L’erreur christologique de Martinès et ses conséquences dramatiques

 Léon B. Crucifixion

La grave erreur christologique de Martinès, qui refuse de reconnaître au Christ la réalité des souffrances de la Passion – « Le corps du Christ ne souffrait aucune douleur dans les tourments qu’on exerçait sur lui. Si ce corps faisait quelques mouvements, ce n’était qu’une suite de l’action innée du véhicule que l’on opprimait contre sa loi de nature » (Traité, 191) – entraîne des conséquences directes sur sa méthode théurgique tirée des grimoires magiques pour obtenir la réconciliation de  l’homme. 

Le sujet a été longuement abordé, par Jean-Marc Vivenza dans son texte fondamental paru récemment : « Louis-Claude de Saint-Martin et les anges », qui nous semble dire tout ce qu’il y a comprendre sur ce à quoi conduit sur le plan initiatique cette terrible erreur qui relève de façon évidente de l’hérésie docétiste et de diverses influences gnostiques.

 Voici ces lignes importantes qui sont à méditer avec attention :

« Martinès en raison de sa christologie déficiente conjuguée à une grave erreur trinitaire, était condamné à devoir passer par les intermédiaires angéliques pour « opérer » la réconciliation de l’homme. Robert Amadou identifia parfaitement le problème : « Les faiblesses du concept martinésien tiennent à l’immaturité de sa christologie. De même la théologie martinésienne de la Rédemption est embryonnaire, plus verbale que réelle.

Certes, davantage que la mort du Christ, importe sa venue en chair et sa Transfiguration. Martines s’apparente sur ce point à l’orthodoxie, mais n’est-ce pas surtout formellement ? 

L’ambiguïté retourne. Ainsi Martines accepte la naissance virginale de Jésus, mais en privant Jésus des souffrances physiques de la Passion, par exemple ne succombe-t-il pas au docétisme ? 

Le docétisme en christologie, passe pour un trait caractéristique des gnosticismes. Ce rejet d’une compromission entre l’esprit, le divin et la matière, veut que le Christ n’ait eu que l’apparence d’un être humain fait d’une autre substance. Ainsi, le Jésus qui fut crucifié, soit aurait été un double du Sauveur (…) soit l’unique Jésus eût été impassible. Cette dernière thèse s’est trouvée chez Martinès. » (1)

C’est pourquoi, contrairement à ce que soutient Martinès, il n’est pas nécessaire, plus précisément nul n’a besoin de « travailler » à sa réconciliation par des méthodes magiques, car le disciple du Christ a été délivré de son ancienne position de déchéance à l’égard de Dieu,  il est placé par grâce, et non à cause de procédés personnels, dans une nouvelle position devant Dieu par la puissance réconciliatrice de la Passion réellement subie et vécue du Divin Réparateur qui n’était pas « en extase » ou en « contemplation » sur la Croix et qui souffrit vraiment  « des tourments qu’on exerçait sur lui ». (2)

Mais tout ceci s’explique car  « les faiblesses du concept martinésien » de réconciliation, comme l’écrit Robert Amadou, « tiennent à l’immaturité de sa christologie », qui rajoute très justement que « la théologie martinésienne de la Rédemption est embryonnaire, plus verbale que réelle », voilà les conséquences de l’erreur christologique de Martinès.

Encore une fois, l’idée que la grâce puisse être obtenue par nos propres moyens, ou par une méthode, un système, des pratiques rituelles, des cérémonies tirées des grimoires magiques, est contredite fermement par l’Ecriture  (Tite III, 5).

DESSIN THEURGIQUE (1)

Saint-Martin, dont les connaissances christologiques étaient bien plus étendues que celles de son premier maître, et qui savait que le « christianisme est l’esprit même de Jésus-Christ dans sa plénitude », comprit rapidement que les méthodes de Martinès n’étaient que du « remplacement » (Lettre à Kirchberger, 12 juillet 1792), ce qu’il ne manqua pas d’affirmer avec la fermeté que l’on sait à ceux des ses Frères dans l’initiation qu’il voyait se fourvoyer grandement dans des voies contestables, périlleuses et réellement peu recommandables.

Une question pour les modernes oublieux des souverains rappels du Philosophe Inconnu : Saint-Martin, doux au caractère mais ferme sur le plan doctrinal, stipula t-il, pour ne choquer personne et éviter de froisser ses frères dans l’initiation, que les voies étaient complémentaires, qu’elles pouvaient se conjuguer, se conjoindre en harmonie ?

La réponse nous la connaissons : Pas le moins du monde ! »

Jean-Marc Vivenza, Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges, Arma Artis, 2012, pp. 93-113.

Notes.

1. R. Amadou, Introduction au Traité sur la réintégration des êtres, Collection Martiniste, Diffusion rosicrucienne,  1995, p. 39.

