Rien n’est plus risible que la calomnie répandue par les ânes !

« Rien n’était plus risible que cette armée. Les uns étaient montés sur des ânes, les autres avaient des manchons; quelques-uns des parasols quoiqu’on marchât en pleine nuit. Cette rumeur ne m’inspira que de la pitié… » (Saint-Martin, Mon Portrait historique et philosophique, 322).

Qu’est ce qu’on peut bien reprocher à ceux qui désirent se pencher sur la culture initiatique saint-martinienne et en faire surgir peut-être quelques lumières non entrevues ?

Ton interrogation va être récompensée ami lecteur, car voici la réponse totalement surréaliste qui commence, comme toutes les réponses s’appuyant sur la théorie du complot par ces mots magiques : « sauf... »

Lire le nouveau numéro des albums du Crocodile :

Rien n’est plus risible que la calomnie répandue par les ânes

« Mentir pour nuire est calomnie : c’est la pire espèce de mensonge»

(J.-J. Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, IV)

Les albums du Crocodile

« Néo-coën, ne te moque pas du Crocodile avant d’avoir atteint l’autre rive« , n° 1, Les Albums du Crocodile.

« Non, il n’y a pas de joie qui soit comparable à celle de marcher dans les sentiers de la sagesse et de la vérité. »

(Saint-Martin, L’Homme de désir)

 

 

 

 

Les néo-coëns et les illusions de l’influx «sui generis »

Les chapelles néo-coëns se rattachent en grande majorité aux transmissions issues de la Résurgence de 1942, effectuée lors des heures sombres de l’occupation à Paris dans des circonstances rocambolesques par Georges Bogé de Lagrèze, Robert Ambelain et Robert Amadou, qui, dénués de toutes qualifications pour entreprendre un réveil de l’Ordre des Chevaliers Maçons élus coëns de l’Univers, s’attribuèrent néanmoins assez généreusement la réussite de l’opération.

Les groupes actuels pratiquant les cérémonies des élus coëns se situent donc dans ce canal de transmission, qui peut être critiqué, et il doit l’être, mais qui a pour lui au moins l’avantage d’exister.

Chacun ayant le droit de mener sa vie comme il l’entend, nous n’avons que des mises en garde fraternelles, mais aucun reproche particulier à formuler à l’égard de ceux qui cheminent sur ces sentiers théurgiques risqués, mais en le faisant dans le retrait et l’absence de publicité tapageuse.

On assiste pourtant depuis plusieurs mois, alors que les émules contemporains de Martinès se cantonnaient depuis 1967, date où Robert Ambelain se démit de sa charge de Grand Maître des élus coëns au profit d’Yvan Mosca, dans une relative discrétion qui sans doute sied le mieux à leurs activités, à un fébrile activisme sur les réseaux sociaux où l’on fait publicité démonstrative d’une existence et de positions au nom d’un « martinézisme chrétien » qui cherche à incarner « l’Ordre », se revendiquant de cette dénomination avec une incroyable légèreté.

En examinant les échanges qui se sont déroulés sur le blog qui porte cette  quasi « campagne publicitaire », nous avons trouvé plusieurs commentaires pertinents qu’il nous a semblé utile de mettre en lumière sur notre page virtuelle, puisqu’ils étaient restés sans réponse à la question essentielle, et légitime, qu’ils faisaient ressortir, et dont l’exemple suivant est un fort bon résumé : « Vous dites « L’appartenance à un ordre Coen », mais cet Ordre a disparu sans succession au XVIIIe siècle, il n’y a ainsi plus d’Ordre coën aujourd’hui. J’espère donc que vous ne faites pas allusion au prétendu « réveil » occultiste de Robert Ambelain et Lagrèze au XXe en parlant « d’Ordre », et surtout que vous n’êtes pas rattaché à cette supercherie dangereuse car dans ce cas vous seriez très éloigné de l’Eglise à laquelle vous assurez être fidèle ? » (Jacob le 18/11/2011 à 14h51).

