennes, et engagé un vrai travail de retour à la doctrine du Régime rectifié.

(*) http://jean-marcvivenza.hautetfort.com/archive/2012/05/25/le-regime-ecossais-rectifie-et-la-doctrine-de-la-matiere1.html

[13] Origène, Traité des Principes, Livre III, 8e traité, III, 5-6.

[14] « …..l’Esprit contre la chair ;  ces choses sont opposées l’une à l’autre… » (Galates V, 16-17).

[15] Maître Eckhart, Sur la naissance de Dieu dans l’âme, trad. Gérard Pfister, Arfuyen, 2004, pp. 45-46.

[16] Origène, op.cit.

[17] « L’unité ne se trouve guère dans les associations elle ne se trouve que dans notre jonction individuelle avec Dieu. Ce n’est qu’après qu’elle est faite que nous nous trouvons naturellement les frères les uns des autres. » (Portrait, § 1137).

[18] Le Régime Écossais Rectifié et son Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte sont porteurs d’une base spirituelle et d’un héritage historique issus des enseignements de Martinès de Pasqually, participant d’une incontestable et directe filiation dont la Grande Profession fut détentrice de par les éléments propres qui y furent déposés par Jean-Baptiste Willermoz, lui-même, ne l’oublions pas, détenteur en tant que Réau+Croix, de l’intégralité de la transmission des élus coëns.

[19] Bibliothèque Municipale de Lyon, Instruction pour le grade d’Écuyer Novice,  ms 1778.

 

 

 

 

Joseph de Maistre et l’illuminisme mystique

Joseph de Maistre -

« Le christianisme dans les premiers temps

était une initiation

où l’on dévoilait une véritable magie divine.»

Joseph de Maistre, Mai 1797. (Mélanges B).

Le livre que vient de publier Jean-Marc Vivenza aux éditions Signatura sous le titre : « Joseph de Maistre : Prophète du christianisme transcendant », va rendre un très grand service à ceux qui s’intéressent aux questions touchant aux voies initiatiques.

En effet, en mettant à la disposition des lecteurs la substance ésotérique de l’œuvre maistrienne, ce livre va permettre à chacun de gagner un temps considérable en présentant les extraits significatifs, et à l’évidence les plus importants, des écrits de Joseph de Maistre dont l’œuvre est immense.

Clercs

« De ce que nous savons

ce qui est nécessaire à notre état actuel,

il ne s’ensuit nullement

que Dieu n’ait plus rien à nous apprendre.»

Joseph de Maistre, 15 août 1802. (Mélanges B).

Dans ce livre sont abordés tous les thèmes majeurs de la pensée du comte chambérien.

Que l’on en juge :

L’illuminisme

Le christianisme transcendant

La Prière

Le mal et l’Ordre divin

La Divine Providence

Mystères de la Religion

Théocratie

Théologie de la Rédemption

Ainsi, en 8 chapitres principaux et 14 sous-chapitres, c’est à une traversée entière à travers la pensée de l’illuminisme mystique maistrien à laquelle nous sommes conviés. Et il faut convenir que le résultat est proprement stupéfiant.

Joseph de Maistre nous ouvre à deux battants les portes des secrets entourant le « christianisme transcendant », dont il ne cessa de se faire l’avocat, et pour tout dire, il est vrai : le Prophète, tant son adhésion à cette doctrine illuministe et mystique, ne se démentit jamais, et ce jusqu’à ces derniers jours.

Extrait tiré du site http://www.baglis.tv/

et d’une table ronde intitulée :

 « Illuminisme mystique et christianisme transcendant »
Avec : Jean-Marc Vivenza et Roger Dachez,

animation: Jean Solis.

Mais ce livre nous réserve en plus une immense surprise, et pas n’importe laquelle : la réédition, des « Pensées inédites sur l’initiation » qui furent dévoilées en 1922 dans Le Correspondant par Émile Dermenghem (1892-1971). [1]

Emile Dermenghem

Émile Dermenghem (1892-1971)

Or dans ces pensées que découvre-t-on ?

Tout simplement que si Joseph de Maistre a cru sans crainte pouvoir déclarer, dans son Mémoire au duc de Brunswick (1781), qu’il espérait « ajouter au Credo quelques richesses », il ne fait aucun doute que ces richesses proviennent comme l’écrit Jean-Marc Vivenza : « des différentes « lumières » reçues au sein du monde de l’illuminisme mystique.»

L’explication est la suivante : « Celui qui deviendra le lecteur assidu de Clément d’Alexandrie et d’Origène, trouva en effet dans le Régime écossais rectifié dont il fut membre en Savoie jusqu’en 1792, une doctrine qui allait s’accorder à merveille avec les propres convictions qu’il arrêtera par la suite à la lecture de certains auteurs des premiers siècles du christianisme, et qui lui donna accès à des connaissances surprenantes au sujet de la création du monde, le sens spirituel des Écritures, de l’ordre naturel et surnaturel, et sur bien d’autres points encore. » [2]

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« la « doctrine de la réintégration » n’est en réalité,

qu’une reformulation en mode ésotérique,

des principaux concepts exposés par Origène ».

Cependant, la grande découverte de Maistre provient de ce qu’il parvint à mettre en lumière, idée qui tient en une seule phrase : « la « doctrine de la réintégration » n’est en réalité, à l’examen et selon le jugement même de Maistre, qu’une reformulation, certes en mode ésotérique, des principaux concepts exposés en son temps par Origène ». [3]

Et à partir de ce constat, Maistre va développer tout au long de son œuvre des thèses extraordinaires lui donnant de conférer aux grand thèmes origéniens (état pré-angélique d’Adam, préexistence des âmes, enfermement des âmes dans un corps de matière en conséquence de la prévarication du premier homme, apocatastase pensée comme un anéantissement du monde sensible et de toutes les formes matérielles, vie céleste post-mortem incorporelle, etc.), une place centrale dans sa pensée.

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« Maistre  a d’abord rencontrés les thèses d’Origène

dans sa carrière de jeune initié, de 1776 à 1792,

au sein du Régime écossais rectifié,

système initiatique qui avait introduit officiellement

 lors de son premier Convent fondateur à Lyon en 1778

comme enseignement fondateur de l’Ordre,

la « doctrine de la réintégration »… » 

Ce sur quoi insiste Jean-Marc Vivenza, et qui fait donc de Joseph de Maistre un auteur fondamental pour ceux qui cheminent sur les chemins de l’initiation – et en particulier les disciples de Louis-Claude de Saint Martin (1743-1803) et les membres du Régime écossais rectifié – c’est que les thèses origéniennes : « Maistre les a d’abord rencontrés dans sa carrière de jeune initié, de 1776 à 1792, au sein du Régime écossais rectifié, système initiatique qui avait introduit officiellement à l’initiative de Jean-Baptiste Willermoz lors de son premier Convent fondateur à Lyon en 1778 – connu sous le nom de Convent des Gaules -, comme enseignement fondateur de l’Ordre, la « doctrine de la réintégration »… » [4]

Les extraits des registres inédits et secrets de Maistre, republiés par Jean-Marc Vivenza, nous montrent que la découverte d’Origène date de 1797, année où il copia et annota les ouvrages Père alexandrin (Mélanges B, pp. 51 ss.).