2.  «(Sur la Croix) Le Christ était en contemplation avec l’esprit du Père, et les heureux mortels qui l’ont imité étaient en contemplation avec l’esprit du Fils divin. C’est là ce qui nous fait concevoir la suspension de l’action de l’âme, et la privation ou l’ignorance où le corps reste alors de ce qui s’opère, autour de lui. » (Traité, 191)

Théurgie coën et rite vaudou en Haïti…un étrange mariage

La Fête de la Saint-Jean est l’occasion en Haïti d’une cérémonie plus qu’étrange, bien qu’elle ne soit pas de nature à surprendre ceux qui connaissent un peu l’histoire initiatique de cette île, autrefois Saint-Domingue.

L’histoire Maçonnique d’Haïti peut-être partagée en deux parties : Avant 1789 (avant l’Indépendance) et après l’Indépendance, le nom indigène « Haïti » n’étant bien sûr pas encore en usage, le territoire de l’État actuel d’Haïti formant à l’époque la « partie française de Saint-Domingue », la plus riche des « îles ». La Maçonnerie d’Ancien Régime y a rencontré un très vif succès et Saint-Domingue a été un « laboratoire » de Hauts Grades.

Mais évidemment, le séjour et la disparition sur place de Martinès de Pasqually en septembre 1774, confèrent à ce lieu une place singulière à Haïti.

Et en effet, comme si les élus coëns avaient laissé quelques traces cérémonielles palpables et concrètes dans ces régions pénétrées des rites vaudous et magiques, se célèbre un rituel directement inspiré des pratiques coëns lors de la fête de la Saint-Jean aux abords du Temple maçonnique où, après avoir inscrit des noms angéliques, planté les bannières et tracé les cercles à la craie sur le sol, on place au centre un grand bûcher auprès duquel se regroupent les maçons des hauts degrés.

Le vaudou, omniprésent en Haïti, vient d’Afrique de l’ouest, mais celui pratiqué sur l’île est en plus intimement lié à la définition identitaire du peuple haïtien, puisque la cérémonie du Bois-Caïman du 14 août 1791, telle qu’elle a pu être décrite : harmonie particulière entre le chant, la danse et les sacrifices d’animaux provoquant les inévitables et énigmatiques crises de possession, tout ceci sous la direction de Boukman, chef des esclaves, mènera grâce à la révolte victorieuse à l’effondrement de l’esclavage en 1804.

Depuis, tout ce qui touche à la magie, à l’occultisme, à l’ésotérisme, à la religion et à la franc-maçonnerie, est pénétré de l’esprit du vaudou sur l’île.

C’est ce curieux mélange de rites vaudous et de théurgie des élus-coëns, qui se déroule publiquement en Haïti lors de la Saint-Jean, et auquel tous peuvent assistés, rituel peu connu mais qui est intéressant à plus d’un titre.

Ainsi certains Frères, selon la description qui nous est donnée de ce rituel, Frères qui se présentent comme « Réaux+Croix » (sic), revêtus d’aubes sacerdotales, retirent leurs chaussures et entrent dans les cercles, puis s’approchent de l’autel de bois et procèdent à son aspersion avec de l’eau bénite, des sels de mer, etc., pratiquent des offrandes d’alcool, d’eau de coco, d’huile de palme et font fumer des parfums pour purifier le lieu. Les prières préalablement recueillies sont placées dans le centre du bûcher qui représente l’autel, que les Frères haïtiens appellent «l’Arche». Enfin un mélange spécial d’encens est brûlé par un thuriféraire, et le Vénérable Maître, gardiens et orateur invoquent les puissances angéliques.

Tous les chœurs angéliques sont invoqués, on chante, on danse, on proclame des formules mélangeant  prières et formules magiques, puis, après de fougueuses circumambulations, est enfin enflammée « l’Arche » par les prêtres maçonniques qui se disent « coëns ».

Dans une extase collective, est ainsi consumé le brasier magico-coën, laissant se poursuivre tardivement dans la nuit, les libations festives de la Saint-Jean haïtienne.

Voilà un curieux exemple, mais assez démonstratif des liens harmonieux existant entre théurgie coën, magie, sorcellerie et vaudou en Haïti, exemple qui méritait d’être signalé en raison de ce mariage – dont on ne sait s’il faut le qualifier « d’heureux » ou non – entre des pratiques qui semblent à l’évidence participer de sources et de méthodes identiques, et poursuivre des buts semblables.

Les Hommes de désir seraient-ils fâchés avec Jacob Boehme ?

« C’est avec franchise, Monsieur, que je reconnais n’être pas digne de dénouer les cordons des souliers de [Jacob Boehme] cet homme étonnant, que je regarde comme la plus grande lumière qui ait paru sur la terre après Celui qui est la ‘‘Lumière’’ même. » (Saint-Martin, Lettre à Kirchberger, 8 juin 1792.)