On le sait, sur le plan initiatique n’importe qui ne peut pas s’autoproclamer n’importe quoi sous peine de voir immédiatement toutes les structures traditionnelles sombrer dans l’anarchie la plus totale, chacun pouvant se déclarer tranquillement du jour au lendemain en souhaitant être reconnu pour tel : Grand Maître, Chevalier Kadosh, CBCS, Grand Profès ou Réau+Croix, par l’effet d’un « influx sui generis » reçu dans son salon.  On attendait donc, ce qui aurait été un minimum lorsqu’on fait état de son existence publiquement en cherchant à se faire connaître, une présentation claire des sources, une information honnête et sincère sur la lignée conférant sa légitimité à l’animateurs de cette surprenante agitation autour des coëns se présentant comme  « martinésziste chrétien » afin de pouvoir valider sa qualification de « néo-coën» !

Or, rien de cela ! depuis des mois silence le plus total. La seule attitude en guise de réponse qui a été fournie, consiste en un mutisme opaque, l’évitement systématique, la dérobade et la fuite. Si l’on cherche bien, une seule information fut donnée à l’occasion par le dit « martinéziste chrétien ». La voici : « De notre côté nous affirmons donc qu’un Ordre Coen n’a pas d’obligation à afficher une quelconque filiation par rapport à la Résurgence pour exister, mais nécessite une filiation spirituelle ainsi que les marques de la réconciliation à laquelle visent les travaux de l’Ordre…. » (Esh494 le 19/11/2011 à 15h09).

Cette réponse qui n’en est pas une, puisqu’une très imprécise «filiation spirituelle » ainsi que les « marques de la réconciliation », de par l’aspect foncièrement subjectif de ces deux critères plus que flous, hasardeux et sujet à caution, n’ayant jamais été en mesure de remplacer une qualification initiatique, démontre donc à l’évidence une absence de transmission ou alors une transmission singulièrement douteuse que l’on cherche à cacher, manifestant une gêne qui signale surtout une chose assez triste : l’illusion est un danger en règle générale dans la vie, mais l’illusion dans le domaine initiatique est un danger extrême plus grand encore car il peut conduire aux pires conséquences, surtout lorsqu’on s’amuse à pratiquer les opérations préconisées par Martinès qui présentent des risques immenses liés à ces rituels inspirés des grimoires de magie !

Combien se vérifie ainsi la sentence célèbre :« Humanum fuit errare, diabolicum est per animositatem in errore manere.» Saint Augustin, Sermons (164, XIV).

Saint-Martin s’est « opposé » à Martinez de Pasqually…

Martines-vs-St-Martin

Serge Caillet écrit, en présentant la sortie du numéro de Renaissance Traditionnelle, « du tricentenaire supposé de la naissance de Martines de Pasqually, organisé à Marseille, les 18 et 19 septembre 2010, par l’Institut Eléazar, la Société Martinès de Pasqually et la revue Renaissance Traditionnelle, en partenariat avec Les Amis provençaux de Renaissance Traditionnelle et la librairie l’Etoile du Mage », réunissant les contributions du Colloque Martinès de Pasqually  : « Dans les circonstances présentes où d’aucuns cherchent à opposer Saint-Martin à son premier éducateur, le lecteur de RT pourra méditer chaque ligne de ce texte essentiel, par le plus grand ami et le meilleur connaisseur de Saint-Martin et de Martines, dont il me plait de citer les dernières lignes : « La complémentarité prime sur l’apparente contradiction. Au bénéfice de l’homme de désir, Martines et Saint-Martin se peuvent entraider pour une opération plus efficace ». Qui qu’en grogne ! » http://institut-eleazar.blogspot.fr/2012/07/tricentenaire-de-martines-de-pasqually.html

Alors citons Amadou lui-même : « Louis-Claude de Saint-Martin, s’est aperçu très vite que la théurgie cérémonielle était un pis aller. Et il s’en est aperçu à la suite de Martinès de Pasqually lui-même (…) Autrement dit, pour Martinès de Pasqually, la théurgie cérémonielle est indispensable parce que nous avons besoin d’intermédiaires, nous avons besoin de médiateurs, nous avons besoin d’assistance. Pour Louis-Claude de Saint Martin, un seul médiateur, un seul intermédiaire, un seul auxiliaire est nécessaire, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ. » (R. Amadou, Louis-Claude de Saint Martin, le Philosophe Inconnu, France Culture le 31/7/1986).

