L’erreur de Robert Amadou : Saint-Martin n’a pas manqué de « l’Orient chrétien » !

SM et l'Eglise XXV

La sortie du livre : « L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », représente un événement. Cet ouvrage, par sa dimension certes et elle est imposante, mais surtout par son contenu, peut difficilement faire l’objet d’une simple recension.

Ce n’est pas un livre habituel, le genre de volume qu’on lit rapidement et puis qu’on range, en l’oubliant, sur les rayons de sa bibliothèque. C’est un authentique bréviaire de l’Eglise intérieure. Il comporte même une « Règle » pour savoir comment vivre selon la loi de l’interne. C’est tout dire.

Nous avons donc décidé, non pas d’évoquer ce livre en un article, mais de nous pencher au cours de différents éclairages, sur certaines questions soulevées dans les 554 pages de « L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », en les abordant les unes après les autres.

I. « La science de l’Orient chrétien » n’a pas manqué à Saint-Martin. »

Robert Amadou II

« Saint-Martin est tombé dans l’erreur des pseudo-gnostiques….

il a spiritualisé de manière illusoire les sacrements…

l’initiation par l’interne risque de devenir mythique

faute de s’ancrer dans l’externe…. »

(Robert Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, 1989).

 

Aujourd’hui nous débuterons cet examen, en nous arrêtant à une affirmation constituant un chapitre intitulé : « La science de l’Orient chrétien » n’a pas manqué à Saint-Martin. » (pp. 73-86). 

Pourquoi Jean-Marc Vivenza affirme-t-il ceci ?

Tout simplement parce que depuis un bon nombre d’années, on s’était résolu, pour expliquer la distance de Saint-Martin d’avec l’Eglise visible et ses sacrements, de considérer que si le Philosophe Inconnu avait pu connaître à son époque les formes religieuses de l’orthodoxie, il aurait peut-être changé d’avis…On s’était habitué à cette assertion, on n’y prenait même plus garde, on la considérait recevable.

Pourtant, par ce qui se trouve dans les pages de L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin,  un coup d’arrêt brutal vient de mettre fin à cette idée ! En effet, avec ce qui est révélé par Jean-Marc Vivenza, c’est le genre d’affirmation que l’on ne pourra plus soutenir.

On va comprendre pourquoi et ça risque de surprendre.

II. Le stupéfiant discours dogmatique et ecclésial de Robert Amadou

Dans un article, exhumé par Jean-Marc Vivenza : « La Révolution du Philosophe Inconnu », publié par Robert Amadou (1924-2006), ce dernier soutenait : « Saint-Martin méconnaît la pleine essence de la communauté chrétienne et du sacerdoce. L’Eglise n’est pas un complément, encore moins un complément facultatif ; elle expose, elle exprime le Christ dans sa plénitude et l’univers lui est donc associé, auquel elle deviendra co-extensive. Mais l’Eglise n’est pas non plus une réalité purement spirituelle ; il y a du matériel dans les sacrements et des hommes sont chargés par l’Eglise, d’ordre divin, de les administrer : ‘‘Le Père, le Fils et le Saint Esprit agissent tandis que le prêtre prête sa langue et étend ses mains.’’ (Saint Jean Chrysostome). Saint-Martin là-dessus fait schisme. » [1] 

Le constat était juste.

La suite de l’article d’Amadou est plus problématique : « A la fois la matière est mauvaise et tout l’univers promit à la transfiguration ; à la fois, dirait-on, il est optimiste et pessimiste. Mais, tout ce qui relève de l’externe, et donc de la matière, il le juge facultatif, et donc dangereux, superflu : Quand Martines de Pasqually lui dit : ‘‘il faut bien se contenter de ce qu’on a’’, il ne convainc point le jeune élu coën de la nécessité des opérations de théurgie cérémonielle. Et le pur désir de Saint-Martin, dont je ne séparerai pas des mobiles personnels, le porte à proscrire dans la foulée les sacrements de l’Eglise, ou du moins leur ôter leur caractère divin et obligatoire, et à les priver, par conséquent, de leur vertu – toute puissante. Un même désir en partie dévoyé, oserai-je dire vers l’angélisme, en l’espèce, ou vers un gnosticisme hétérodoxe ? – le conduit à ne pouvoir imaginer les prêtres que comme des hommes-esprit, tous, capables d’opérer des miracles, et ce serait là le signe de leur élection, ainsi qu’il en irait avec les poètes. Point d’ordination, en somme, sans élection prophétique. Le spectacle de prêtres indignes confirma cette exigence abusive, qu’elle avait peut être contribué à susciter par réaction. (…) » [2] 

Anges célestes

« Un même désir en partie dévoyé,

oserai-je dire vers l’angélisme…. »

(Robert Amadou, 1989).

III. Pour Robert Amadou Saint-Martin est « tombé » dans « l’erreur des pseudo-gnostiques » (sic !) 

Vivenza s’étonne : « L’analyse, qui ne manque déjà pas en ces première lignes de dénoncer sous forme interrogative, au rang des causes aggravantes qui firent adopter à Saint-Martin ses positions,  tour à tour  un « désir dévoyé », « l’angélisme » et même la tendance au « gnosticisme hétérodoxe », se poursuit ainsi, mais cette fois-ci sur un mode affirmatif :  « Il parait bien que Saint-Martin est tombé dans l’erreur des pseudo-gnostiques, en spiritualisant de manière illusoire les sacrements : le baptême et l’eucharistie, dans l’Homme de désir, et surtout dans le Nouvel homme, sont privés de matière et de forme au sens scolastique ; ils perdent leur forme, au sens de Saint-Martin, à qui nul n’apprit que celle-ci était inhérente aux mystères, puisque ceux-ci sont mystériques, c’est-à-dire rituels, autant que mystérieux, c’est-à-dire porteurs d’énergie divine. Sans dénier (pas davantage d’ailleurs que les gnostiques combattus par les Pères de l’Eglise) son rôle capital à l’Incarnation, aussi réparatrice qu’instructive, Saint-Martin cantonne, pour ainsi dire, son historicisme, et l’initiation par l’interne risque de devenir mythique faute de s’ancrer dans l’externe (et sauf la toute puissance gracieuse de Dieu). Avec l’Eglise visible et historique, Saint-Martin écarte les sacrements, et les prêtres ; n’essayons pas de supputer si ce triple rejet se distribue logiquement et, en ce cas, comment. Il est vrai que l’attrait de Saint-Martin pour l’interne, follement divin, n’en souffrait pas moins de quelque aberration humaine, et, d’autre part, qu’il détestait la plupart des prêtres de son temps.» [3]

Nous avons bien lu ?!

Pour Robert Amadou : « Saint-Martin est tombé dans l’erreur des pseudo-gnostiques », il a, toujours selon Amadou : « spiritualisé de manière illusoire les sacrements », sans compter que pour faire bonne mesure le même Amadou rajoute : : « nul ne lui a apprit que [la forme] était inhérente aux mystères », insistant plus encore pour affirmer que :  « l’initiation par l’interne risque de devenir mythique faute de s’ancrer dans l’externe », enfin, comble de tout, son «attrait pour l’interne…n’en souffrait pas moins de quelque aberration humaine ».