C’est pourquoi, lorsqu’il parlera d’Origène, Maistre le désigne comme « l’un des plus sublimes théologiens qui aient jamais illustré l’Église »,

LE CULTE EN ESPRIT V

«Origène fournit à Maistre la justification

des principaux articles de son Credo…

se faisant le « Prophète » du  christianisme transcendant ».

En 1797, la rencontre avec Origène, qui survient après son passage par les loges fondées par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), lui fait voir que les Instructions secrètes, réservées aux Profès et Grands Profès, exposent en réalité une doctrine en tous points identique aux thèses condamnées du père alexandrin par l’Eglise. [5]

On ressort de la lecture de ces pages extraites de l’oeuvre maistrienne d’une profondeur éblouissante, convaincu d’une vérité qui s’impose d’elle-même : «Origène fournit à Maistre la justification des principaux articles de son Credo ». [6]

Inutile donc d’insister sur le fait que ce livre, par les textes qu’il offre de découvrir, représente un outil indispensable pour toutes les âmes en quête des vérités essentielles de l’initiation, et qui veulent accéder au cœur même des sources doctrinales de la pensée de l’illuminisme initiatique que Maistre, s’en faisant le « Prophète », désignait d’un nom : « le christianisme transcendant ».

 Notes.

 1. En 1922, Émile Dermenghem publiait des « fragments inédits » de Joseph de Maistre tirés des registres conservés, sous les titres de Mélanges A et B, Religion E, Extraits E et F, dans les archives du comte Rodolphe de Maistre. Ces fragments n’avaient depuis jamais été réédités.

2. J.-M. Vivenza, Joseph de Maistre : Prophète du christianisme transcendant, Editions Signatura, 2015, pp. 9-10.

 3. Ibid., p. 11.

 4. Ibid.

5. Sur cette question des thèses d’Origène, voir J.-M. Vivenza, La doctrine de la réintégration des êtres, La Pierre Philosophale, 2ème édition, 2013.

6. R. Triomphe, Joseph de Maistre. Étude sur la vie et sur la doctrine d’un matérialiste mystique, Droz, 1968, p. 438.

Maistre Recto

Joseph de Maistre : Prophète du «christianisme transcendant»

 Éditions Signatura, 2015, 150 pages, 15 €.

Camille Savoire et « l’esprit » de la Gnose spiritualiste

Camille Savoire

« La connaissance ne s’obtient que par l’initiation,

 connaissance qui est une « communion » avec l’âme universelle

et dont le nom n’est autre que Gnose.» 

Camille Savoire (1869-1951)

La réédition de son ouvrage publié en 1935 : « Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie », précédé d’une longue Préface de Jean-Marc Vivenza (90 pages), vient de porter une lumière pour le moins assez nouvelle sur la personnalité de Camille Savoire.

Regards-sur-les-temples-de-la-franc-maconnerie.-Camille-Sa

Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie, 1935.

On s’aperçoit en effet, à la lecture des pages de présentation du livre, que l’on ignorait énormément de choses sur celui qui fut à l’origine, en 1935, l’année même où il faisait paraître son livre, du « réveil » du Régime Ecossais Rectifié en France.

Jean-Marc Vivenza nous révèle ainsi bien des aspects méconnus du parcours de Camille Savoire, et surtout nous montre l’évolution de celui qui se disait agnostique en son jeune âge, vers un spiritualisme de plus en plus marqué : « Camille Savoire, de l’agnosticisme de son jeune âge va donc, peu à peu, sans doute de par l’exercice de sa charge et son contact avec les degrés élevés des différents Rites maçonniques, évoluer vers un spiritualisme qui, pour n’être point une adhésion pleine et entière à une « Révélation », participait néanmoins d’un refus du matérialisme. » [1)

Initiation

« Ce fut le désir de travailler dans le secret et le silence,

qui attira vers la Franc-Maçonnerie

les adeptes de certaines organisa­tions philosophiques,

initiatiques ou occultistes, survi­vances des anciennes confréries… »

Camille Savoire s’explique lui-même sur ce changement de point de vue, après avoir découvert « le caractère « initiatique » de la franc-maçonnerie » : « Ce fut le désir de travailler dans le secret et le silence, à l’abri des regards indis­crets de la police et des autorités qui attira vers la Franc-Maçonnerie les adeptes de certaines organisa­tions philosophiques, initiatiques ou occultistes, survi­vances des anciennes confréries de Rose-Croix, Alchi­mistes, Illuminés d’Allemagne ou de Bavière, lesquelles vinrent s’agréger au sein de la Franc-Maçonnerie en y constituant des Loges d’un caractère spécial (…) l’étude approfondie des anciens rituels, en m’éclairant à la lumière des travaux d’occultistes ou d’initiés anciens ou modernes, me permit d’entrevoir nettement le caractère initia­tique de la Franc-Maçonnerie, tel que l’avaient conçu certains de ses adeptes, et de le comparer aux sociétés initiatiques de tous les temps, sinon par les moyens employés, mais par les buts poursuivis, la communauté des symboles, de certaines appellations, mots et signes de reconnaissance, formes rituelles, épreuves.» [2]

Mais ce premier constat va aboutir à une décision qui transformera profondément la vie de Camille de Savoire : « à savoir la nécessité pour l’initié de devoir se livrer à un travail intérieur pour parvenir à la pleine compréhension de ce que signifie « l’Esprit », pour reprendre l’expression employée par Savoire :  « Des études poursuivies pendant plus de dix ans, con­frontées avec les découvertes et enseignements de la science contemporaine, j’acquis la notion que seul un travail intérieur effectué sur soi-même peut faire pro­gresser dans la voie de l’initiation, laquelle n’est qu’une éducation de ce sens intime qu’on désigne sous le nom d’intuition et qui n’est vraisemblablement qu’une com­munion ou une prise de contact avec l’Intelligence universelle. Cette notion est incompatible avec une pro­fession de foi matérialiste. Tout ceci me conduisit vers un spiritualisme s’élevant au-dessus des dogmes des religions, des diverses croyances philosophiques et métaphysiques qui m’a paru constituer le véritable fondement de la Franc-Maçonnerie… » [3]

Camille Savoire va en tirer une conclusion qui deviendra une sorte de credo pour lui, ainsi résumé par Jean-Marc Vivenza : « l’initié doit chercher à se libérer des emprises de la Matière ».