Ce type de citation de Saint-Martin, rappelée par Jean-Marc Vivenza dans son texte Louis-Claude de Saint-Martin et Jacob Boehme, est de nature à montrer en quoi Serge Caillet et Xavier Cuvelier-Roy sont passés complètement à côté du sujet dans leur livre qui vient de paraître « Les hommes de désir », Mercure Dauphinois, 2012.

Serge Caillet s’appuie sur Arthur Waite, à qui l’on doit le faux portrait de Martinès de Pasqually ! et dont l’autorité est discutable en ces domaines, pour minorer la place de Boehme sur Saint-Martin : « l’influence des écrit de Boehme sur Saint-Martin a été de beaucoup exagérée et par nul d’avantage que par l’intéressé lui-même ! »

Et hop emballé c’est pesé…toute la question qui exige un examen serré est réglée en une courte phrase.

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La suite ne manque pas de saveur : «  Tu sais que dans Le Ministère de l’homme-esprit, son dernier livre, Saint-Martin établit la liste des données absentes de ses propres livres et invite ses lecteurs à s’en instruire chez Boehme. Mais cette liste n’apporte rien de bien neuf ! » (Les hommes de désir, op.cit., p. 33).

Or voici ce que dit Saint-Martin dans le Ministère de l’homme-esprit : « Cet auteur allemand, mort depuis près de deux cents ans, nommé Jacob Boehme, et regardé dans son temps comme le prince des philosophes divins, a laissé dans ses nombreux écrits, qui contiennent près de trente traités différents, des développements extraordinaires et étonnants sur notre nature primitive ; sur la source du mal ; sur l’essence et les lois de l’univers ; sur l’origine de la pesanteur ; sur ce qu’il appelle les sept roues ou les sept puissances de la nature ; sur l‘origine de l’eau ; (origine confirmée par la chimie, qui enseigne que l’eau est un corps brûlé) ; sur le genre de la prévarication des anges de ténèbres ; sur le genre de celle de l’homme ; sur le mode de réhabilitation que l’éternel amour a employé pour réintégrer l’espèce humaine dans ses droits, etc. » (Le Ministère de l’homme-esprit).

Et Saint-Martin rajoute une liste impressionnante des thèses de Boehme :

  • « Le lecteur y trouvera que la nature physique et élémentaire actuelle n’est qu’un résidu et une altération d’une nature antérieure, que l’auteur appelle l’éternelle nature ;
  • que cette nature actuelle formait autrefois dans toute sa circonscription, l’empire et le trône d’un des princes angéliques, nommé Lucifer ;
  • que ce prince ne voulant régner que par le pouvoir du feu et de la colère, et mettre de côté le règne de l’amour et de la lumière divine, qui aurait dû être son seul flambeau, enflamma toute la circonscription de son empire ;
  • que la sagesse divine opposa à cet incendie une puissance tempérante et réfrigérante qui contient cet incendie sans l’éteindre, ce qui fait le mélange du bien et du mal que l’on remarque aujourd’hui dans la nature ;
  • que l’homme formé à la fois du principe de feu, du principe de la lumière, et du principe quintessentiel de la nature physique ou élémentaire, fut placé dans ce monde pour contenir le roi coupable et détrôné ;
  • que cet homme, quoiqu’il eût en soi le principe quintessentiel de la nature élémentaire, devait le tenir comme absorbé dans l’élément pur qui composait alors sa forme corporelle ;
  • mais que se laissant plus attirer par le principe temporel de la nature que par les deux autres principes, il en a été dominé, au point de tomber dans le sommeil, comme ledit Moïse ;
  • que se trouvant bientôt surmonté par la région matérielle de ce monde, il a laissé, au contraire, son élément pur s’engloutir et s’absorber dans la forme grossière qui nous enveloppe aujourd’hui ; que par là il est devenu le sujet et la victime de son ennemi ;
  • que l’amour divin qui se contemple éternellement dans le miroir de sa sagesse, appelée par l’auteur, la vierge SOPHIE, a aperçu dans ce miroir, dans qui toutes les formes sont renfermées, le modèle et la forme spirituelle de l’homme ;
  • qu’il s’est revêtu de cette forme spirituelle, et ensuite de la forme élémentaire elle-même, afin de présenter à l’homme, l’image de ce qu’il était devenu et le modèle de ce qu’il aurait dû être ; que l’objet actuel de l’homme sur la terre est de recouvrer au physique et au moral sa ressemblance avec son modèle primitif ;
  • que le plus grand obstacle qu’il y rencontre est la puissance astrale et élémentaire qui engendre et constitue le monde, et pour laquelle l’homme n’était point fait ;
  • que l’engendrement actuel de l’homme est un signe parlant de cette vérité, par les douleurs que dans leur grossesse les femmes éprouvent dans tous leurs membres, à mesure que le fruit se forme en elles, et y attire toutes ces substances astrales et grossières ;
  • que les deux teintures, l’une ignée et l’autre aquatique, qui devaient être réunies dans l’homme et s’identifier avec la sagesse ou la SOPHIE, (mais qui maintenant sont divisées), se recherchent mutuellement avec ardeur, espérant trouver l’une dans l’autre cette SOPHIE qui leur manque, mais ne rencontrent que l’astral qui les oppresse et les contrarie ;
  • que nous sommes libres de rendre par nos efforts à notre être spirituel, notre première image divine, comme de lui laisser prendre des images inférieures désordonnées et irrégulières, et que ce sont ces diverses images qui feront notre manière d’être, c’est-à-dire, notre gloire ou notre honte dans l’état à venir, etc. » (Le Ministère de l’homme-esprit).