Robert amadou III

«L’attrait de Saint-Martin pour l’interne…

n’en souffrait pas moins de quelque aberration humaine  ».

(Robert Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, 1989).

Incroyable, ce discours est absolument stupéfiant !

Voici donc comment furent jugées les positions de Saint-Martin à l’égard de l’Eglise et de ses sacrements, par Robert Amadou, et comme le dit avec un étonnement Vivenza, faisant évidemment allusion au Portrait historique et philosophique écrit par Saint-Martin : « Tout ceci constitue donc, on l’avouera, un curieux ‘‘Portait ‘’. »[4]

IV. Une totale incompréhension de la part de Robert Amadou, des positions extra-ecclésiales de Louis-Claude de Saint-Martin

Eh bien oui, curieux Portrait, mais surtout si distant de ce que Saint-Martin soutenait, si manifeste de l’incompréhension de ce qu’était la pensée du Philosophe Inconnu ; Vivenza écrit, rappelant les bases de cette pensée : «  Difficile d’être plus en contradiction avec les convictions de Saint-Martin, qui part du principe, en accord avec les auteurs réformés, piétistes et illuministes, que depuis le Christ, il n’y a plus de sacerdoce réservé à une classe de croyants, mais que ce sacerdoce, non transmissible par un biais humain et institutionnel, a aboli complètement le sacerdoce tel qu’il était compris selon les conceptions de l’Ancien Testament. ; le voile du temple s’est déchiré depuis le haut jusqu’en bas (Matthieu XXVII, 51), voile devant lequel se tenait le clergé hébreu, et derrière lequel Dieu demeurait caché et inaccessible, faisant que désormais, chaque âme peut entrer là où nul sacrificateur ne pouvait entrer sous l’ancienne loi, sauf le grand sacrificateur une fois l’an, et elle a, et toutes ont avec elle : « une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair» (Hébreux X, 19-20). » [5]

Et ce qui devait advenir advint dans le raisonnement d’Amadou. Rejetant, ou ignorant volontairement, les positions extra-ecclésiales de illuminisme chrétien, il affirmait : « Tout en déplorant que la providentielle intuition du Philosophe Inconnu, qui lui avait permis de retrouver la doctrine paulinienne, patristique, orientale, du nouvel homme, ne lui ait pas restitué l’exacte doctrine, qui complète, de l’Eglise, des sacrements et du sacerdoce, comprenons sa protestation contre une certaine conception occidentale du sacerdoce, des sacrements, de l’Eglise. (…) Un fois de plus, la science de l’Orient chrétien a manqué à Saint-Martin.  Quant à Saint-Martin lui-même, au Louis-Claude enfant de Dieu, quoiqu’il lui manquât pour être chrétien régulier – d’appartenir à l’Eglise dont l’aspect visible est inaliénable, il fut homme de désir. Le reste est le secret de Dieu et du Philosophe Inconnu[6]

Oui, nous nous ne rêvons pas….non seulement Robert Amadou considérait que l’intuition de Saint-Martin était dépourvue de « l’exacte doctrine sacramentelle et sacerdotale », mais plus grave, et sans doute extraordinairement injuste, pour Amadou,  « il manquât [à Saint-Martin] pour être chrétien régulier – d’appartenir à l’Eglise dont l’aspect visible est inaliénable. »

louis-claude-de-saint-martin III

« Il manquât [à Saint-Martin] pour être chrétien régulier –

d’appartenir à l’Eglise dont l’aspect visible est inaliénable. »

(Robert Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, 1989).

Comment ? Saint-Martin n’aurait pas été un « chrétien régulier », il n’aurait pas appartenu à l’Eglise éternelle, lui le témoin de la Lumière et du Verbe !

Et il ne l’aurait pas été, car ayant soutenu, à la suite des piétistes et des disciples de Jacob Boehme, des positions qui heurtent de plein fouet les vues étroites de ceux qui considèrent qu’il n’y a « point de salut » hors des formes et structures de l’Eglise institutionnelle !

C’est invraisemblable, proprement ahurissant, d’un sectarisme total !

V. L’origine de la thèse erronée de Robert Amadou et de ses disciples … sur le prétendu « manque » de la « science de l’Orient chrétien » dont aurait soi-disant souffert Saint-Martin

Jean-Marc Vivenza nous dit donc en conséquence : « La conclusion de cette étude de Robert Amadou (…) est stupéfiante, puisqu’elle va jusqu’à lui refuser, de par sa distance d’avec l’Église visible, d’être un « chrétien régulier », comme si la « règle », pour être considéré comme « chrétien », était, non pas d’avoir, et avant tout, rencontré le Christ et d’avoir foi en Lui et en sa Parole, mais d’être membre d’une confession religieuse établie (…). On l’admettra, ces lignes sont troublantes, et on pourrait expliquer bien des aspects « surprenants » de la vie initiatique contemporaine découlant directement de ces analyses. » [7]

Ainsi, étant vu comme « un chrétien irrégulier », et même  considéré comme se trouvant « hors de l’Eglise », la conclusion s’imposait pour une sensibilité ecclésiale, qu’incarnait Amadou, dérangé et contrarié par de telles positions : Saint-Martin n’aurait pas tenu ces propos s’il avait connu l’église d’Orient, et de ce fait, « la science de l’Orient chrétien a manqué à Saint-Martin ».

Voilà l’origine d’une thèse fallacieuse – « expliquant bien des aspects « surprenants » de la vie initiatique contemporaine découlant directement de ces analyses » – et qui faute d’avoir été en mesure d’admettre et respecter les sources et les influences de Saint-Martin, lui fait reproche d’une imaginaire « ignorance » de l’Orient chrétien.

Conclusion

La conclusion de Vivenza, au sujet de ce « manque imaginaire », est de ce fait on ne peut plus juste : « C’est pourquoi, redisons-le car il importe d’y insister, cet angle d’approche s’appuyant sur des vues personnelles issues de convictions ecclésiales, est inefficace pour aborder la pensée de Saint-Martin, il empêche catégoriquement ceux qui pourraient lui accorder un quelconque crédit, de pénétrer en vérité dans l’enseignement que dispensa le Philosophe Inconnu, ce qui explique pourquoi il était devenu nécessaire de tenter de rétablir, dans toute son ampleur et son exacte portée et effective dimension, l’authentique position spirituelle du Philosophe Inconnu dans son rapport à l’Église et au sacerdoce, qui ne participe en rien de « l’ignorance » ou du « manque » d’une « science » qui proviendrait d’Orient, mais d’une méditation approfondie, réfléchie et pensée en conscience, invitant au dépassement des formes institutionnelles de sorte de retrouver ce que furent les mystères connus et partagés par les âmes qui vécurent au temps du christianisme primitif, et de ce à quoi peut permettre accéder, comme régions essentielles et ineffables, l’enseignement de l’Évangile, et la sainte doctrine qui en découle. » [8]

*

Remercions Jean-Marc Vivenza pour cet important travail de « rétablissement » de l’authentique pensée spirituelle du Philosophe Inconnu par rapport à l’Église et au sacerdoce qu’il vient d’effectuer, car ce rétablissement nécessaire s’imposait……et il était, comme on le constate, grand temps !