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« La Matière qui n’est qu’une transformation de l’Esprit,

cherche à dominer ce dernier et à l’asservir,

alors que l’homme sage que doit être le Franc-Maçon

cherche à se libérer des emprises de la Matière

Et c’est bien ce qu’affirme positivement l’auteur des Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie : « s’était effectuée en moi une accession vers la conception d’un monde dans lequel la Matière qui, dans ses divers aspects, n’est qu’une transformation de l’Esprit, cherche à dominer ce dernier et à l’asservir, alors que l’homme sage que doit être le Franc-Maçon cherche à se libérer des emprises de la Matière.» [4]

Entrant dans une étude de « l’Esprit », Camille Savoire, comme nous le fait découvrir Jean-Marc Vivenza, « apprit que la connaissance ne s’obtient que par l’initiation, connaissance qui est une « communion » avec l’âme universelle et dont le nom n’est autre que Gnose » [5].

Cette « Gnose, Camille Savoire l’avait expérimentée par « l’étude de l’esprit » : « L’étude de l’esprit apprend à l’homme à connaître l’âme, c’est-à-dire la force et la vie intime des choses et des êtres, de l’inanimé comme de l’animé et cette connaissance ne s’acquiert que par l’initiation, c’est-à-dire par l’éducation d’un sens intime, « l’intuition », qui a pour effet d’établir entre le Maçon et la vie universelle une «véritable communion » alors que notre intelligence est souvent faussée par nos intérêts, nos passions et nos préjugés. Cette connaissance, véritable communion avec l’âme universelle, c’est la Gnose. Pour l’acquérir, le Franc-Maçon doit maîtriser ses passions, établir un juste équilibre entre ses diverses facultés : raison, intelli­gence, sensibilité, et les accorder avec le milieu uni­versel réalisant ainsi le « juste milieu » de chacun de nous, c’est-à-dire « la loi de notre être » en conformité avec la « loi universelle ». Cette loi n’est pas fixe, disait Confucius. Aussi, le Maçon, par un perpétuel effort et un éveil constant, doit conformer ses pensées et ses actes au principe changeant de l’Univers tout en s’efforçant de garantir son harmonie intérieure ! » [5]

MSE

« L’étude de l’esprit apprend à l’homme

à connaître l’âme,

c’est-à-dire la force et la vie intime des choses et des êtres,

de l’inanimé comme de l’animé

et cette connaissance ne s’acquiert que par l’initiation… »

Ainsi donc, analyse Jean-Marc Vivenza : « On le constate, loin du portrait erroné que l’on présente encore parfois de lui, en quelques années, Camille Savoire, de par ses fonctions de Grand Commandeur des Rites et son cheminement maçonnique personnel, avait profondément évolué, puisque du matérialiste agnostique qu’il déclarait être dans sa période de jeunesse, il était devenu un spiritualiste qui, pour conserver son attachement à la liberté de penser – liberté non synonyme pour lui d’incroyance –, néanmoins, n’hésitait plus à se référer à la kabbale, aux Rose-Croix, refusant l’athéisme, appelant à un travail intérieur capable de faire accéder l’initié à la connaissance véritable de la « Gnose », entendue comme l’expression de « l’âme universelle ». On est donc très loin d’une attitude de rejet de la spiritualité, bien au contraire. » [6]

Chrisme Gnose

« La route de l’initiation conduisant à la Gnose,

[est] cette connaissance suprême

qui ne connaît pas les limitations de connaissance.

C’est l’acquisition de la « Gnose »

qui constitue l’objet principal de l’institution.

Car elle est indispensable à la recherche de la Vérité…

Le témoignage le plus probant des convictions spiritualistes qui étaient devenues les siennes et sur lesquelles Jean-Marc Vivenza porte un éclairage tout à fait saisissant, allait être donné par Camille Savoire à la demande de son ami Constant Chevillon (1880-1944) qui : « s’il avait encore des objections à formuler à l’égard du dogmatisme ecclésial, n’en avait point à l’encontre du spiritualisme spéculatif qui pour lui était synonyme de « connaissance », c’est-à-dire de la « Gnose » qui constitue même, selon lui, « l’objet principal de l’institution initiatique » [7].

Constant Chevillon - Franc-maçonnerie

Constant Chevillon, Le Vrai Visage de la Franc-Maçonnerie1940.

Voici donc ce que Camille Savoire allait déclarer, en 1939, dans la préface qu’il accorda à un opuscule publié par Constant Chevillon, alors Grand Maître de l’Ordre Martiniste : « la route de l’initiation conduisant à la Gnose, [est]cette connaissance suprême qui ne connaît pas les limitations de connaissance. C’est en effet l’acquisition de la Gnose qui constitue l’objet principal de l’institution. Car elle est indispensable à la recherche de la Vérité sans laquelle on ne saurait travailler au perfectionnement individuel et collectif des êtres.» [8]

La réédition des « Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie » à l’heureuse initiative des éditions la Pierre Philosophale, rend donc, par la Préface étendue de Jean-Marc Vivenza qui présente cette nouvelle édition – la première depuis 1935 – un hommage plus que mérité à une grande figure de la maçonnerie spiritualiste, qu’il importait, loin des caricatures que certains avaient édifiées sur Camille Savoire, de porter à la lumière … de la « connaissance ».

Notes.

  1. J.-M. Vivenza, Préface, in Camille Savoire, Regards sur les Temples De la Franc-maçonnerie, La Pierre Philosophale, 2015, p. 20.
  1. Ibid., pp. 110-111.
  1. Ibid.
  1. Ibid., p. 22.
  1. Ibid., p. 114.
  1. Ibid., p. 23.
  1. Ibid., pp. 78-79.
  1. Ibid., p. 79, tiré de C. Savoire, Préface, in C. Chevillon, Le Vrai Visage de la Franc-Maçonnerie, Éditions des Annales Initiatiques, (2ème édition), 1940.

 

camillesavoiresiteweb

 

Camille Savoire et les Temples de la Franc-maçonnerie

Éditions La Pierre Philosophale, 338 p. 

Origène et la doctrine secrète des initiés connue jusqu’au VIe siècle

Origène

L’enseignement secret de la doctrine théosophique,

possède un lien intime avec la pensée d’Origène (IIIe s.).

Les théosophes au XVIIIe siècle, se référèrent à un enseignement participant d’un christianisme non-dogmatique, qualifié pour cela de « transcendant », car relevant de thèses secrètes et le plus souvent oubliées, qui firent l’objet de condamnations de la part des conciles de l’Eglise.

Jean-Baptise Willermoz (1730-1824), ira jusqu’à signaler dans une Instruction du Régime écossais rectifié :

« Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. Ce qui a été est encore, ce qui doit être a déjà été, et Dieu rappelle le passé. » [1]

Cette conviction d’un enseignement perdu et oublié, était partagée par les disciples de Martinès de Pasqually, dont évidemment Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803).

louis-claude-de-saint-martin III

« Le cœur divin s’est transmué en Homme-Esprit. » 

(Louis-Claude de Saint-Martin, Le ministère de l’homme-esprit).

