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On a assez glosé sur ces pages, lorsque le phénomène est apparu, à propos du ridicule d’une posture visant à se présenter ouvertement et se faire connaître sur les réseaux comme « néo-coën », mais en cachant constamment, lorsque questionné aimablement sur le sujet, sa source de transmission et la validité des titres dont on prétend se parer.

Pour nous cette attitude disqualifiante sur le plan initiatique, à laquelle peut se rajouter un travestissement systématique de la doctrine de la réintégration et à l’utilisation de méthodes scandaleuses poussant jusqu’à critiquer un livre sans l’avoir lu plus de trois semaines avant sa publication, fait qu’il n’est plus nécessaire à notre avis de s’intéresser aux délires exprimés par celui qui signe ses risibles hoquets réguliers sous le nom d’un « martinésiste chrétien ».

Toutefois l’occasion de rire ne se présentant pas tous les jours, et le Crocodile n’étant pas d’un caractère morose, nous n’hésitons pas une nouvelle fois à nous amuser face à ce qui en arrive à s’approcher du trouble obsessionnel compulsif (TOC) chez le martinésiste chrétien, qui voit des dogmes partout et cherche absolument à plier les voies initiatiques aux décisions dogmatiques de l’Eglise.

Pourtant le clownesque martinésiste cache derrière son manège un projet dangereux, celui cherchant à soumettre les voies initiatiques au dogmatisme ecclésial.

Ainsi, publiant des extraits d’une lettre que Willermoz adressa à Bernard de Turckheim en octobre 1785, dans laquelle le fondateur du Régime Ecossais Rectifié manifeste, derrière l’attachement à la suprématie universelle du Pape de Rome, de nettes tendances gallicanes, notre martinésiste parvient à déceler, sans doute en utilisant ses dons d’extralucide utilisés, dans les lignes de la missive du lyonnais « qu’au travers des dogmes conciliaires, Jean-Baptiste Willermoz établit les fondements et principes essentiels de la foi chrétienne universelle, qui selon lui devait permettre de rassembler tous les chrétiens. Unicité de foi mais aussi unicité de culte qui en est comme le corolaire » (ouf !)

Comment ? Le lyonnais qui n’a eu de cesse de mettre en garde contre l’oppression de la classe sacerdotale, de prévenir que l’Eglise s’était coupée des enseignements mystérieux depuis le VIe siècle, d’inviter à se méfier des esprits sectaires, se révèlerait dans sa correspondance un autocratique défenseur de la dogmatique conciliaire ?

Voilà qui serait bizarre….par quel sortilège notre néo-coën extralucide parvient-il à affirmer que « Jean-Baptiste Willermoz établit les fondements et principes essentiels de la foi chrétienne universelle au travers des dogmes conciliaires » (sic) ?

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Dans ce passage où notre contorsionniste grimaçant prévient que la « doctrine professée au travers de l’Initiation »  : «Willermoz n’hésite pas à dire que celle-ci est la vérité. Parce que cette doctrine, s’appuyant sur les dogmes et principes «essentiels » de la communion romaine, ne peut que mener à la vérité » (sic).

Or, dans ce passage, Willermoz en catholique romain aimant les formes de sa religion ne parle absolument pas de dogme, il s’adresse simplement à un réformé pour lui parler de l’excellence « des secours et consolations attachés à la messe ; aux sacrements, et principalement aux deux plus utiles la confession et celui des mourants ; à l’intercession de la Vierge Marie mère de Dieu et des saints et à la puissante protection des saints anges gardiens, dont les hommes éprouvent journellement de si grands secours.(…). » Concluant que « plusieurs églises protestantes se réuniraient à la croyance de la communion romaine si cela pouvait se faire sans s’unir à la cour de Rome, pour laquelle on conserve un juste et invincible ressentiment qui rend toute union impraticable tant qu’elle ne se réforme pas dans ses ambitieuses prétentions et qu’elle ne fera pas des sacrifices qu’elle ne veut pas faire. » (Jean-Baptiste Willermoz, lettre à Bernard-Frédéric de Turckheim, octobre 1785).

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Alors où le néo-coën voit-il que Willermoz dans ces lignes n’hésite pas à dire que la « doctrine professée au travers de l’Initiation est la vérité, parce que s’appuyant sur les dogmes » ? Mystère ?!

Pas une ligne, pas une seule virgule dans ce passage comme dans toute cette lettre, sur la prétendue identité ou conformité entre la « doctrine professée au travers de l’Initiation » et les dogmes.

Et pour cause car à aucun moment n’est abordé le sujet !

Ce que souligne Willermoz à Turckheim, qui comme tous les réformés rejette la papauté et les abus de la cour de Rome, c’est que pour lui le concile est supérieur au Pape en matière de vérités portant sur la foi. C’est tout et pas plus. Ce en quoi d’ailleurs Willermoz se montre gallican et janséniste, puisque c’est exactement ce que pensaient les courants en sympathie avec les idées de Port-Royal au XVIIIe siècle.

