Joseph de Maistre et l’illuminisme mystique

Joseph de Maistre -

« Le christianisme dans les premiers temps

était une initiation

où l’on dévoilait une véritable magie divine.»

Joseph de Maistre, Mai 1797. (Mélanges B).

Le livre que vient de publier Jean-Marc Vivenza aux éditions Signatura sous le titre : « Joseph de Maistre : Prophète du christianisme transcendant », va rendre un très grand service à ceux qui s’intéressent aux questions touchant aux voies initiatiques.

En effet, en mettant à la disposition des lecteurs la substance ésotérique de l’œuvre maistrienne, ce livre va permettre à chacun de gagner un temps considérable en présentant les extraits significatifs, et à l’évidence les plus importants, des écrits de Joseph de Maistre dont l’œuvre est immense.

Clercs

« De ce que nous savons

ce qui est nécessaire à notre état actuel,

il ne s’ensuit nullement

que Dieu n’ait plus rien à nous apprendre.»

Joseph de Maistre, 15 août 1802. (Mélanges B).

Dans ce livre sont abordés tous les thèmes majeurs de la pensée du comte chambérien.

Que l’on en juge :

L’illuminisme

Le christianisme transcendant

La Prière

Le mal et l’Ordre divin

La Divine Providence

Mystères de la Religion

Théocratie

Théologie de la Rédemption

Ainsi, en 8 chapitres principaux et 14 sous-chapitres, c’est à une traversée entière à travers la pensée de l’illuminisme mystique maistrien à laquelle nous sommes conviés. Et il faut convenir que le résultat est proprement stupéfiant.

Joseph de Maistre nous ouvre à deux battants les portes des secrets entourant le « christianisme transcendant », dont il ne cessa de se faire l’avocat, et pour tout dire, il est vrai : le Prophète, tant son adhésion à cette doctrine illuministe et mystique, ne se démentit jamais, et ce jusqu’à ces derniers jours.

Extrait tiré du site http://www.baglis.tv/

et d’une table ronde intitulée :

 « Illuminisme mystique et christianisme transcendant »
Avec : Jean-Marc Vivenza et Roger Dachez,

animation: Jean Solis.

Mais ce livre nous réserve en plus une immense surprise, et pas n’importe laquelle : la réédition, des « Pensées inédites sur l’initiation » qui furent dévoilées en 1922 dans Le Correspondant par Émile Dermenghem (1892-1971). [1]

Emile Dermenghem

Émile Dermenghem (1892-1971)

Or dans ces pensées que découvre-t-on ?

Tout simplement que si Joseph de Maistre a cru sans crainte pouvoir déclarer, dans son Mémoire au duc de Brunswick (1781), qu’il espérait « ajouter au Credo quelques richesses », il ne fait aucun doute que ces richesses proviennent comme l’écrit Jean-Marc Vivenza : « des différentes « lumières » reçues au sein du monde de l’illuminisme mystique.»

L’explication est la suivante : « Celui qui deviendra le lecteur assidu de Clément d’Alexandrie et d’Origène, trouva en effet dans le Régime écossais rectifié dont il fut membre en Savoie jusqu’en 1792, une doctrine qui allait s’accorder à merveille avec les propres convictions qu’il arrêtera par la suite à la lecture de certains auteurs des premiers siècles du christianisme, et qui lui donna accès à des connaissances surprenantes au sujet de la création du monde, le sens spirituel des Écritures, de l’ordre naturel et surnaturel, et sur bien d’autres points encore. » [2]

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« la « doctrine de la réintégration » n’est en réalité,

qu’une reformulation en mode ésotérique,

des principaux concepts exposés par Origène ».

Cependant, la grande découverte de Maistre provient de ce qu’il parvint à mettre en lumière, idée qui tient en une seule phrase : « la « doctrine de la réintégration » n’est en réalité, à l’examen et selon le jugement même de Maistre, qu’une reformulation, certes en mode ésotérique, des principaux concepts exposés en son temps par Origène ». [3]

Et à partir de ce constat, Maistre va développer tout au long de son œuvre des thèses extraordinaires lui donnant de conférer aux grand thèmes origéniens (état pré-angélique d’Adam, préexistence des âmes, enfermement des âmes dans un corps de matière en conséquence de la prévarication du premier homme, apocatastase pensée comme un anéantissement du monde sensible et de toutes les formes matérielles, vie céleste post-mortem incorporelle, etc.), une place centrale dans sa pensée.