L'EGLISE ET LE SACERDOCE SELON SAINT-MARTIN

J.-M. Vivenza, L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin,

 La Pierre Philosophale, 2013.

 

Notes.

1. R. Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, Autre Monde, n°119, septembre 1989, pp. 19-20.

2. Ibid., p. 20

3. J.-M. Vivenza, L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, pp. 76-77.

4. Ibid., p. 77.

5. Ibid., pp. 77-78.

6. R. Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, op.cit., p. 20.

7. J.-M. Vivenza, L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, op. cit., pp. 78-80.

8. Ibid., p. 84.

Saint-Martin n’a pas besoin de messe pour célébrer sa mémoire !

Saint-Martin

Dans un récent article de présentation de son livre : « L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », Jean-Marc Vivenza avance une thèse très pertinente, qu’il avait déjà exposée dans son ouvrage «Le Martinisme » (2006), à savoir : « Saint-Martin n’ignorait ni ce qu’est l’Église, ni ce que sont les sacrements, son refus d’une médiation de l’institution ecclésiale dans la relation entre Dieu et l’homme, participe d’une distance critique d’avec toutes les formes sacerdotales communes aux confessions chrétiennes possédant un clergé à qui est réservé la célébration du culte divin. » [1].

Rembrandt-Pelerins-Emmaus-Gravure-1654« Saint-Martin n’ignorait ni ce qu’est l’Église, ni ce que sont les sacrements… »

Cette position, Saint-Martin eut souvent l’occasion de l’exprimer, il en fit même l’objet de longs développements dans ses principaux ouvrages (Ecce Homo, L’Homme de désir, le Nouvel homme, le Ministère de l’homme-esprit, etc.). Il n’en varia jamais. Pour lui, les cérémonies externes ne sont pas simplement impuissantes pour l’avancement de l’âme, elles ont en plus pour effet de retarder l’esprit de l’homme et vont jusqu’à le dessécher, alors que les créatures sont en devoir d’espérer des nourritures substantielles d’un tout autre ordre pour les conduire vers le Ciel.

Il résumait ainsi sa pensée : « Quand on voit les célébrants dans les églises consumer leur temps et toute leur virtualité à des cérémonies externes et impuissantes, et retarder ainsi l’esprit de l’homme qui se dessèche en attendant une nourriture substantielle, on est affligé jusqu’au fond du cœur, et on est tenté d’appliquer là le passage de l’Évangile où un aveugle conduit l’autre, et où ils tombent tous les deux dans le fossé. » (Portrait, 731).

Il est donc évident pour lui que les sacrements de l’Église sont inutiles pour conduire à la « grande affaire », celle qui consiste dans l’union de l’âme et de Dieu, et peuvent même représenter une barrière, un obstacle sur le chemin initiatique.

Or, une curieuse attitude s’est pourtant développée depuis plusieurs décennies dans les milieux martinistes et néo-coëns en France, s’inspirant des vues personnelles de Robert Amadou (+ 2006) sur cette question, celle s’étant fixée pour but de ramener les disciples de Saint-Martin ou de Martines de Pasqually vers l’Église, ses sacrements et ses dogmes.

Si Pasqually ne s’étendit pas outre-mesure sur le sujet, tout en n’en pensant pas moins, Saint-Martin au contraire ne cacha pas sa pensée. Et cette dernière se résume à ceci : aujourd’hui, dans l’œuvre qui est à accomplir, l’Église et les voies externes ne servent à rien : « Dieu veut nous amener à l’exécution du précepte de l’Évangile sur la prière qui nous dit, quand nous voudrons prier, de nous renfermer dans nos chambres. Car il est bien clair que l’on ne pourra plus guère prier dans les églises des hommes. » (Portrait, 834).

Indulgences II

« On ne pourra plus guère prier dans les églises des hommes… »

On comprend donc pourquoi dans son texte, Jean-Marc Vivenza écrit : « Ceci nous amène à formuler une réelle réserve, quoique amicalement et sans animosité aucune, même s’il nous semble nécessaire que cela soit souligné, à propos de ceux qui furent à l’initiative – et la perpétuent – de faire dire une  «messe» (sic) à la mémoire ou à « l’intention » du Philosophe Inconnu chaque année au mois d’octobre à la date anniversaire de sa naissance au Ciel, sachant les positions plus que critiques de Saint-Martin à l’égard du culte divin « ostensible » utilisant des espèces matérielles et des objets liturgiques fabriqués par la main de l’homme, initiative curieuse donc, qui, si elle participe sans doute d’une pieuse intention, relève cependant, au minimum, d’un évident oubli ou, plus certainement, d’une patente méconnaissance de la véritable perspective saint-martiniste et, objectivement, d’un éloignement manifeste d’avec les analyses, pourtant clairement exprimées par le théosophe d’Amboise, portant sur le caractère profondément discutable de la religion institutionnelle, et le peu de valeur des cérémonies célébrées par l’Église, notamment le rituel eucharistique. » [2]

Et il est vrai. On ne voit pas très bien pourquoi, en prenant l’initiative d’une messe à son « intention » à la date de sa naissance au Ciel, on veut imposer à Saint-Martin après sa mort, ce qu’il refusa de son vivant, et précisément au moment de son retour à Dieu où il ne voulut pas de la présence d’un prêtre à ses côtés.

C’est objectivement une manière de le trahir et de ne pas respecter ses positions sur ces sujets.

Car en effet, Saint-Martin n’a pas besoin que soit célébrée une messe pour honorer sa mémoire ou pour contribuer au repos de son âme, c’est même le meilleur moyen de montrer que l’on a rien compris à sa pensée et son œuvre !

Ainsi, il est clair que les disciples de Saint-Martin n’ont donc pas à « apprendre » ce que Saint-Martin écarta pour de justes motifs. Ils ont surtout à se remémorer ceci, ce qui leur permettra d’éviter bien des pièges, et de se prémunir de l’emprise d’une classe sacerdotale cherchant à prendre autorité sur l’initiation : « Ce sont les prêtres qui ont retardé ou perdu le christianisme, la Providence qui veut faire avancer le christianisme a dû préalablement écarter les prêtres, et ainsi on pourrait en quelque façon assurer que l’ère du christianisme en esprit et en vérité ne commence que depuis l’abolition de l’empire sacerdotal…. » (Saint-Martin, Portrait, § 707).

Notes.

1. J.-M. Vivenza, Le Martinisme, Le Mercure Dauphinois, 2006, pp. 222-223. Ce rappel était une réponse à l’affirmation qu’avait formulée en son temps Robert Amadou : « Saint-Martin ignorait, ce qu’est l’Eglise et ce que sont les sacrements », rajoutant : « le disciple de Saint-Martin apprendra ce que Saint-Martin ignorait… » (R. Amadou, in Introduction, Traité sur la réintégration des êtres, Collection martiniste, 1995, p. 37). Ce jugement péremptoire était aussi destiné à Martines de Pasqually dans le passage cité.