En effet, comme on s’en rend compte…. « …cette liste n’apporte rien de bien neuf ! »

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Saint-Martin soutient donc, comme il est logique : « Jacob Boehme a levé presque tous les voiles en développant à notre esprit les sept formes de la nature, jusque dans la racine éternelle des êtres… »

Et il conclut : « Lecteur, si tu te détermines à puiser courageusement dans les ouvrages de cet auteur, qui n’est jugé par les savants dans l’ordre humain, que comme un épileptique, tu n’auras sûrement pas besoin des miens. » (Le Ministère de l’homme-esprit).

Robert Amadou (+ 2006) refusait à Boehme sa place de maître de la théosophie occidentale….et Serge Caillet va évidemment dans le sens d’Amadou (qui ne lisait pas l’allemand ce qui aide grandement à comprendre les domaines de la pensée théosophique de souche germanique)….pour signaler que Saint-Martin ne fut que peu influencé par le visionnaire de Görlitz : « Comme l’a fort bien expliqué Robert Amadou , lors d’un colloque sur Saint-Martin à Tours, dont les actes ont été publiés en 1986 : il est abusif de constituer Boehme en parangon des théosophes occidentaux ; et en particulier du Philosophe Inconnu […] il n’en fut que le second maître, second dans le temps et second dans la mesure de l’apport réel. » (Les hommes de désir, op.cit., p. 34).

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Reconnaissons tout de même à Xavier Cuvelier-Roy le mérite de signaler à Serge Caillet que l’idée de la Sophia, Saint-Martin l’a bien trouvée chez Boehme….La réponse est assez instructive : « La sophiologie de Saint-Martin était déjà là, sans qu’il le sache, ou en ne le sachant qu’à moitié. Boehme agira essentiellement ensuite comme un révélateur » (Les hommes de désir, op.cit., p. 34).

Tout ceci, comme il est aisé de le vérifier, relève de la réinterprétation pas très sérieuse….mais c’est sans doute conforme au climat général qui s’est installé dans le domaine de la pensée initiatique !

On aura donc tout intérêt à faire confiance à Saint-Martin lorsqu’il nous dit : « Jacob Boehme cet homme étonnant, je le regarde comme la plus grande lumière qui ait paru sur la terre après Celui qui est la ‘‘Lumière’’ même. »

Martinès de Pasqually et l’idée de Création « nécessaire » dans le Traité sur la réintégration

« Il faut vous convaincre que la matière première ne fut conçue par l’esprit bon que pour contenir et assujettir l’esprit mauvais dans un état de privation et que véritablement cette matière première, conçue et enfantée par l’esprit et non émanée de lui, n’avait été engendrée que pour être à la seule disposition des démons. » (Traité, 274.)

Un exposé magistral de la doctrine de la réintégration de Martinès de Pasqually, vient d’être effectué par Jean-Marc Vivenza, qu’il faut une fois de plus remercier pour l’immense travail qu’il effectue afin de nous permettre d’avancer tous dans la connaissance, sous le titre : « Martinès de Pasqually et la doctrine de la réintégration, Création nécessaire, transmutation du mineur émané et anéantissement de la matière lors du retour des êtres à leur primitive origine et puissance spirituelle divine. »

Le texte est d’une telle richesse, abordant point par point les éléments fondamentaux de la doctrine de la réintégration (émanation des esprits, nature immatérielle de l’Adam primitif, dégénérescence du mineur, anéantissement de la matière, etc.), qu’il est difficile de le résumer en quelques phrases. Nous retiendrons quant à nous une chose : le rappel des bases de la doctrine sans lesquelles l’enseignement de Pasqually n’est plus authentique et devient une construction fantaisiste.