C’est ce qui fait dire à Jean-Marc Vivenza, dans son dernier ouvrage :

« Le paradoxe pour Saint-Martin, c’est que ce qu’oubliaient les Pères de l’Église, et qu’ils allaient bientôt rejeter au nom d’un dogme que l’on fixerait définitivement lors des différents conciles, n’était rien d’autre que l’enseignement du christianisme originel, c’est-à-dire, les vérités qui avaient été révélées lors des premières années de la primitive Église, et que la chrétienté, peu à peu, finissait par regarder comme des erreurs. Cet enseignement possédait, et conserve, comme en ses premiers instants, un lien intime avec l’Évangile, il en éclaire de nombreux points obscurs et est issu de la volonté divine, dès après la Chute, de confier à l’homme une voie pour sa réhabilitation, volonté que Saint-Martin désigne comme participant d’un  « mouvement même qui s’est fait dans le cœur de Dieu, à l’instant de notre chute pour la restauration de l’espèce humaine, mouvement par lequel ce cœur divin s’est transmué en Homme-Esprit. » (Le ministère de l’homme-esprit). » [2]

L’intérêt de la recherche actuelle de Jean-Marc Vivenza sur ce point, provient du fait qu’il porte à la lumière d’une façon renouvelée, les sources de l’enseignement secret, de la doctrine intérieure du courant théosophique, en montrant leur lien intime avec la pensée d’Origène (IIIe s.).

Extrait tiré du site http://www.baglis.tv/ et d’une table ronde intitulée

« Illuminisme mystique et christianisme transcendant »

avec Jean-Marc Vivenza et Roger Dachez, animation Jean Solis. 

Isaac le Ninive

« Meilleur est celui à qui il a été donné de se voir lui-même,

que celui à qui il a été donné de voir les anges,

car on voit ces derniers avec les yeux du corps,

alors que l’on se voit avec les yeux de l’âme. » 

ISAAC DE NINIVE, Traités religieux, philosophiques et moraux (VIIe siècle)

par Ibn As-Salt (IXe siècle). Sbath, Paul, ed., Cairo: Al-Chark, 1934.

Et ce lien, entre enseignement secret du christianisme primitif et illuminisme chrétien du XVIIIe siècle, permet d’expliquer la raison de cette référence au VIe siècle chez Willermoz, comme période où la situation a basculé. Où ce qui était connu, est devenu interdit, condamné, contraint à se cacher, étant préservé par les voies initiatiques.

Voici ce qu’explique Jean-Marc Vivenza, qu’il faut lire attentivement, car il résume dans ce passage, qui est une note, l’essentiel de ce qui est à comprendre de ce qui se joue, c’est-à-dire de ce qui est en jeu aujourd’hui au sein des structures initiatiques, à savoir la préservation de la doctrine, ou sa disparition au profit de conceptions étrangères et hostiles aux voies spirituelles telles qu’elles furent constituées par leurs fondateurs au XVIIIe siècle :

« Ce christianisme original professé par Saint-Martin, fondé sur la doctrine secrète de la réintégration des êtres condamnée officiellement depuis le VIe siècle lors du IIe Concile de Constantinople (556) – et dont Origène (185-253), puis Évagre le Pontique (345-399), ou encore Isaac de Ninive (VIIe s.) et Joseph Hazzaya (VIIIe s.), exposèrent les principes, principes qui se retrouvèrent au XVIIIe siècle au sein du riche courant de l’illuminisme chrétien jusqu’à devenir le cœur même de deux systèmes initiatiques auxquels fut lié Louis-Claude de Saint-Martin (l’Ordre des élus coëns et le Régime écossais rectifié) – redisons-le encore une fois car les mêmes menaces, aujourd’hui comme au VIe siècle, pèsent sur elle, n’a pas à se plier aux vues disciplinaires de l’Église visible, elle n’a pas, cette doctrine séculaire, à être corrigée, redressée ou amendée, prétendument « enrichie » pour la faire « progresser », ce qui est en réalité une profonde déformation et scandaleuse dénaturation, afin de la faire correspondre aux schémas dogmatiques arrêtés par les Pères conciliaires, de sorte,  au final, de la dissoudre et la faire disparaître sous de fallacieux prétextes, et surtout en vertu de l’autorité arbitraire et subjective d’un tribunal autoproclamé, surgi d’on ne sait où, dénué de toutes qualifications légitimes pour agir en ce sens – et qui a pu même réussir à s’introduire, ce qui est un signe notable de « contre-tradition » et « d’extériorisation profane », dans le sens concret où l’entendait René Guénon (1886-1951), jusque dans certaines structures à prétentions initiatiques -, dans l’eau des proclamations ecclésiales. Elle possède cette doctrine, ses critères propres, et doit être protégée, conservée dans sa pureté, et gardée en conformité d’avec son essence intrinsèque, ce qui d’ailleurs, ce rappel s’imposant visiblement à de nombreux esprits oublieux à qui d’ailleurs sont étrangers ces domaines – ceci expliquant sans doute cela -, est le devoir d’une classe « non ostensible » du Régime rectifié à laquelle Jean-Baptiste Willermoz confia, précisément, cette mission : « La forme de cette Instruction a quelquefois varié selon les temps et les circonstances, mais le fond, qui est invariable,  est toujours resté le même. Recevez-la donc avec un juste sentiment de reconnaissance et méditez-en la doctrine sans préjugé avec ce respect religieux que l’homme dignement préparé peut devoir à ce qui l’instruit et l’éclaire.» (J.-B. Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon). » [3]

Nous ne saurions trop souscrire à ces mises en garde et à ce rappel vital : les menaces, sous un visage différent car il n’est plus celui des périodes précédentes de l’Histoire, mais comme au VIe siècle, pèsent sur la « sainte doctrine ». Et cette doctrine n’a pas à se plier aux vues dogmatiques de l’Église visible. Elle n’a pas à être contrariée, contestée ou prétendument « enrichie », dans une volonté de déformation et dénaturation, afin de la faire correspondre aux vues dogmatiques.

Pope II

Le loup s’est introduit dans la bergerie,

et c’est du sein même de certaines structures que provient une menace,

qui n’hésite plus à appeler à « contester la doctrine de l’Ordre »,

au motif de sa distance d’avec les dogmes de l’Eglise…

Mais ce qui est nouveau à présent, c’est que le loup s’est introduit dans la bergerie, et si auparavant l’Eglise lançait ses anathèmes contre les voies initiatiques de « l’extérieur », aujourd’hui, c’est du sein même de certaines structures – qui ne peuvent plus prétendre au titre « d’initiatiques » – que provient une menace, qui n’hésite plus, ouvertement, à appeler, dans une dérive religieuse sectaire, à « amender, opposer, contrarier, enrichir, et contester la doctrine de l’Ordre » (sic), au motif de sa distance d’avec les dogmes de l’Eglise…

Si l’on sait que, précisément, les voies initiatiques furent constituées au cour des âges, pour protéger un dépôt doctrinal menacé par l’autorité ecclésiale, il est du devoir de chaque âme de désir de s’opposer à cette « contre-tradition », à cette tendance dérivant vers « l’extériorisation profane », dans le sens où l’entendait René Guénon, car il en va du devenir de la perspective métaphysique de la réintégration !