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« Maistre  a d’abord rencontrés les thèses d’Origène

dans sa carrière de jeune initié, de 1776 à 1792,

au sein du Régime écossais rectifié,

système initiatique qui avait introduit officiellement

 lors de son premier Convent fondateur à Lyon en 1778

comme enseignement fondateur de l’Ordre,

la « doctrine de la réintégration »… » 

Ce sur quoi insiste Jean-Marc Vivenza, et qui fait donc de Joseph de Maistre un auteur fondamental pour ceux qui cheminent sur les chemins de l’initiation – et en particulier les disciples de Louis-Claude de Saint Martin (1743-1803) et les membres du Régime écossais rectifié – c’est que les thèses origéniennes : « Maistre les a d’abord rencontrés dans sa carrière de jeune initié, de 1776 à 1792, au sein du Régime écossais rectifié, système initiatique qui avait introduit officiellement à l’initiative de Jean-Baptiste Willermoz lors de son premier Convent fondateur à Lyon en 1778 – connu sous le nom de Convent des Gaules -, comme enseignement fondateur de l’Ordre, la « doctrine de la réintégration »… » [4]

Les extraits des registres inédits et secrets de Maistre, republiés par Jean-Marc Vivenza, nous montrent que la découverte d’Origène date de 1797, année où il copia et annota les ouvrages Père alexandrin (Mélanges B, pp. 51 ss.).

C’est pourquoi, lorsqu’il parlera d’Origène, Maistre le désigne comme « l’un des plus sublimes théologiens qui aient jamais illustré l’Église »,

LE CULTE EN ESPRIT V

«Origène fournit à Maistre la justification

des principaux articles de son Credo…

se faisant le « Prophète » du  christianisme transcendant ».

En 1797, la rencontre avec Origène, qui survient après son passage par les loges fondées par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), lui fait voir que les Instructions secrètes, réservées aux Profès et Grands Profès, exposent en réalité une doctrine en tous points identique aux thèses condamnées du père alexandrin par l’Eglise. [5]

On ressort de la lecture de ces pages extraites de l’oeuvre maistrienne d’une profondeur éblouissante, convaincu d’une vérité qui s’impose d’elle-même : «Origène fournit à Maistre la justification des principaux articles de son Credo ». [6]

Inutile donc d’insister sur le fait que ce livre, par les textes qu’il offre de découvrir, représente un outil indispensable pour toutes les âmes en quête des vérités essentielles de l’initiation, et qui veulent accéder au cœur même des sources doctrinales de la pensée de l’illuminisme initiatique que Maistre, s’en faisant le « Prophète », désignait d’un nom : « le christianisme transcendant ».

 Notes.

 1. En 1922, Émile Dermenghem publiait des « fragments inédits » de Joseph de Maistre tirés des registres conservés, sous les titres de Mélanges A et B, Religion E, Extraits E et F, dans les archives du comte Rodolphe de Maistre. Ces fragments n’avaient depuis jamais été réédités.

2. J.-M. Vivenza, Joseph de Maistre : Prophète du christianisme transcendant, Editions Signatura, 2015, pp. 9-10.

 3. Ibid., p. 11.

 4. Ibid.

5. Sur cette question des thèses d’Origène, voir J.-M. Vivenza, La doctrine de la réintégration des êtres, La Pierre Philosophale, 2ème édition, 2013.

6. R. Triomphe, Joseph de Maistre. Étude sur la vie et sur la doctrine d’un matérialiste mystique, Droz, 1968, p. 438.

Maistre Recto

Joseph de Maistre : Prophète du «christianisme transcendant»

 Éditions Signatura, 2015, 150 pages, 15 €.