Il ne s’agit donc pas « d’opposer » – même si le Philosophe Inconnu ne se priva pas de le faire en des termes sévères -, mais de comprendre pourquoi Saint-Martin considéra inutiles et dangereuses les pratiques théurgiques de son premier maître…et les rejeta en effet.

Saint-Martin en guerre avec tous les hommes


Pour les esprits frileux qui se forment une fausse idée de Saint-Martin :

« Ma destinée a été d’être en guerre avec tous les hommes, puisqu’il y en a si peu qui cherchent la vérité. J’ai été en guerre avec le monde qui ne travaille qu’à affamer l’esprit de l’homme et à le faire tomber en ruine, quand il n’est pas assez fort pour le livrer aux grandes iniquités; j’ai été en guerre avec les philosophes qui ont voulu dégrader la nature de l’homme, et la ravaler au rang des bêtes; j’ai été en guerre avec les savants qui ont tellement défiguré la nature que ce miroir est devenu tout à fait méconnaissable entre leurs mains; j’ai été en guerre avec les théologiens et les prêtres qui ont égaré l’âme humaine, et l’ont tellement détournée de ses voies qu’elle ne sait plus où trouver de la nourriture. J’ai taché de m’acquitter de mon devoir autant que je l’ai pu dans les diverses circonstances où je me suis trouvé, et je souhaite que mes services en ce genre puissent un jour faire passer l’éponge sur mes écarts et mes infidélités; mais ce n’est que là-haut que je connaitrai au juste ma sentence. »

(Saint-Martin, Portrait, 347)

Le Crocodile ou la Guerre du bien et du mal

 

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« Le Crocodile ou la Guerre du bien et du mal arrivée sous le règne de Louis XV, poème épico-magique en 102 chants, dans lequel il y a de longs voyages, sans accidents qui soient mortels ; un peu d’amour sans aucune de ses fureurs ; de grandes batailles, sans une goutte de sang répandue ; quelques instructions sans le bonnet de docteur ; et qui, parce qu’il renferme de la prose et des vers, pourrait bien en effet, n’être ni en vers, ni en prose. »

Imprimerie du Cercle social, an VII de la République Française [1799], in 8°, 460 p.

Présentation de l’ouvrage par J.-B.-M. Gence

Cette œuvre occupe une place à part dans l’œuvre de Saint-Martin. Il s’agit d’un roman « épico-magique » où se mêlent le fantastique, l’occulte, la satire et des éléments de la biographie de l’auteur. L’action se passe pendant la Révolution, et ses personnages comme Sédir, Ourdec, Mme Jof, Eléazar, le Crocodile ou la Société des Indépendants, sont en relation avec les principes de la doctrine martiniste. Cette allégorie facétieuse est censé être l’ouvrage d’un petit cousin de Mme Jof (la Foi), tracé par un psychographe dans le cabinet de Sédir (le Désir). Saint-Martin ne publiera ce roman qu’en 1799, avec la mention : « œuvre posthume d’un amateur de choses cachées ». Il y insérera le texte qu’il avait préparé pour l’Institut : Essai sur les signes et sur les idées.

Gence, Notice biographique sur Louis-Claude de Saint-Martin, 1824.

Ce poème « épico-magique », en 102 chants, publié en 1799, le Philosophe Inconnu voulut singulièrement, en modifiant exceptionnellement pour l’occasion son « pseudonyme », l’attribuer à celui qu’il désignera comme étant un « amateur de choses cachées », disant de cet amateur mystérieux qu’il était l’auteur d’un texte « à clé » qui expose sous le voile de l’allégorie des vérités très hautes….et force est de constater que tel est bien le cas.