Notes.

1. Instruction pour la réception des Frères Ecuyers Novices de l’Ordre Bienfaisant des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte (Rituel d’Ecuyer-novice , 1808).

2. J.-M. Vivenza, L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, pp. 120-121.

3. Ibid., note 81, p. 122.

L'EGLISE ET LE SACERDOCE SELON SAINT-MARTIN

 L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin

 La Pierre Philosophale, 2013.

Lire :

La doctrine de la réintégration des êtres

 

Phénix

Pour un retour à la pensée d’Origène ou : 

« La Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous »

 

 

Le christianisme transcendant et l’illuminisme initiatique

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« C’est à cette lignée traditionnelle que se rattache la notion d’Église intérieure qu’utilisa Saint-Martin, pour évoquer ceux qui sont regroupés pour cultiver les lumières de la doctrine divine… »

Dans deux de ses ouvrages, « La Clé d’Or » et « L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », Jean-Marc Vivenza insiste tout particulièrement sur cette idée de « christianisme transcendant », qui possède des caractéristiques propres en se distinguant du dogmatisme des églises chrétiennes, se rattachant à un enseignement secret qui fut connu lors des premiers siècles.

Voici ce qu’écrit Jean-Marc Vivenza : « L’Église intérieure, qui est dépositaire de la doctrine secrète et de « l’esprit de vérité de l’Évangile » dont parle Saint-Martin, cultivant le « mystère caché en Dieu », ne contredit pas la Tradition constante du christianisme, et ce dès les premiers siècles de son existence, elle se réfère au « secret » partagé entre l’âme et Dieu, ce qui est positivement exprimé dans l’Écriture Sainte à plusieurs endroits, et de façon explicite : « Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, et ayant fermé ta porte, prie ton Père qui demeure dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te récompensera » (Matthieu, VI, 6), ce secret relève du « mystère » éternel que Dieu a réservé pour certaines âmes élues et choisies : « Et il leur dit, A vous il est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors, toutes choses se traitent par des paraboles » (Marc IV, 11)…

Mais d’autre part, et ce point est d’importance afin d’éviter de nombreuses confusions qui pourraient laisser croire à une nouveauté non fondée en légitimité, cette tradition mystérique est connue depuis toujours sous le nom de « discipline de l’Arcane », elle a plus particulièrement été exposée et développée par saint Clément d’Alexandrie (v.150-v.215), qui en fit allusion à de nombreuses reprises dans son œuvre, notamment dans les Stromates, où il écrit  : « La vraie tradition de la bienheureuse doctrine, qu’ils avaient reçue immédiatement des saints apôtres, de Pierre, de Jacques, de Jean, et de Paul, chacun comme un fils de son père. » (Stromates I, 1). » [1]

 

Extrait tiré du site http://www.baglis.tv/ et d’une table ronde intitulée

« Illuminisme mystique et christianisme transcendant »

avec Jean-Marc Vivenza et Roger Dachez, animation Jean Solis. 

Ce qui est précisé ensuite dans l’ouvrage, dont nous ne saurions trop insister sur son caractère fondamental, est très important pour la démarche initiatique de ceux qui souhaitent progresser en ces voies réservées, et en particulier comprendre la notion de « christianisme transcendant » : « Il ne s’agit donc, absolument pas d’une « contre-église », d’une dénomination ecclésiale cherchant à se constituer en une nouvelle Église parallèle concurrente, ou se substituant à l’institution visible et ses multiples expressions, non ; mais d’une société fondée sur la connaissance des mystères cachés, société transversale à toutes les confessions chrétiennes – sans aucune exception – issues de la primitive Église, et dont est dévolue la fonction de cultiver et veiller sur la « sainte doctrine », selon l’expression de saint Clément d’Alexandrie, qui est une gnose réservée à peu : « Nous savons que nous avons tous une foi commune pour les choses communes, qui est qu’il n’y a qu’un Dieu ; mais la gnose n’est pas dans tous : elle est donnée à peu» (Stromates II, 1), ce que confirme saint Denys l’Aréopagite (Διονύσιος ο Αρεοπαγίτης), lorsqu’il affirme : «Il y a deux théologies, l’une commune et l’autre mystique ; et la mystique a ses traditions secrètes, comme l’autre a sa tradition qui est publique.» (Traité des Noms divins, II). [2]

On perçoit ainsi immédiatement l’originalité de ce christianisme transcendant, échappant à la dogmatique des conciles, fondé sur la divine lumière de l’âme :« C’est à cette lignée traditionnelle que se rattache la notion d’Église intérieure qu’utilise Saint-Martin pour évoquer ceux qui sont regroupés pour cultiver les lumières de la doctrine divine, la bienheureuse doctrine à laquelle est attaché Clément d’Alexandrie, et il ne s’agit pas d’une nouvelle « église pour les parfaits », une chapelle récemment créée, une organisation constituée au temps de l’illuminisme au XVIIIe siècle, et réservée à une petite élite de purs retranchés du monde, hostiles, par instinct irrationnel, aux formes de la piété ostensible, ou inutilement méprisants à l’égard des sacrements dispensés par les ministres du culte visible, mais bien d’un dépôt vénérable héritier d’une longue chaîne séculaire au sein de laquelle se retrouvent les plus grands noms de l’histoire du christianisme, dépôt précisément désigné, selon le terme même employé par Clément d’Alexandrie, sous le nom de « sainte doctrine », transmise par une grâce particulière de Dieu, non à un grand nombre, mais au petit nombre de ceux auxquels cette « sainte doctrine » est depuis toujours destinée, et qui est délivrée de manière mystique   : « Ceux qui ont reçu des saints apôtres Pierre et Jacques, Jean et Paul, la tradition véritable de la ‘‘sainte doctrine’’ (ιερό δόγμα),  comme un fils qui reçoit un héritage de son père (et il en est peu qui ressemblent à leurs pères), sont parvenus jusqu’à nous, par une grâce particulière de Dieu, pour déposer dans nos âmes la doctrine apostolique, léguée par leurs ancêtres (…) Les mystères sont transmis d’une manière mystique, de sorte que la vérité se trouve sur les lèvres de celui qui enseigne, et plus encore dans son intelligence que dans sa bouche. » (Stromates I, 7-9). » [3]