2. L'EGLISE ET LE SACERDOCE SELON SAINT-MARTINJ.-M. Vivenza, L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, 2e Partie. La pratique du culte divin au sein du Sanctuaire du cœur, note 4. La Pierre Philosophale, 2013.

Le corps d’Adam selon la doctrine martinésienne

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Trois nouvelles Leçons de Lyon ont été mises à jour par Catherine Amadou dans le fonds d’archives de la Bibliothèque Municipale de Grenoble [1], qui conserve des trésors, sachant que Léonard-Joseph Prunelle de Lierre (1741 – 1828) i.o. Josephus eques a Tribus oculis, administrateur de la commune de Grenoble à compter de 1795 puis Député à la Convention, qui fut un authentique disciple de Saint-Martin et ce dès 1776, passant les dernières années de sa vie dans une intense dévotion et traduisant les Psaumes et le livre d’Isaïe, fut, avec Joseph Gilbert, l’un des intimes les plus proches du Philosophe Inconnu.

Prunelle de lièreRegistre, Fonds Prunelle de Lière, BM de Grenoble.

La reproduction d’un extrait de la leçon du 17 avril 1776, intitulée « Sur les nombres », pourrait éventuellement provoquer un émoi chez les « sarcophiles » non repentis radicalement éloignés de la doctrine martinésienne, puisqu’on peut y lire le passage suivant :

« L’homme est l’image et la ressemblance du Créateur, c’est par son corps qu’il en est l’image, et par son esprit qu’il en est la ressemblance. Mais comment son corps peut-il être l’image d’un être infini, qui n’a point de corps ? C’est qu’il est l’image abrégée de l’image ou du plan spirituel que le Créateur conçut au commencement des temps pour la création universelle qu’il donna à exécuter à ses agents ; ainsi, en ce sens, il est l’image corporelle de l’image spirituelle divine. » [2]

Rien de surprenant dans ces lignes, puisque l’enveloppe corporelle d’Adam avant la Chute, qui était destinée « pour opérer temporellement les volontés du Créateur » (Traité, 230), était une enveloppe corporelle glorieuse, en effet « image corporelle de l’image spirituelle divine ».

Faut-il pourtant en déduire, avec un empressement qui porte à sourire chez quelques interprètes fantaisistes de la pensée de Martinès, que cette image corporelle « de l’image spirituelle divine » dont Adam bénéficiait avant la Chute, « contredit complètement l’interprétation que donnent du corps certains exégètes contemporains, prétendûment (sic), selon Martines de Pasqually » ?

Evidemment non, car c’est tout simplement oublier une chose, pourtant élémentaire et fondamentale sur le plan de l’anthropogenèse, à savoir qu’entre la forme corporelle originelle d’Adam, et celle dont il est revêtu aujourd’hui, il s’est produit une tragédie : la Chute originelle.

Et cette tragédie a modifié « substantiellement » la nature corporelle d’Adam, car Adam est pourvu à présent d’une nature corporelle  « dégénérée » selon Martinès !

Voici ce qu’écrit le thaumaturge bordelais :

«Vous savez que le Créateur émana Adam homme-Dieu juste de la terre, et qu’il était incorporé dans un corps de gloire incorruptible. Vous savez que, lorsqu’il eut prévariqué, le Créateur le maudit, lui personnellement avec son œuvre impure, et maudit ensuite toute la terre. Vous savez encore que, par cette prévarication, Adam dégénéra de sa forme de gloire en une forme de matière terrestre. » (Traité, 43).

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« Adam, dépouillé de son corps de gloire, a reçu une forme matérielle impure en « punition de son crime horrible », qui est destinée à l’anéantissement. »

Cette dégénérescence a « opéré » une transmutation du corps de gloire en une forme matérielle  passive dont l’actuel mineur est constitué, qui ne supporte plus aucun contact avec la matière ténébreuse sans la détruire : « attendu qu’aucune matière ne peut voir et concevoir l’esprit sans mourir ou sans que l’esprit ne dissolve et n’anéantisse toute forme de matière, à l’instant de son apparition. » (Traité, 38).

Comme l’écrit Jean-Marc Vivenza, sur lequel nous nous appuyons pour développer notre analyse :

« Il est donc absolument impossible qu’ait pu subsister, ne serait-ce même qu’une quelconque trace, aussi infime soit-elle, du corps de gloire originel d’Adam dans la forme matérielle impure actuelle qu’il a reçue en « punition de son crime horrible », puisque si tel était le cas, cette trace subsistante aurait été immédiatement un facteur de dissolution et d’anéantissement de toute forme de matièreAinsi,et il est aisé de le comprendre,la « substance de cette forme matérielle » (Traité, 70) dans laquelle est emprisonné Adam (…) est destinée à la même fin que tout ce qui est forme de matière apparente solide passive, elle doit disparaître « au temps prescrit et limité par le Créateur » (Traité, 91). » [3]

Ce que précisait d’ailleurs Robert Amadou en son temps (+ 2006) :

« La matière réintégrée cela signifie la matière anéantie puisque son principe étant le néant, sa réintégration ne peut se faire que dans le néant c’est-à-dire qu’elle disparaîtra sauf les formes transmuées.» [4]

Ainsi, chaque mineur espère non en une « spiritualisation de sa chair » corrompue mais son anéantissement, c’est-à-dire « la réintégration de sa forme corporelle [qui] ne s’opérera que par le moyen d’une putréfaction inconcevable aux mortels. C’est cette putréfaction qui dégrade et efface entièrement la figure corporelle de l’homme et fait anéantir ce misérable corps, de même que le soleil fait disparaître le jour de cette surface terrestre, lorsqu’il la prive de sa lumière. » (Traité, 110).

Nous le voyons, la réintégration de la forme corporelle matérielle impure, selon la doctrine martinésienne véritable, c’est-à-dire non réinterprétée selon un prisme déformant imprégné de conceptions théologiques, sera un événement qui n’aura pas grand-chose à voir avec les rêveries naïves de quelques sarcophiles mal inspirés, qui trahissent allègrement la pensée de Martinès au profit de leurs vues personnelles fondées sur des opinions religieuses.

Notes.

1. Renaissance Traditionnelle, n° 168, octobre 2012.

2. Ibid., p. 214.

3. J.-M. Vivenza, La doctrine de la réintégration des êtres, (Appendice IV, la transformation substantielle d’Adam), La Pierre Philosophale, 2012, p. 199.

4. Robert Amadou, Entretien avec Michel Cazenave, France-Culture, « Les Vivants et les Dieux », 4 mars 2000.

La doctrine de la réintégration des êtres : un ouvrage novateur !

La-doctrine-de-la-reintegration-des-etres--Jean-Marc-Viv

La doctrine de la réintégration des êtres

éd. La Pierre Philosophale, nov. 2012, 224 p.