En revanche lorsqu’il parle de la « doctrine professée au travers de l’Initiation », Willermoz le fait en des termes vagues et généraux : « Vous aviez été frappé , comme je l’ai déjà dit, du caractère de vérité de la doctrine de l’initiation, de l’immense étendue et multiplicité des objets qu’elle embrasse, de l’enchaînement ravissant de toutes ses parties qui fournit une preuve de plus de la vérité et du prodigieux moyen qui a été employé pour nous en gratifier et pour éclairer par elle peut-être le monde entier… » (Ibid.).

Mais ce qui est intéressant, c’est que lorsque Willermoz aborde avec Turckheim le sujet du christianisme et des vérités de foi, au moment où il pourrait en profiter pour dire leur identité avec les dogmes, alors son discours relève de l’approche intérieure des vérités chrétiennes, d’une manière totalement éloignée du dogmatisme : « Par l‘heureuse et journalière expérience du chrétien, tout raisonnement sur les matières de foi est nul s’il n’est vivifié par la vie de la vérité, et doit se taire devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité. Laissez-les donc, mon bon ami, s’égarer dans leurs raisonnements, et ayez le courage d’en appeler dans le secret de votre propre expérience ; elle ne vous trompera pas, si vos intentions sont pures et votre volonté bien soumise. Et c’est alors que vous trouverez dans vous-même la règle certaine de votre foi. » (Ibid.).

Avons-nous bien lu ?

Willermoz loin de professer la valeur du dogme, soutient :

« Tout raisonnement sur les matières de foi est nul s’il n’est vivifié par la vie de la vérité, et doit se taire devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité… »

Voilà la position réelle de Willermoz, sa conviction est que tout raisonnement en matière de foi est nul si non vivifié par la vie de la vérité.

Mais poursuivons.

Ces raisonnements pour le fondateur du Régime rectifié doivent se taire devant quoi ?

Voici la réponse : « Devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité… »

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C’est très clair, pour Willermoz, tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime !!

C’est en parfaite cohérence avec ce que soutient tout le courant illuministe, à savoir que « Dieu est sensible au cœur», et qu’il n’y a, et ne peut avoir, aucun critère dogmatique dans cette rencontre intime avec la vérité chrétienne.

Et Willermoz va même plus loin, il intime l’ordre de silence absolu devant la rencontre intérieure, en des termes que n’aurait pas désavoué Saint-Martin : « tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime » !

Comment donc ne pas rester effaré, saisi, choqué devant les affirmations mensongères du martinésiste chrétien obsédé par le dogme, qui n’hésite pas à trafiquer les textes, lorsqu’on lit ceci dans sa conclusion : « Notre seul objectif était de mettre en lumière les principes et fondements spirituels « essentiels » de la Doctrine de l’Initiation de la Grande Profession de l’Ordre Rectifié….et quel meilleur moyen que de simplement se référer aux écrits mêmes du rédacteur de cette doctrine, Jean-Baptiste Willermoz, qui nous révèle que….la doctrine de l’Ordre ne peut ainsi s’éloigner des dogmes de l’Eglise. »

Or précisément Willermoz ne révèle strictement rien dans sa lettre, ne souffle pas un mot sur les principes et fondements spirituels « essentiels » de la Doctrine de l’Initiation ! D’autant que la pensée véritable du patriarche lyonnais, largement connue de ceux qui s’intéressent à ces questions, est exactement le contraire, puisqu’il affirme que les secrets de la Grande Profession : « Les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui en soutiennent la vérité. » (Lettre de Willermoz à Saltzmann, mai 1812).

On ne saurait donc travestir plus mensongèrement la pensée de Willermoz qui à aucun moment ne soutient dans cette lettre, comme dans l’ensemble de ses écrits, que « la doctrine de l’Ordre ne peut ainsi s’éloigner des dogmes de l’Eglise », ou comme on peut le lire encore, qu’elle « est nourrie essentiellement des dogmes conciliaires reconnus par toutes les Eglises ».

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Là c’est du pur délire interprétatif !

On est vraiment en présence d’une mauvaise foi outrée, d’un comportement pharisaïque, d’une vision partisane clairement affichée, et surtout d’un très gros mensonge à visée manipulatrice !

C’est du grand n’importe quoi, mais un n’importe quoi mis au service d’un projet, celui de soumettre – par l’effet d’une grossière manœuvre des textes qui disent pourtant le contraire – la « doctrine de l’initiation » à la dogmatique de l’Eglise.

Et ce projet apparaît au grand jour avec une acuité saisissante mais également extrêmement inquiétante. Car le souhait d’enfermer l’esprit des frères dans un mode de pensée dogmatique bien éloigné par nature de l’approche initiatique, se manifeste d’une façon évidente dans les commentaires de cette lettre de Willermoz à Turckheim, révélant le projet auquel travaille une tendance sectaire au sein des ordres initiatiques, qui s’y est installée et cherche à s’y maintenir de manière parasitaire.

Combien plus juste, plus douce et bienfaisante la position de Willermoz, qui se résume à ces mots : « Tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime » ! 

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