Francois-de-Salignac-de-la-Mothe-FenelonCe qui est tout à fait extraordinaire, c’est qu’à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, Fénelon (1651-1715), archevêque de Cambrai, rédigea un texte essentiel se présentant comme un exposé du « système » des Stromates de saint Clément d’Alexandrie, profondément imprégné de philosophie platonicienne, et expliqua à propos de l’enseignement secret :

« Ces passages [de saint Clément] montrent évidemment trois choses :

  • 1°) La première, que le gnostique enseigne, quand même, il serait  réduit à un seul auditeur ;
  • 2°) la seconde, que loin de pouvoir être examiné, jugé, par ceux qui sont encore pathique, il ne peut être, ni entendu,  ni compris par eux, en sorte qu’il ne doit pas leur confier les mystères de la gnose, et qu’ils ne sont pas même en état d’être instruit par lui ;
  • 3°) la troisième, que tout ce que l’on dit de la gnose n’est point encore tout ce que l’expérience en a appris au véritable gnostique ; qu’il ne doit pas le divulguer; ce serait violer le secret de Dieu et trahir son mystère. »  (Le Gnostique de saint Clément d’Alexandrie, ch. XVII, « Du secret qu’on doit garder sur la gnose »).

Ramsay

Andrew Michael ou André Michel Ramsay, dit le chevalier de Ramsay, né le 9 janvier 1686 à Ayr en Écosse, mort le 6 mai 1743 à Saint-Germain-en-Laye.

Et lorsqu’on sait que Fénelon eut pour secrétaire, qu’il baptisa en secret en 1709 …..un certain chevalier de Ramsay (1686-1743), qui devint ensuite un intime de  Madame Guyon, avant que d’introduire en France la franc-maçonnerie de Rite écossais, en développant l’idée d’une fraternité universelle souchée sur une conception transcendante et intérieure de la religion, dont la maçonnerie, devait devenir la clé de voûte….alors on comprend mieux pourquoi certaines « clés » sont dites en « Or » !

Notes.

1. J.-M. Vivenza, L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, pp. 130-131.

2. Ibid., p. 132.

3. Ibid., p. 134.

L'EGLISE ET LE SACERDOCE SELON SAINT-MARTIN

 L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin

 La Pierre Philosophale, 2013.

Clé d'or

La Clé d’or

et autres écrits maçonniques

 Editions de l’Astronome, 2012.

Le Grand Maître du GPDG est un clown farceur…s’il ne se déclare pas en 2014 « petit maître national » !

gpdg VI

Si Bruno Abardenti ne se met pas en conformité avec son discours,

il apparaîtra comme un hypocrite aimant faire des phrases,

un grand illusionniste répandant des discours fumeux,

….pour tout dire un « clown farceur » !

 Dans l’exercice de sa charge, celui qui s’autoproclame dans la revue de son obédience (Les Cahiers Verts n°8, 2013), de façon humble, « le féal de la vérité, le chevalier de la beauté, le prêtre de l’amour, le prophète de son retour» (Les Cahiers Verts, n°8, p.11), vient de faire savoir : « Toute doctrine qui ne se discuterait pas, deviendrait par  définition un dogme (…) Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres » (Ibid., p. 13).

S’agissant de la doctrine, une telle incompréhension de ce que représente la valeur de l’enseignement initiatique lorsqu’on est membre d’un système comme le Régime écossais rectifié, et plus encore un prétendu « Grand Maître » d’une obédience fondée à l’origine sur ce dit Régime, est une aberration.

Mais lorsqu’on découvre ce qui se cache derrière la remise en question de la doctrine chez Bruno Abardenti, dont nos amis de La Leçon de Lyon, et de Semper Rectificandoont dit ce qu’il fallait en penser….alors là c’est le sommet !

En effet pour celui, « représentant du Christ dans l’Ordre » selon son Grand Orateur (Les Cahiers Verts, p. 31), qui  qualifie ses opposants de « boucs », de  « faux prophètes (…) au parfum de néant », exprimant des « incantations de gueux » ! (ibid., p.12-13), et se fait donner du titre en signant sa prose de mirliton en tant que « Grand Maître National du Grand Prieuré des Gaules », « Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres »

Cette désignation est très étonnante….

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« Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maîtres

ont des «  petits maîtres …» (Bruno Abardenti, Cahiers Verts n° 8, 2013,p. 13).

Les maîtres fondateurs du XVIIIe siècle, dont Louis-Claude de Saint-Martin, sont en effet considérés avec un infini respect par ceux qui sont à leur école, et nous savons qu’en Martinisme, Saint-Martin, au regard de ses immenses mérites, est honoré par piété, du titre de « Vénéré Maître ».

Il possède même, dans tous les Chapitres de l’Ordre depuis Papus, un autel sur lequel un cierge est en permanence éclairé, représentant non pas uniquement Saint-Martin, mais tous les Maîtres passés à l’Orient éternel qui veillent sur les âmes de désir séjournant en ce monde en attente de leur réintégration, et il ne viendrait à l’idée de personne de le qualifier (pas plus pour Martinès ou Willermoz), du titre de « Grand Maître » ; ils sont « nos maîtres », grands par l’esprit et les qualifications, grands de par l’enseignement qu’ils nous ont légué, grands par leur rôle afin de nous donner de comprendre les mystères de l’Evangile prêché, non par un « Grand Maître » (sic), mais par le Fils de Dieu, le Verbe fait chair.

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La mise sous la toise de Willermoz, Martines ou Saint-Martin, avec le « seul vrai Maître » …..devrait à aboutir à les désigner non comme « petits » …..mais « faux » !

Cependant, pour le « prêtre de l’amour » qui s’amuse à créer des hiérarchies faussées dans un but qui se laisse voir grossièrement, les maîtres fondateurs des voies initiatiques représentant le trésor le plus précieux de l’ésotérisme occidental, sont des «  petits maîtres au regard de celui qu’il nomme « le seul vrai Maître », et qui pourtant jamais ne s’est défini sous ce nom lors de sa vie terrestre, et qui ne l’est dans aucun des livres de la Sainte Ecriture.

D’ailleurs, si l’ont met en opposition le terme de « vrai »….ce n’est pas « petit » que l’on trouve….mais « faux ».

Ainsi, la mise sous la toise de Willermoz, Martines ou Saint-Martin, avec le « seul vrai Maître »…..devrait donc à aboutir, non pas à les désigner comme « petits »…..mais « faux » !

Le Grand Maître du GPDG n’ose pas aller jusque là, même si sa logique y conduit, son objectif est autre….le but de cette désignation biaisée est de l’autoriser, on se demande bien par quelle autorité,  à pouvoir «amender, opposer, et contrarier Willermoz, Saint-Martin et Martinès », l’amusant conseilleur qui a raté une grande carrière de comique, allant jusqu’à soupirer cette exquise remarque : «puisqu’enrichir n’est point trahir » (p. 13) !