A propos de l’analyse du site Philosophe Inconnu.com  

Si certains firent reproche à Jean-Marc Vivenza ces mois derniers, avec un sens discutable de l’objectivité et une très grosse dose de mauvaise foi, de constater l’évidente présence des thèses d’Origène chez Martinès de Pasqually, Saint-Martin et Willermoz, ce n’est pas le cas de Dominique Clairembault, animateur du site remarquable consacré au Philosophe Inconnu, qui, tout en soutenant et louant les analyses de Vivenza, regrette même que sa mise en lumière des idées origénistes n’ait pas été étendue à l’ensemble de l’ésotérisme chrétien : « On regrettera toutefois qu’il n’ait pas poussé plus avant sa réflexion en s’interrogeant sur la présence de l’origénisme chez des auteurs tels que Saint-Georges de Marsais, Jacob Boehme, Pierre Poiret, et bien d’autres penseurs de l’illuminisme, chez qui ces idées sont présentes à des degrés divers, et dont l’influence aurait pu parvenir jusqu’à Martinès de Pasqually et ses disciples. »

Voilà qui nous change, fort heureusement, de quelques discours critiques qui se firent entendre à l’annonce de l’ouvrage, sans même l’avoir lu parfois..!

L’axe de l’étude de Vivenza étant centré sur les trois figures majeures que sont Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz, il était normal que l’accent porte principalement sur eux et, comme le fait remarquer justement l’article consacré à La doctrine de la réintégration des êtres : « peu de chercheurs se sont interrogés sur la présence d’éléments rejetés par le christianisme officiel depuis plusieurs siècles dans les textes martinistes, que ce soient ceux de Martinès de Pasqually, de Louis-Claude de Saint-Martin ou de Jean-Baptiste Willermoz. »

C’est pourquoi la réflexion du livre se penche avec une attention plus soutenue sur les théories exposées par les tenants de la doctrine de la réintégration, et montre l’identité des grands thèmes de cette doctrine avec la pensée d’Origène (préexistence des âmes, incorporisation dans la matière, rejet de la chair, vision négative du composé matériel, anéantissement des choses visibles, etc.), identité correspondant aux concepts de base de la doctrine enseignée dans les voies initiatiques issues des trois personnalités fondatrices plus haut citées du XVIIIe siècle.

Ceci a une conséquence, comme le souligne justement Jean-Marc Vivenza : « l’adhésion à leur doctrine représente, non une option du point de vue initiatique lorsqu’on est membre de ses voies, mais relève d’un enseignement spirituel auquel il est nécessaire d’adhérer, faute de quoi on se met soi-même en dehors des critères d’appartenance des Ordres dont le rôle est de préserver les éléments doctrinaux établis par leurs fondateurs. »

C’est ce sur quoi revient  longuement Vivenza dans sa Préface, ayant constaté un éloignement inquiétant d’avec les fondements de la doctrine initiatique, chez quelques uns, heureusement peu représentatifs et participant de cas marginaux isolés, de ceux qui se prétendent membres des systèmes édifiés par Martinès ou Willermoz  :

« Les trois études que nous publions touchant à la doctrine de la matière telle que soutenue par Martinès, Saint-Martin et Willermoz, font apparaître des thèses audacieuses relevant du « mysticisme spéculatif », rendant évidentes des distances importantes avec l’enseignement des confessions chrétiennes, ce qui n’a rien de surprenant au regard des idées du courant illuministe qu’il nous faut considérer et admettre pour ce qu’il est, à savoir une voie initiatique extra ecclésiale possédant son originalité et ses sources propres.

Ces études ont pour but de susciter une certaine réaction et provoquer chez le lecteur, en quelque sorte, une interrogation salutaire en forme de choc, puisque qu’une tendance se manifeste de façon de plus en plus insistante, en l’écrivant et le faisant savoir, visant à récuser les positions de l’illuminisme et à les désigner comme des déviances théologiques et des hérésies dualistes.

Nous avons donc jugé qu‘il était temps de réagir en exposant les fondements théoriques de ces courants relatifs à la doctrine de la réintégration, avant que n’advienne une incompréhension générale en forme de rejet à l’égard de la doctrine initiatique que véhicule les structures issues de la pensée martinésienne. » [1]

Retenons la conclusion de Dominique Clairembault, qui correspond en effet à un sentiment largement partagé par les lecteurs de « La doctrine de la réintégration des êtres » de Jean-Marc Vivenza : « voici un ouvrage novateur, qui ouvre des perspectives intéressantes à ceux qui s’attachent à l’étude des textes de la tradition martiniste. »

Signalons que le livre, déjà épuisé, va faire l’objet d’une nouvelle édition revue et augmentée, à paraître prochainement aux éditions de la Pierre Philosophale.

Note.

1. La doctrine de la réintégration des êtres, La Pierre Philosophale, 2012.

L’erreur christologique de Martinès et ses conséquences dramatiques

 Léon B. Crucifixion

La grave erreur christologique de Martinès, qui refuse de reconnaître au Christ la réalité des souffrances de la Passion – « Le corps du Christ ne souffrait aucune douleur dans les tourments qu’on exerçait sur lui. Si ce corps faisait quelques mouvements, ce n’était qu’une suite de l’action innée du véhicule que l’on opprimait contre sa loi de nature » (Traité, 191) – entraîne des conséquences directes sur sa méthode théurgique tirée des grimoires magiques pour obtenir la réconciliation de  l’homme. 

Le sujet a été longuement abordé, par Jean-Marc Vivenza dans son texte fondamental paru récemment : « Louis-Claude de Saint-Martin et les anges », qui nous semble dire tout ce qu’il y a comprendre sur ce à quoi conduit sur le plan initiatique cette terrible erreur qui relève de façon évidente de l’hérésie docétiste et de diverses influences gnostiques.

 Voici ces lignes importantes qui sont à méditer avec attention :

« Martinès en raison de sa christologie déficiente conjuguée à une grave erreur trinitaire, était condamné à devoir passer par les intermédiaires angéliques pour « opérer » la réconciliation de l’homme. Robert Amadou identifia parfaitement le problème : « Les faiblesses du concept martinésien tiennent à l’immaturité de sa christologie. De même la théologie martinésienne de la Rédemption est embryonnaire, plus verbale que réelle.

Certes, davantage que la mort du Christ, importe sa venue en chair et sa Transfiguration. Martines s’apparente sur ce point à l’orthodoxie, mais n’est-ce pas surtout formellement ? 

L’ambiguïté retourne. Ainsi Martines accepte la naissance virginale de Jésus, mais en privant Jésus des souffrances physiques de la Passion, par exemple ne succombe-t-il pas au docétisme ? 