Comme il est dit dans cette analyse : «Il faut commencer par réaffirmer que Martinès c’est d’abord et avant tout une doctrine, présentant de nombreux aspects surprenants, possédant une cohérence et nous fournissant, sur de nombreux aspects obscurs de l’Histoire universelle, des éclairages essentiels, offrant, à celui qui prend la peine de s’y pencher un instant, d’entrer dans l’intelligence des causes premières et la compréhension de vérités qui lui étaient jusqu’alors inconnues. Et ce qui est extraordinaire, c’est que cette doctrine qui véhicule des thèses judaïques, platoniciennes et origénistes, semble surgir brutalement et apparaître sur le devant de la scène initiatique au XVIIIe siècle sans qu’il soit possible, pour l’instant du moins, d’en repérer l’itinéraire exact de transmission à travers les âges. »

Mais cet avertissement est suivi de précisions importantes, dont la clé se trouve dans cette mise en lumière : « La création de l’univers matériel, selon Martinès, fut imposée à Dieu pour y enfermer les esprits révoltés, de sorte qu’ils soient contenus et emprisonnés dans un cachot en forme de lieu de privation. On voit donc immédiatement la grande différence d’avec la foi officielle de l’Eglise qui repousse vigoureusement sur le plan dogmatique une telle vision (raison pour laquelle l’origénisme, qui postulait des thèses semblables, fut condamné lors du concile de Contantinople II en 553), insistant constamment sur le bienfait de la Création matérielle, témoignage de l’amour de Dieu à l’égard du monde et de ses créatures, Eglise qui ne peut que refuser avec force l’idée d’une création de la matière motivée par la nécessité d’y enserrer les démons (….). Les nombreux passages décrivant cette Création « nécessaire » sont, à l’évidence, extrêmement clairs et précis chez Martinès, qui n’hésite pas à exprimer sa vision à plusieurs endroits du Traité sur la réintégration, comme il le fera dans le « Grand discours de Moïse » où il écrit : « Sans cette prévarication, il n’y aurait point eu de création matérielle temporelle, soit terrestre, soit céleste ; (…) Tu apprendras à connaître la nécessité de toute chose créée, et celle de tout être émané et émancipé. » (Traité, 224). Pourtant, et c’est là un point solennel de la foi de « l’Eglise » entendue au sens générique du terme car toutes les confessions chrétiennes adhèrent à la même conception de la création, Dieu créa l’univers matériel par amour, non par contrainte, l’acte de création n’eut aucun caractère de nécessité, il fut un pur don divin, une offrande témoignant de l’amour du Créateur. Et l’Eglise insiste particulièrement sur ce point, nous amenant à souligner que l’on touche ici à un sujet fondamental, crucial même sur le plan dogmatique, car de la nature de la Création dépend en effet la perspective et les modalités futures du Salut pour l’homme. »

Jean-Marc Vivenza explique ainsi : « Or, et c’est là toute la difficulté qu’il est inutile de cacher, pour Martinès – cette doctrine étant reprise par la suite par ces deux principaux disciples Willermoz et Saint-Martin allant jusqu’à former une part essentielle des Instructions secrètes du Régime rectifié comme de la pensée saint-martiniste -, la création matérielle, si elle n’est pas l’œuvre d’un démiurge ce qui serait du pur gnosticisme, néanmoins, est la résultante d’une faute préalable, elle est une réponse à la prévarication des esprits révoltés contre l’Eternel, puis, dans un second temps ce qui renforce plus encore le problème, sera l’œuvre sacrilège d’Adam opérant contre la volonté du Créateur «devenu impur par son incorporisation matérielle» (Traité, 140), enfermé charnellement dans un « ouvrage impur fruit de l’horreur de son crime » (Traité, 23). Le monde matériel n’est donc pas du tout chez Martinès le fruit d’un « don » de Dieu créé par gratuité, lui ayant fait dire après les six jours que « tout cela était bon », mais il s’est au contraire imposé à Dieu par nécessité afin d’enserrer les démons, puis l’homme à son tour, dans une « prison de matière » : « Il faut vous convaincre que la matière première ne fut conçue par l’esprit bon que pour contenir et assujettir l’esprit mauvais dans un état de privation et que véritablement cette matière première, conçue et enfantée par l’esprit et non émanée de lui, n’avait été engendrée que pour être à la seule disposition des démons. » (Traité, 274.).»

Vivenza constate avec raison : « C’est en réalité du pur Origène (185-253), le seul des pères de la primitive Eglise avec Evagre le Pontique (346-399), à avoir soutenu une telle thèse !  »

Mais par delà ce constat, le plus important à notre avis est l’analyse que fait Vivenza de ce constat  de la présence d’une affirmation du caractère nécessaire de la Création chez Martinès : « On le comprend aisément, l’idée de Création « nécessaire», imposée au Créateur pour contenir les esprits pervers à l’intérieur de la matière, idée située à la source première de toute la construction doctrinale de Martinès : «Sans cette prévarication, il n’y aurait point eu de création matérielle temporelle, soit terrestre, soit céleste » (Traité, 224), entraîne logiquement une seconde idée qui lui est conjointe : l’attente de la dissolution de cette dite « matière ténébreuse », l’anéantissement de la chair impure, afin que tout retourne à l’Unité.  Pour que la chair soit sauvée et promise aux joies du Royaume, c’est-à-dire « spiritualisée », il faudrait que sa nature ne participe pas à l’origine d’une essence « nécessaire » devant être « un lieu fixe » pour que les démons puissent « y exercer toute leur malice », comme le soutient Martinès, c’est une question de logique élémentaire sur le plan métaphysique. C’est cette logique que respecte l’Eglise, pour qui la chair est à la base au sein de la création un don de Dieu. »