Pourtant, une question : qu’est-ce qui lui fait s’imaginer que son action relève de « l’enrichissement » à cet orgueilleux ?

Se croirait-il vraiment inspiré par l’Esprit ?

Comment peut-il en être certain ?

Est-il capable d’en jurer ?

Ne serait-ce pas l’effet d’une illusion, et un tout autre type de « maître », obscur celui-là, qui lui soufflerait de telles idées à l’oreille…. ?

On peut se demander, comme dans le film de Géza von Radványi sorti en 1954, « L‘Étrange Désir de monsieur Bard » , quel est l’étrange mobile qui pousse à agir ainsi Bruno Abardenti ?

Lire de tels propos, sous la plume de celui qui se baptise, sans rigoler, le «  féal de la vérité » et se laisse tranquillement désigner, tel le Roi Soleil en son royaume, comme le « représentant du Christ dans l’Ordre » (p. 31) , est donc stupéfiant, et l’on peut se demander, comme dans le célèbre film de Géza von Radványi sorti en 1954, « L‘Étrange Désir de monsieur Bard » , quel est l’étrange mobile qui pousse à agir ainsi Bruno Abardenti ?

On appréciera donc vivement ces lignes issues de la verbeuse logorrhée du « prêtre de l’amour » : « Je sais bien que dans l’univers maçonnique tout est grand, même si cela n’est  pas toujours évident au premier coup d’œil, et que l’idée de petit, qui  pourtant ferait du bien aux egos fatals, n’est pas en usage… Dommage, ce  serait sinon amusant, au moins efficace comme pédagogie de l’humilité. » (Les Cahiers Verts n°8, p. 13).

Le « prêtre de l’amour » rajoute, avec un humour de collégien confondant poudre à laver avec les ouvrages de Saint-Martin : « Cet apprentissage de la simplicité pourrait s’avérer d’un grand secours pour  éviter de pérenniser le principe de la chute et cesser d’enfanter en notre  sein, ce germe de destruction qu’est l’orgueil spirituel qui nous laisse  croire, que nous lavons plus blanc qu’Ecce Homo, que nous sommes plus  rectifiés que la rectification, plus supérieurs que tous les inconnus, plus  prêtres que les Coens, plus fondateurs que les fondements qui nous fondent. A ces incantations de gueux, je préfère la danse des cieux et le souci de nos  devoirs. » (Ibid., p. 13).

Crocodile Cuvier bannière

La proposition du Crocodile

Alors voilà, c’est bien joli de donner des conseils, mais il est bien plus sérieux de se les appliquer.

Nous invitons donc sans tarder le « prêtre de l’amour », à se mettre en conformité avec ses propres avis…..et l’on verra ensuite si ce discours relève des effets oratoires, ou si Bruno Abardenti est sincère, puisque qu’il soutient : « l’idée de petit, qui  pourtant ferait du bien aux egos fatals, serait ….efficace comme pédagogie de l’humilité (…) apprentissage de la simplicité qui pourrait s’avérer d’un grand secours pour  éviter de pérenniser le principe de la chute et cesser d’enfanter en notre  sein, ce germe de destruction qu’est l’orgueil spirituel ». (Ibid., p. 13).

Parfait, pari tenu « féal de la vérité », on va voir ton courage réel !

Voici la proposition du Crocodile :

Que celui qui exerce la première autorité au sein du GPDG, puisqu’il en a le pouvoir et pour se mettre en conformité avec son discours et ses conseils, donne lui-même l’exemple, et adopte désormais jusqu’à la fin de son mandat, la titulature suivante :

« L’humilissime petit maître national du Grand Prieuré des Gaules »

S’il ne le fait pas, nous le considérerons, et il apparaîtra aux yeux de tous les observateurs, sachant que ce numéro 8 des Cahiers Verts 2013 nouvelle série, est largement diffusé dans le milieu maçonnique, comme un rigolo, un hypocrite aimant faire des phrases, et surtout un grand illusionniste répandant, sous la forme de discours fumeux, de très grosses plaisanteries ….pour tout dire un « clown farceur » !

Attention…..les paroles c’est bien beau…..mais c’est aux actes qu’on juge de la vérité des hommes …..alors on attend pour voir si ce discours est sincère !

CV n°8

 Cahiers Verts n° 8, nouvelle série, 2013.

Un néo-coën pris au piège des évidences… explose dans sa tête !

Nous venons d’assister à un événement singulier. En effet, pour la première fois dans les sujets qui nous occupent, on assiste à la critique d’un ouvrage avant même sa sortie. La pratique est courante dans le milieu littéraire où les vanités blessées et les orgueils surdimensionnés sont légions, dans celui de l’ésotérisme le fait est extrêmement rare, pour ne pas dire inconnu.

Celui qui est à l’origine de cette initiative assez ridicule n’est lui pourtant pas un inconnu. Nous avions dans un précédent billet : « Néo-coën, ne te moque pas du Crocodile avant d’avoir atteint l’autre rive ! » noté et mis en lumière le caractère plus que problématique du personnage.

L’olibrius en question  s’agite depuis son apparition sur internet et les réseaux comme un beau diable en tant que « martinésiste chrétien », en rompant d’ailleurs tous les vœux de discrétion et de silence des Serments coëns, mais  restant muet comme la tombe à propos de ses transmissions dont on attend toujours qu’il nous fournisse les précisions demandées.

Le voilà en revanche beaucoup plus loquace pour parler d’un livre à paraître « La doctrine de la réintégration des êtres » de Jean-Marc Vivenza, dont personne ne connaît le contenu, afin de le désigner comme relevant de « vues personnelles » (sic), participant d’une « analyse non objective et partisane » (re-sic) , « enfermée dans un courant de pensée particulier » (re-re-sic), allant jusqu’à souligner « l’aspect limité de l’étude et la rigidité dogmatique de l’approche de son auteur » (re-re-re-sic) !

Et pour faire bonne mesure en conclusion, relevant d’un « penchant hégémonique, relayé par une forme de propagande, enfermant l’esprit des frères dans un mode de pensée unique et dogmatique bien éloigné par nature de l’approche initiatique. » (re-re-re-re-sic) !

Rien que ça !

Outre que le « martinésiste chrétien » semble être un parent de Madame Irma de par ses dons discutables d’extralucide,  il y a tout de même de quoi rigoler à voir celui qui n’hésite pas à tordre le cou à la pensée de Martinès, en de multiples domaines, qui est complètement passé à côté de la logique interne de la doctrine, n’ayant pas vu le caractère nécessaire de la Création, et allant jusqu’à soutenir une « résurrection de la chair » chez Pasqually, se lancer dans la critique d’analyses qu’il méconnaît.

Sa petite musique est de tenter de ramener Martinès au dogmatisme de l’Eglise. Pour ça tous les travestissements et les acrobaties sont permis, ce qui frise souvent le ridicule et prête à sourire. On a fini pas s’y habituer et aujourd’hui ses billets en forme de hoquets successifs ne suscitent que l’ironie et la plaisanterie.