Le docétisme en christologie, passe pour un trait caractéristique des gnosticismes. Ce rejet d’une compromission entre l’esprit, le divin et la matière, veut que le Christ n’ait eu que l’apparence d’un être humain fait d’une autre substance. Ainsi, le Jésus qui fut crucifié, soit aurait été un double du Sauveur (…) soit l’unique Jésus eût été impassible. Cette dernière thèse s’est trouvée chez Martinès. » (1)

C’est pourquoi, contrairement à ce que soutient Martinès, il n’est pas nécessaire, plus précisément nul n’a besoin de « travailler » à sa réconciliation par des méthodes magiques, car le disciple du Christ a été délivré de son ancienne position de déchéance à l’égard de Dieu,  il est placé par grâce, et non à cause de procédés personnels, dans une nouvelle position devant Dieu par la puissance réconciliatrice de la Passion réellement subie et vécue du Divin Réparateur qui n’était pas « en extase » ou en « contemplation » sur la Croix et qui souffrit vraiment  « des tourments qu’on exerçait sur lui ». (2)

Mais tout ceci s’explique car  « les faiblesses du concept martinésien » de réconciliation, comme l’écrit Robert Amadou, « tiennent à l’immaturité de sa christologie », qui rajoute très justement que « la théologie martinésienne de la Rédemption est embryonnaire, plus verbale que réelle », voilà les conséquences de l’erreur christologique de Martinès.

Encore une fois, l’idée que la grâce puisse être obtenue par nos propres moyens, ou par une méthode, un système, des pratiques rituelles, des cérémonies tirées des grimoires magiques, est contredite fermement par l’Ecriture  (Tite III, 5).

DESSIN THEURGIQUE (1)

Saint-Martin, dont les connaissances christologiques étaient bien plus étendues que celles de son premier maître, et qui savait que le « christianisme est l’esprit même de Jésus-Christ dans sa plénitude », comprit rapidement que les méthodes de Martinès n’étaient que du « remplacement » (Lettre à Kirchberger, 12 juillet 1792), ce qu’il ne manqua pas d’affirmer avec la fermeté que l’on sait à ceux des ses Frères dans l’initiation qu’il voyait se fourvoyer grandement dans des voies contestables, périlleuses et réellement peu recommandables.

Une question pour les modernes oublieux des souverains rappels du Philosophe Inconnu : Saint-Martin, doux au caractère mais ferme sur le plan doctrinal, stipula t-il, pour ne choquer personne et éviter de froisser ses frères dans l’initiation, que les voies étaient complémentaires, qu’elles pouvaient se conjuguer, se conjoindre en harmonie ?

La réponse nous la connaissons : Pas le moins du monde ! »

Jean-Marc Vivenza, Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges, Arma Artis, 2012, pp. 93-113.

Notes.

1. R. Amadou, Introduction au Traité sur la réintégration des êtres, Collection Martiniste, Diffusion rosicrucienne,  1995, p. 39.

2.  «(Sur la Croix) Le Christ était en contemplation avec l’esprit du Père, et les heureux mortels qui l’ont imité étaient en contemplation avec l’esprit du Fils divin. C’est là ce qui nous fait concevoir la suspension de l’action de l’âme, et la privation ou l’ignorance où le corps reste alors de ce qui s’opère, autour de lui. » (Traité, 191)

Un projet sectaire au sein des ordres initiatiques….le dogmatisme parasitaire

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On a assez glosé sur ces pages, lorsque le phénomène est apparu, à propos du ridicule d’une posture visant à se présenter ouvertement et se faire connaître sur les réseaux comme « néo-coën », mais en cachant constamment, lorsque questionné aimablement sur le sujet, sa source de transmission et la validité des titres dont on prétend se parer.

Pour nous cette attitude disqualifiante sur le plan initiatique, à laquelle peut se rajouter un travestissement systématique de la doctrine de la réintégration et à l’utilisation de méthodes scandaleuses poussant jusqu’à critiquer un livre sans l’avoir lu plus de trois semaines avant sa publication, fait qu’il n’est plus nécessaire à notre avis de s’intéresser aux délires exprimés par celui qui signe ses risibles hoquets réguliers sous le nom d’un « martinésiste chrétien ».

Toutefois l’occasion de rire ne se présentant pas tous les jours, et le Crocodile n’étant pas d’un caractère morose, nous n’hésitons pas une nouvelle fois à nous amuser face à ce qui en arrive à s’approcher du trouble obsessionnel compulsif (TOC) chez le martinésiste chrétien, qui voit des dogmes partout et cherche absolument à plier les voies initiatiques aux décisions dogmatiques de l’Eglise.

Pourtant le clownesque martinésiste cache derrière son manège un projet dangereux, celui cherchant à soumettre les voies initiatiques au dogmatisme ecclésial.

Ainsi, publiant des extraits d’une lettre que Willermoz adressa à Bernard de Turckheim en octobre 1785, dans laquelle le fondateur du Régime Ecossais Rectifié manifeste, derrière l’attachement à la suprématie universelle du Pape de Rome, de nettes tendances gallicanes, notre martinésiste parvient à déceler, sans doute en utilisant ses dons d’extralucide utilisés, dans les lignes de la missive du lyonnais « qu’au travers des dogmes conciliaires, Jean-Baptiste Willermoz établit les fondements et principes essentiels de la foi chrétienne universelle, qui selon lui devait permettre de rassembler tous les chrétiens. Unicité de foi mais aussi unicité de culte qui en est comme le corolaire » (ouf !)

Comment ? Le lyonnais qui n’a eu de cesse de mettre en garde contre l’oppression de la classe sacerdotale, de prévenir que l’Eglise s’était coupée des enseignements mystérieux depuis le VIe siècle, d’inviter à se méfier des esprits sectaires, se révèlerait dans sa correspondance un autocratique défenseur de la dogmatique conciliaire ?

Voilà qui serait bizarre….par quel sortilège notre néo-coën extralucide parvient-il à affirmer que « Jean-Baptiste Willermoz établit les fondements et principes essentiels de la foi chrétienne universelle au travers des dogmes conciliaires » (sic) ?

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Dans ce passage où notre contorsionniste grimaçant prévient que la « doctrine professée au travers de l’Initiation »  : «Willermoz n’hésite pas à dire que celle-ci est la vérité. Parce que cette doctrine, s’appuyant sur les dogmes et principes «essentiels » de la communion romaine, ne peut que mener à la vérité » (sic).

Or, dans ce passage, Willermoz en catholique romain aimant les formes de sa religion ne parle absolument pas de dogme, il s’adresse simplement à un réformé pour lui parler de l’excellence « des secours et consolations attachés à la messe ; aux sacrements, et principalement aux deux plus utiles la confession et celui des mourants ; à l’intercession de la Vierge Marie mère de Dieu et des saints et à la puissante protection des saints anges gardiens, dont les hommes éprouvent journellement de si grands secours.(…). » Concluant que « plusieurs églises protestantes se réuniraient à la croyance de la communion romaine si cela pouvait se faire sans s’unir à la cour de Rome, pour laquelle on conserve un juste et invincible ressentiment qui rend toute union impraticable tant qu’elle ne se réforme pas dans ses ambitieuses prétentions et qu’elle ne fera pas des sacrifices qu’elle ne veut pas faire. » (Jean-Baptiste Willermoz, lettre à Bernard-Frédéric de Turckheim, octobre 1785).

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Alors où le néo-coën voit-il que Willermoz dans ces lignes n’hésite pas à dire que la « doctrine professée au travers de l’Initiation est la vérité, parce que s’appuyant sur les dogmes » ? Mystère ?!