La suite est remarquable de clarté : « Or, la conception matinésienne de la Création, reprenant au contraire celle des courant néoplatoniciens et de l’origénisme, est une métaphysique de la nécessité, une métaphysique de l’éloignement et de la corruption de l’Unité. Ceci explique pourquoi pour Martinès, comme pour Willermoz et Saint-Martin, le composé matériel, la chair, l’univers physique, sont un « lieu de privation », un fruit ténébreux, car il est consécutif d’une rupture, d’une fracture, d’un drame céleste qui est celui de la prévarication démoniaque et ensuite adamique. La matière est donc une prison corrompue et infectée dans laquelle le premier homme, être purement spirituel ayant une forme corporelle immatérielle, non doté de chair et de matière à l’origine, a été précipité, conduisant de ce fait à l’espérance, regardée comme un bonheur auquel il est normal et légitime d’aspirer, d’un anéantissement de cette forme de matière, par une dissolution qui « effacera entièrement » la  « figure corporelle de l’homme et fait anéantir ce misérable corps, de même que le soleil fait disparaître le jour de cette surface terrestre, lorsqu’il la prive de sa lumière. » (Traité, 111). On ne saurait être plus clair sur le sort réservé à la chair et à l’univers matériel créé dans la conception de Martinès, cette destination à l’anéantissement étant soulignée à plusieurs endroits du Traité sur la réintégration des êtres : « La création n’appartient qu’à la matière apparente, qui, n’étant provenue de rien si ce n’est de l’imagination divine, doit rentrer dans le néant.» (Traité, 138). »

La conclusion pose donc une évidence que nous pensons absolument essentielle, et insiste sur une idée majeure pour ceux qui adhèrent aux idées de Martinès de Pasqually : admettre la différence et l’assumer« C’est pourquoi la volonté de chercher à concilier de force martinésisme et foi dogmatique de l’Eglise, n’a strictement aucun sens sur le plan ecclésial,pas plus qu’elle n’en a sur le plan initiatique, puisque conduisant à la constitution d’une impasse catégorique, en forme de perspective fondée sur une analyse vouée à une inévitable impossibilité. La seule attitude cohérente, si l’on veut se considérer comme participant véritablement des Ordres dont on prétend être membre, c’est d’assumer clairement la pensée des fondateurs, bien sûr l’interroger, la travailler, l’approfondir ce qui est plus que souhaitable, mais avant tout la respecter dans ses affirmations et fondements essentiels, et non chercher à la tordre ou à la transformer par d’inacceptables contorsions théoriques pour la rendre, dans un exercice improbable, « doctrinalement compatible » avec l’enseignement de l’Eglise. Nous pensons qu’une autre voie est envisageable, celle consistant à admettre la différence doctrinale, la reconnaître honnêtement, et à se considérer comme « cas particuliers » postulant la non incompatibilité entre la foi et l’anthropologie platonicienne au sein de l’épouse de Jésus-Christ. » 

On ne saurait trop remercier Jean-Marc Vivenza pour la clarification qu’il vient « d’opérer », opération sans doute la plus utile qui soit en un temps où certains aiment insister sur le « opérons-donc ! », indispensable à la juste compréhension de la doctrine de la réintégration de Pasqually pour en éviter les déformations insupportables auxquelles on assiste parfois de nos jours !

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A lire : Jean-Marc Vivenza : « Martinès de Pasqually et la doctrine de la réintégration, Création nécessaire, transmutation du mineur émané et anéantissement de la matière lors du retour des êtres à leur primitive origine et puissance spirituelle divine ».

Les albums du Crocodile

« Néo-coën, ne te moque pas du Crocodile avant d’avoir atteint l’autre rive« , n° 1, Les Albums du Crocodile.

« Non, il n’y a pas de joie qui soit comparable à celle de marcher dans les sentiers de la sagesse et de la vérité. »

(Saint-Martin, L’Homme de désir)

 

 

 

 

Les néo-coëns et les illusions de l’influx «sui generis »

Les chapelles néo-coëns se rattachent en grande majorité aux transmissions issues de la Résurgence de 1942, effectuée lors des heures sombres de l’occupation à Paris dans des circonstances rocambolesques par Georges Bogé de Lagrèze, Robert Ambelain et Robert Amadou, qui, dénués de toutes qualifications pour entreprendre un réveil de l’Ordre des Chevaliers Maçons élus coëns de l’Univers, s’attribuèrent néanmoins assez généreusement la réussite de l’opération.

Les groupes actuels pratiquant les cérémonies des élus coëns se situent donc dans ce canal de transmission, qui peut être critiqué, et il doit l’être, mais qui a pour lui au moins l’avantage d’exister.