Mais là, l’acrobate martinésiste chrétien, qui a raté une grande carrière de contorsionniste chez Pinder et autres cirques, s’est surpassé !

Comment peut-il savoir, sans avoir le livre en mains, si l’intention de Jean-Marc Vivenza est de « réduire et vouloir restreindre les sources d’inspiration de Martines aux seuls courants de pensée origénistes et augustinens » ? Mystère !

Alors pourquoi une telle mauvaise foi rageuse ?

L’explication est fort simple.Dans la présentation de son ouvrage Vivenza a écrit :  « Pour appréhender véritablement les enjeux de cette réflexion doctrinale importante s’il en est, il convient de clarifier deux points principaux relatifs à la sensibilité en effet « origéniste » qui fut partagée par Martinès de Pasqually (+ 1774), Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) et Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), de sorte que nous puissions comprendre en quoi l’adhésion à leur doctrine représente, non une option du point de vue initiatique lorsqu’on est membre de ses voies, mais relève d’un enseignement spirituel auquel il est nécessaire d’adhérer, faute de quoi on se met soi-même en dehors des critères d’appartenance des Ordres dont le rôle est de préserver les éléments doctrinaux établis par leurs fondateurs. »

La crainte d’être sérieusement pris en défaut sur les thèses mêmes de ceux qui furent les représentants de la doctrine de la réintégration, et de se voir placé soi-même en dehors du champ d’appartenance aux Ordres qui en découlent, provoque donc une réaction irrationnelle chez le martinésiste chrétien.

Et cette terreur est palpable à lire la suite de la pitoyable analyse apriorique : « si nous suivons la règle érigée par l’auteur de cet ouvrage, tout homme qui n’adhèrerait pas à la doctrine présentée dans l’ouvrage, c’est à dire vue au travers du prisme de cette analyse personnelle et partisane de l’œuvre de Martinès et de Willermoz, se mettrait en marge des Ordres qui se revendiquent de souche martinésienne. »

Les choses sont claires, effrayé d’apparaître comme n’adhérant pas à la doctrine, non pas exposée « selon un prisme personnel et partisan », mais objectivement rappelée par Vivenza selon les sources, les fondements et les principes des fondateurs, le martinésiste chrétien tente vainement d’ouvrir des parachutes pour éviter de s’écraser sur le sol des évidences et de se voir écarter automatiquement des domaines où il essaye péniblement d’exercer une autorité !

Peine perdue. Jugeant et rejetant avant même d’avoir lu le livre de Vivenza, car sachant l’étendue de ses falsifications, l’importance de ses travestissements, le caractère évident de ses manipulations, le martinésiste chrétien s’agite pour prévenir que tout ce qu’on va lire n’est pas vrai.

Il essaye donc de nous faire croire que :

– Non jamais il n’a voulu plier Martinès aux dogmes de l’Eglise.

– Ce n’est pas lui qui trafique la pensée de Martinès pour la faire rentrer dans le cadre d’une ecclésiologie étroite.

– Il n’a non plus à aucun moment, caché, tordu, arrangé à sa sauce Martinès pour en faire un trinitaire, un partisan de la résurrection de la chair….et demain pourquoi pas un parfait chrétien confessant à la lettre le Credo de Nicée-Constantinople !

La manœuvre est grossière, trop sans doute pour abuser le plus grand nombre. Mais l’intention partisane et la perfidie surgissent vite sous la plume du néo-coën qui écrit furieux : « exiger de frères qu’ils prennent une distance d’avec les enseignements de l’Eglise afin de pouvoir adhérer à la doctrine martinésienne – alors même que Willermoz et d’Hauterive n’eurent de cesse que de vouloir concilier les deux enseignements – est un contresens, pour ne pas dire une contre-vérité, non seulement historique mais initiatique. »

On sent bien le problème.

Refusant d’admettre que dans le christianisme de Martinès, Saint-Martin ou Willermoz, ce que souligne clairement Vivenza, à la suite précisément des maîtres qui le dirent eux-mêmes, en expliquant où se trouvent les différences et quels sont les points délicats, des positions heurtent de plein fouet les dogmes de l’Eglise, en particulier sur l’origine immatérielle d’Adam, l’incorporisation charnelle comme conséquence de la Chute, le caractère nécessaire de la Création, la disparition de la matière, etc., le néo-coën voit le piège qu’il a lui-même ouvert se refermer bientôt sur lui !

Face à sa position dogmatique et ecclésiale intenable, contredisant la pensée de Martinès, Saint-Martin ou Willermoz, le néo-coën est sans échappatoire, il est pris, cerné, coincé !

Comme l’écrit justement Vivenza il faut être cohérent :

« Soit on tient les deux bouts de la chaîne entièrement, d’un côté ou de l’autre :

– 1°) En adhérant fidèlement à la foi de l’Eglise dans ses préalables au sujet de la Création – en regardant le monde matériel ainsi qu’un don et le corps charnel de l’homme de même -, comme dans ses conséquences, en espérant logiquement en une régénération de la chair et sa vocation à l’éternité par purification et spiritualisation définitive de son essence, simplement flétrie et affaiblie non substantiellement mais accidentellement un instant par le péché, lors de la résurrection des morts.

– 2°) Au contraire en faisant siennes les thèses de Martinès, ce que firent Willermoz et Saint-Martin, en considérant que la création matérielle a été tout d’abord une punition pour les esprits révoltés, et la chair une enveloppe ténébreuse ayant transformé substantiellement les fils d’Adam en êtres de matière impure, regardant ainsi l’anéantissement des formes corporelles lors de la réintégration comme une véritable libération et le retour à l’Unité spirituelle originelle.

Ou bien alors, fatalement en ne respectant pas la cohésion interne des doctrines, en oubliant volontairement un bout de leur chaîne conceptuelle, on tombe dans le piège de l’assemblage disparate. » Jean-Marc Vivenza, Martinès de Pasqually et la doctrine de la réintégration des êtres, 2012).

Il ne reste plus au martinésiste chrétien pour s’en sortir, pour s’extraire de l’assemblage disparate, que les armes des faibles : la calomnie, le dénigrement et le mensonge.

Mais à ce petit jeu, emprisonné entre ses contradictions et rattrapé par ses traficotages, auxquels il rajoute à présent la mauvaise foi haineuse et le jugement a priori, tout cela fait un mélange explosif qui aura toutes les chances de ne pas contribuer à faire survenir lors de ses opérations théurgiques que des entités angéliques !

Triste spectacle où conduit fatalement le grand écart schizophrénique entre une appartenance fidéiste à l’Eglise et le cheminement initiatique dans des domaines extra-ecclésiaux possédant une doctrine qui s’écarte des dogmes.

Un jour, pris au piège des évidences…..ça explose dans la tête !