Pas une ligne, pas une seule virgule dans ce passage comme dans toute cette lettre, sur la prétendue identité ou conformité entre la « doctrine professée au travers de l’Initiation » et les dogmes.

Et pour cause car à aucun moment n’est abordé le sujet !

Ce que souligne Willermoz à Turckheim, qui comme tous les réformés rejette la papauté et les abus de la cour de Rome, c’est que pour lui le concile est supérieur au Pape en matière de vérités portant sur la foi. C’est tout et pas plus. Ce en quoi d’ailleurs Willermoz se montre gallican et janséniste, puisque c’est exactement ce que pensaient les courants en sympathie avec les idées de Port-Royal au XVIIIe siècle.

En revanche lorsqu’il parle de la « doctrine professée au travers de l’Initiation », Willermoz le fait en des termes vagues et généraux : « Vous aviez été frappé , comme je l’ai déjà dit, du caractère de vérité de la doctrine de l’initiation, de l’immense étendue et multiplicité des objets qu’elle embrasse, de l’enchaînement ravissant de toutes ses parties qui fournit une preuve de plus de la vérité et du prodigieux moyen qui a été employé pour nous en gratifier et pour éclairer par elle peut-être le monde entier… » (Ibid.).

Mais ce qui est intéressant, c’est que lorsque Willermoz aborde avec Turckheim le sujet du christianisme et des vérités de foi, au moment où il pourrait en profiter pour dire leur identité avec les dogmes, alors son discours relève de l’approche intérieure des vérités chrétiennes, d’une manière totalement éloignée du dogmatisme : « Par l‘heureuse et journalière expérience du chrétien, tout raisonnement sur les matières de foi est nul s’il n’est vivifié par la vie de la vérité, et doit se taire devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité. Laissez-les donc, mon bon ami, s’égarer dans leurs raisonnements, et ayez le courage d’en appeler dans le secret de votre propre expérience ; elle ne vous trompera pas, si vos intentions sont pures et votre volonté bien soumise. Et c’est alors que vous trouverez dans vous-même la règle certaine de votre foi. » (Ibid.).

Avons-nous bien lu ?

Willermoz loin de professer la valeur du dogme, soutient :

« Tout raisonnement sur les matières de foi est nul s’il n’est vivifié par la vie de la vérité, et doit se taire devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité… »

Voilà la position réelle de Willermoz, sa conviction est que tout raisonnement en matière de foi est nul si non vivifié par la vie de la vérité.

Mais poursuivons.

Ces raisonnements pour le fondateur du Régime rectifié doivent se taire devant quoi ?

Voici la réponse : « Devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité… »

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C’est très clair, pour Willermoz, tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime !!

C’est en parfaite cohérence avec ce que soutient tout le courant illuministe, à savoir que « Dieu est sensible au cœur», et qu’il n’y a, et ne peut avoir, aucun critère dogmatique dans cette rencontre intime avec la vérité chrétienne.

Et Willermoz va même plus loin, il intime l’ordre de silence absolu devant la rencontre intérieure, en des termes que n’aurait pas désavoué Saint-Martin : « tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime » !

Comment donc ne pas rester effaré, saisi, choqué devant les affirmations mensongères du martinésiste chrétien obsédé par le dogme, qui n’hésite pas à trafiquer les textes, lorsqu’on lit ceci dans sa conclusion : « Notre seul objectif était de mettre en lumière les principes et fondements spirituels « essentiels » de la Doctrine de l’Initiation de la Grande Profession de l’Ordre Rectifié….et quel meilleur moyen que de simplement se référer aux écrits mêmes du rédacteur de cette doctrine, Jean-Baptiste Willermoz, qui nous révèle que….la doctrine de l’Ordre ne peut ainsi s’éloigner des dogmes de l’Eglise. »

Or précisément Willermoz ne révèle strictement rien dans sa lettre, ne souffle pas un mot sur les principes et fondements spirituels « essentiels » de la Doctrine de l’Initiation ! D’autant que la pensée véritable du patriarche lyonnais, largement connue de ceux qui s’intéressent à ces questions, est exactement le contraire, puisqu’il affirme que les secrets de la Grande Profession : « Les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui en soutiennent la vérité. » (Lettre de Willermoz à Saltzmann, mai 1812).

On ne saurait donc travestir plus mensongèrement la pensée de Willermoz qui à aucun moment ne soutient dans cette lettre, comme dans l’ensemble de ses écrits, que « la doctrine de l’Ordre ne peut ainsi s’éloigner des dogmes de l’Eglise », ou comme on peut le lire encore, qu’elle « est nourrie essentiellement des dogmes conciliaires reconnus par toutes les Eglises ».

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Là c’est du pur délire interprétatif !

On est vraiment en présence d’une mauvaise foi outrée, d’un comportement pharisaïque, d’une vision partisane clairement affichée, et surtout d’un très gros mensonge à visée manipulatrice !

C’est du grand n’importe quoi, mais un n’importe quoi mis au service d’un projet, celui de soumettre – par l’effet d’une grossière manœuvre des textes qui disent pourtant le contraire – la « doctrine de l’initiation » à la dogmatique de l’Eglise.

Et ce projet apparaît au grand jour avec une acuité saisissante mais également extrêmement inquiétante. Car le souhait d’enfermer l’esprit des frères dans un mode de pensée dogmatique bien éloigné par nature de l’approche initiatique, se manifeste d’une façon évidente dans les commentaires de cette lettre de Willermoz à Turckheim, révélant le projet auquel travaille une tendance sectaire au sein des ordres initiatiques, qui s’y est installée et cherche à s’y maintenir de manière parasitaire.

Combien plus juste, plus douce et bienfaisante la position de Willermoz, qui se résume à ces mots : « Tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime » ! 

Les Hommes de désir seraient-ils fâchés avec Jacob Boehme ?

« C’est avec franchise, Monsieur, que je reconnais n’être pas digne de dénouer les cordons des souliers de [Jacob Boehme] cet homme étonnant, que je regarde comme la plus grande lumière qui ait paru sur la terre après Celui qui est la ‘‘Lumière’’ même. » (Saint-Martin, Lettre à Kirchberger, 8 juin 1792.)

Ce type de citation de Saint-Martin, rappelée par Jean-Marc Vivenza dans son texte Louis-Claude de Saint-Martin et Jacob Boehme, est de nature à montrer en quoi Serge Caillet et Xavier Cuvelier-Roy sont passés complètement à côté du sujet dans leur livre qui vient de paraître « Les hommes de désir », Mercure Dauphinois, 2012.

Serge Caillet s’appuie sur Arthur Waite, à qui l’on doit le faux portrait de Martinès de Pasqually ! et dont l’autorité est discutable en ces domaines, pour minorer la place de Boehme sur Saint-Martin : « l’influence des écrit de Boehme sur Saint-Martin a été de beaucoup exagérée et par nul d’avantage que par l’intéressé lui-même ! »

Et hop emballé c’est pesé…toute la question qui exige un examen serré est réglée en une courte phrase.