Chacun ayant le droit de mener sa vie comme il l’entend, nous n’avons que des mises en garde fraternelles, mais aucun reproche particulier à formuler à l’égard de ceux qui cheminent sur ces sentiers théurgiques risqués, mais en le faisant dans le retrait et l’absence de publicité tapageuse.

On assiste pourtant depuis plusieurs mois, alors que les émules contemporains de Martinès se cantonnaient depuis 1967, date où Robert Ambelain se démit de sa charge de Grand Maître des élus coëns au profit d’Yvan Mosca, dans une relative discrétion qui sans doute sied le mieux à leurs activités, à un fébrile activisme sur les réseaux sociaux où l’on fait publicité démonstrative d’une existence et de positions au nom d’un « martinézisme chrétien » qui cherche à incarner « l’Ordre », se revendiquant de cette dénomination avec une incroyable légèreté.

En examinant les échanges qui se sont déroulés sur le blog qui porte cette  quasi « campagne publicitaire », nous avons trouvé plusieurs commentaires pertinents qu’il nous a semblé utile de mettre en lumière sur notre page virtuelle, puisqu’ils étaient restés sans réponse à la question essentielle, et légitime, qu’ils faisaient ressortir, et dont l’exemple suivant est un fort bon résumé : « Vous dites « L’appartenance à un ordre Coen », mais cet Ordre a disparu sans succession au XVIIIe siècle, il n’y a ainsi plus d’Ordre coën aujourd’hui. J’espère donc que vous ne faites pas allusion au prétendu « réveil » occultiste de Robert Ambelain et Lagrèze au XXe en parlant « d’Ordre », et surtout que vous n’êtes pas rattaché à cette supercherie dangereuse car dans ce cas vous seriez très éloigné de l’Eglise à laquelle vous assurez être fidèle ? » (Jacob le 18/11/2011 à 14h51).

On le sait, sur le plan initiatique n’importe qui ne peut pas s’autoproclamer n’importe quoi sous peine de voir immédiatement toutes les structures traditionnelles sombrer dans l’anarchie la plus totale, chacun pouvant se déclarer tranquillement du jour au lendemain en souhaitant être reconnu pour tel : Grand Maître, Chevalier Kadosh, CBCS, Grand Profès ou Réau+Croix, par l’effet d’un « influx sui generis » reçu dans son salon.  On attendait donc, ce qui aurait été un minimum lorsqu’on fait état de son existence publiquement en cherchant à se faire connaître, une présentation claire des sources, une information honnête et sincère sur la lignée conférant sa légitimité à l’animateurs de cette surprenante agitation autour des coëns se présentant comme  « martinésziste chrétien » afin de pouvoir valider sa qualification de « néo-coën» !

Or, rien de cela ! depuis des mois silence le plus total. La seule attitude en guise de réponse qui a été fournie, consiste en un mutisme opaque, l’évitement systématique, la dérobade et la fuite. Si l’on cherche bien, une seule information fut donnée à l’occasion par le dit « martinéziste chrétien ». La voici : « De notre côté nous affirmons donc qu’un Ordre Coen n’a pas d’obligation à afficher une quelconque filiation par rapport à la Résurgence pour exister, mais nécessite une filiation spirituelle ainsi que les marques de la réconciliation à laquelle visent les travaux de l’Ordre…. » (Esh494 le 19/11/2011 à 15h09).

Cette réponse qui n’en est pas une, puisqu’une très imprécise «filiation spirituelle » ainsi que les « marques de la réconciliation », de par l’aspect foncièrement subjectif de ces deux critères plus que flous, hasardeux et sujet à caution, n’ayant jamais été en mesure de remplacer une qualification initiatique, démontre donc à l’évidence une absence de transmission ou alors une transmission singulièrement douteuse que l’on cherche à cacher, manifestant une gêne qui signale surtout une chose assez triste : l’illusion est un danger en règle générale dans la vie, mais l’illusion dans le domaine initiatique est un danger extrême plus grand encore car il peut conduire aux pires conséquences, surtout lorsqu’on s’amuse à pratiquer les opérations préconisées par Martinès qui présentent des risques immenses liés à ces rituels inspirés des grimoires de magie !

Combien se vérifie ainsi la sentence célèbre :« Humanum fuit errare, diabolicum est per animositatem in errore manere.» Saint Augustin, Sermons (164, XIV).

La théurgie des élus coëns face à l’angélologie saint-martiniste

L’analyse que vient de réaliser le CIREM (Centre International d’Etudes et de Recherches Martinistes) du dernier ouvrage de Jean-Marc Vivenza,  Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges est très intéressante, on y souligne le caractère « utile et nécessaire de l’angéologie saint-martinienne qui diffère notablement des angéologies classiques », expliquant en quoi, « la traversée des formes dualistes permet d’atteindre la conscience non-duelle originelle avec une excellente intuition, « lorsqu’est fait référence aux « deux néants » de Maître Eckhart. » Tout ceci est vrai et fort bien dit.