*

La suite ne manque pas de saveur : «  Tu sais que dans Le Ministère de l’homme-esprit, son dernier livre, Saint-Martin établit la liste des données absentes de ses propres livres et invite ses lecteurs à s’en instruire chez Boehme. Mais cette liste n’apporte rien de bien neuf ! » (Les hommes de désir, op.cit., p. 33).

Or voici ce que dit Saint-Martin dans le Ministère de l’homme-esprit : « Cet auteur allemand, mort depuis près de deux cents ans, nommé Jacob Boehme, et regardé dans son temps comme le prince des philosophes divins, a laissé dans ses nombreux écrits, qui contiennent près de trente traités différents, des développements extraordinaires et étonnants sur notre nature primitive ; sur la source du mal ; sur l’essence et les lois de l’univers ; sur l’origine de la pesanteur ; sur ce qu’il appelle les sept roues ou les sept puissances de la nature ; sur l‘origine de l’eau ; (origine confirmée par la chimie, qui enseigne que l’eau est un corps brûlé) ; sur le genre de la prévarication des anges de ténèbres ; sur le genre de celle de l’homme ; sur le mode de réhabilitation que l’éternel amour a employé pour réintégrer l’espèce humaine dans ses droits, etc. » (Le Ministère de l’homme-esprit).

Et Saint-Martin rajoute une liste impressionnante des thèses de Boehme :

  • « Le lecteur y trouvera que la nature physique et élémentaire actuelle n’est qu’un résidu et une altération d’une nature antérieure, que l’auteur appelle l’éternelle nature ;
  • que cette nature actuelle formait autrefois dans toute sa circonscription, l’empire et le trône d’un des princes angéliques, nommé Lucifer ;
  • que ce prince ne voulant régner que par le pouvoir du feu et de la colère, et mettre de côté le règne de l’amour et de la lumière divine, qui aurait dû être son seul flambeau, enflamma toute la circonscription de son empire ;
  • que la sagesse divine opposa à cet incendie une puissance tempérante et réfrigérante qui contient cet incendie sans l’éteindre, ce qui fait le mélange du bien et du mal que l’on remarque aujourd’hui dans la nature ;
  • que l’homme formé à la fois du principe de feu, du principe de la lumière, et du principe quintessentiel de la nature physique ou élémentaire, fut placé dans ce monde pour contenir le roi coupable et détrôné ;
  • que cet homme, quoiqu’il eût en soi le principe quintessentiel de la nature élémentaire, devait le tenir comme absorbé dans l’élément pur qui composait alors sa forme corporelle ;
  • mais que se laissant plus attirer par le principe temporel de la nature que par les deux autres principes, il en a été dominé, au point de tomber dans le sommeil, comme ledit Moïse ;
  • que se trouvant bientôt surmonté par la région matérielle de ce monde, il a laissé, au contraire, son élément pur s’engloutir et s’absorber dans la forme grossière qui nous enveloppe aujourd’hui ; que par là il est devenu le sujet et la victime de son ennemi ;
  • que l’amour divin qui se contemple éternellement dans le miroir de sa sagesse, appelée par l’auteur, la vierge SOPHIE, a aperçu dans ce miroir, dans qui toutes les formes sont renfermées, le modèle et la forme spirituelle de l’homme ;
  • qu’il s’est revêtu de cette forme spirituelle, et ensuite de la forme élémentaire elle-même, afin de présenter à l’homme, l’image de ce qu’il était devenu et le modèle de ce qu’il aurait dû être ; que l’objet actuel de l’homme sur la terre est de recouvrer au physique et au moral sa ressemblance avec son modèle primitif ;
  • que le plus grand obstacle qu’il y rencontre est la puissance astrale et élémentaire qui engendre et constitue le monde, et pour laquelle l’homme n’était point fait ;
  • que l’engendrement actuel de l’homme est un signe parlant de cette vérité, par les douleurs que dans leur grossesse les femmes éprouvent dans tous leurs membres, à mesure que le fruit se forme en elles, et y attire toutes ces substances astrales et grossières ;
  • que les deux teintures, l’une ignée et l’autre aquatique, qui devaient être réunies dans l’homme et s’identifier avec la sagesse ou la SOPHIE, (mais qui maintenant sont divisées), se recherchent mutuellement avec ardeur, espérant trouver l’une dans l’autre cette SOPHIE qui leur manque, mais ne rencontrent que l’astral qui les oppresse et les contrarie ;
  • que nous sommes libres de rendre par nos efforts à notre être spirituel, notre première image divine, comme de lui laisser prendre des images inférieures désordonnées et irrégulières, et que ce sont ces diverses images qui feront notre manière d’être, c’est-à-dire, notre gloire ou notre honte dans l’état à venir, etc. » (Le Ministère de l’homme-esprit).

En effet, comme on s’en rend compte…. « …cette liste n’apporte rien de bien neuf ! »

*

Saint-Martin soutient donc, comme il est logique : « Jacob Boehme a levé presque tous les voiles en développant à notre esprit les sept formes de la nature, jusque dans la racine éternelle des êtres… »

Et il conclut : « Lecteur, si tu te détermines à puiser courageusement dans les ouvrages de cet auteur, qui n’est jugé par les savants dans l’ordre humain, que comme un épileptique, tu n’auras sûrement pas besoin des miens. » (Le Ministère de l’homme-esprit).

Robert Amadou (+ 2006) refusait à Boehme sa place de maître de la théosophie occidentale….et Serge Caillet va évidemment dans le sens d’Amadou (qui ne lisait pas l’allemand ce qui aide grandement à comprendre les domaines de la pensée théosophique de souche germanique)….pour signaler que Saint-Martin ne fut que peu influencé par le visionnaire de Görlitz : « Comme l’a fort bien expliqué Robert Amadou , lors d’un colloque sur Saint-Martin à Tours, dont les actes ont été publiés en 1986 : il est abusif de constituer Boehme en parangon des théosophes occidentaux ; et en particulier du Philosophe Inconnu […] il n’en fut que le second maître, second dans le temps et second dans la mesure de l’apport réel. » (Les hommes de désir, op.cit., p. 34).

*

Reconnaissons tout de même à Xavier Cuvelier-Roy le mérite de signaler à Serge Caillet que l’idée de la Sophia, Saint-Martin l’a bien trouvée chez Boehme….La réponse est assez instructive : « La sophiologie de Saint-Martin était déjà là, sans qu’il le sache, ou en ne le sachant qu’à moitié. Boehme agira essentiellement ensuite comme un révélateur » (Les hommes de désir, op.cit., p. 34).

Tout ceci, comme il est aisé de le vérifier, relève de la réinterprétation pas très sérieuse….mais c’est sans doute conforme au climat général qui s’est installé dans le domaine de la pensée initiatique !

On aura donc tout intérêt à faire confiance à Saint-Martin lorsqu’il nous dit : « Jacob Boehme cet homme étonnant, je le regarde comme la plus grande lumière qui ait paru sur la terre après Celui qui est la ‘‘Lumière’’ même. »