Mais il était à prévoir que les sévères critiques formulées par Jean-Marc Vivenza à l’encontre des sources magiques du prétendu « culte primitif » coën fassent réagir. Pour notre part nous considérons ces réactions comme un bien, car ce qui est mis en lumière dans l’Appendice de l’ouvrage : « Le De circulo et ejus compositione et le culte primitif, Nature de la véritable « réconciliation »  et but réel des travaux des élus coëns », est tout simplement renversant !

C’est un éclairage qui contribue, plus encore, à comprendre la raison de l’éloignement de la théurgie par Saint-Martin.

Contrairement au CIREM, dont nous apprécions en règle générale les analyses, nous ne pensons pas que l’argumentation de Jean-Marc Vivenza, « puise dans la théologie et se révèle dogmatique dans son expression ». L’argumentation relève surtout, à la suite des avertissements formels de Saint-Martin qui jugea ces méthodesinutiles et dangereuses,  d’un examen serré de ce qu’est en réalité la théurgie de Martinès présentée comme le « culte que le mineur a à célébrer pour sa réconciliation », soit une simple réadaptation finalement des pratiques de magie naturelle, astrale ou divinatoire, voire des cultes de bougies ou de sortilèges, préconisés par les grimoires médiévaux afin de s’approcher du ciel pour y chercher la réconciliation, ce qui est une totale aberration !

Jean-Marc Vivenza, en parfaite continuité du Philosophe Inconnu rappelle donc, quitte à déplaire : « Saint-Martin, dont les connaissances christologiques étaient bien plus étendues que celles de son premier maître, et qui savait que le « christianisme est l’esprit même de Jésus-Christ dans sa plénitude », comprit rapidement que les méthodes de Martinès n’étaient que du « remplacement » (Lettre à Kirchberger, 12 juillet 1792), ce qu’il ne manqua pas d’affirmer avec la fermeté que l’on sait à ceux des ses frères qu’il voyait se fourvoyer encore grandement dans des voies contestables, périlleuses et réellement peu recommandables. » (Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges, De la théurgie des élus coëns à l’angélologie saint-martiniste, Arma Artis, 2012). 

Le travail de Jean-Marc Vivenza s’inscrit parfaitement dans l’esprit de Saint-Martin, il est évident qu’il tranche avec la confusion qui présida depuis des années dans une tentative maladroite cherchant à conjuguer l’inconciliable car il y a bien une opposition réelle entre les méthode externes et la voie selon l’interne. Il ne sert à rien de se le cacher ! Et sur ce point, Vivenza, dont les positions ne sont pas nouvelles si l’on prend la peine de lire ce qu’il publia depuis plusieurs années, s’écarte en effet de Robert Amadou comme de bien d’autres. C’est un fait.

Remercions donc Jean-Marc Vivenza pour le travail de clarification qu’il effectue aujourd’hui, et ces lignes remarquables qui font suite à son texte « Louis-Claude de Saint-Martin et la théurgie des élus coëns »  : « Il est fort probable finalement, et c’est sans doute ce qui conduisit Louis-Claude de Saint-Martin à réagir comme il le fit en désignant ces pratiques comme étant « inutiles et dangereuses et dont le principe des ténèbres profite pour nous égarer», que nous soyons alors, si l’on y réfléchit attentivement, avec la théurgie des élus coëns, son culte et ses méthodes invocatoires, en présence d’une sorte de « matérialisme spirituel » vulgaire extrêmement problématique et vraiment discutable car absolument contraire aux critères de la nouvelle loi de grâce ». (Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges, De la théurgie des élus coëns à l’angélologie saint-martiniste, Arma Artis, 2012). 

Nous rejoignons néanmoins entièrement le CIREM dans sa conclusion, sans pour autant souscrire à son idée d’une « crispation théologique » chez Vivenza, car c’est une « crispation » dont il faudrait alors accuser Saint-Martin ce qui n’a évidemment aucun sens : « Ce serait toutefois une erreur de rejeter le travail de Jean-Marc Vivenza dans sa totalité, particulièrement quand il traite des conditions de l’initiation. En insistant sur les préalables à toute théurgie il fait un nécessaire rappel. Nous serons probablement d’accord avec lui pour énoncer que le silence est à la fois l’indispensable condition pour opérer et le lieu-même de l’opération qu’elle soit externe, interne ou ultime. De même, il convient effectivement de ne pas s’attarder sur le phénoménal pour tendre vers l’essence mais le phénoménal est une langue à découvrir, à nous de savoir lire. Et oui, il faut s’affranchir des noms pour atteindre au sans-nom. » (CRIREM, « Opérons-donc ! », août 2012).

Pour notre part nous inviterons nos lecteurs à se reporter  au texte de Jean-Marc Vivenza « Louis-Claude de Saint-Martin et la théurgie des élus coëns« , pour comprendre qu’elle est la position réelle du Saint-Martinisme, et avant qu’on ne reparle lorsque le temps viendra, de la nature et des sources du « culte primitif ».