Origène et la doctrine secrète des initiés connue jusqu’au VIe siècle

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Origène

L’enseignement secret de la doctrine théosophique,

possède un lien intime avec la pensée d’Origène (IIIe s.).

Les théosophes au XVIIIe siècle, se référèrent à un enseignement participant d’un christianisme non-dogmatique, qualifié pour cela de « transcendant », car relevant de thèses secrètes et le plus souvent oubliées, qui firent l’objet de condamnations de la part des conciles de l’Eglise.

Jean-Baptise Willermoz (1730-1824), ira jusqu’à signaler dans une Instruction du Régime écossais rectifié :

« Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. Ce qui a été est encore, ce qui doit être a déjà été, et Dieu rappelle le passé. » [1]

Cette conviction d’un enseignement perdu et oublié, était partagée par les disciples de Martinès de Pasqually, dont évidemment Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803).

louis-claude-de-saint-martin III

« Le cœur divin s’est transmué en Homme-Esprit. » 

(Louis-Claude de Saint-Martin, Le ministère de l’homme-esprit).

C’est ce qui fait dire à Jean-Marc Vivenza, dans son dernier ouvrage :

« Le paradoxe pour Saint-Martin, c’est que ce qu’oubliaient les Pères de l’Église, et qu’ils allaient bientôt rejeter au nom d’un dogme que l’on fixerait définitivement lors des différents conciles, n’était rien d’autre que l’enseignement du christianisme originel, c’est-à-dire, les vérités qui avaient été révélées lors des premières années de la primitive Église, et que la chrétienté, peu à peu, finissait par regarder comme des erreurs. Cet enseignement possédait, et conserve, comme en ses premiers instants, un lien intime avec l’Évangile, il en éclaire de nombreux points obscurs et est issu de la volonté divine, dès après la Chute, de confier à l’homme une voie pour sa réhabilitation, volonté que Saint-Martin désigne comme participant d’un  « mouvement même qui s’est fait dans le cœur de Dieu, à l’instant de notre chute pour la restauration de l’espèce humaine, mouvement par lequel ce cœur divin s’est transmué en Homme-Esprit. » (Le ministère de l’homme-esprit). » [2]

L’intérêt de la recherche actuelle de Jean-Marc Vivenza sur ce point, provient du fait qu’il porte à la lumière d’une façon renouvelée, les sources de l’enseignement secret, de la doctrine intérieure du courant théosophique, en montrant leur lien intime avec la pensée d’Origène (IIIe s.).

Extrait tiré du site http://www.baglis.tv/ et d’une table ronde intitulée

« Illuminisme mystique et christianisme transcendant »

avec Jean-Marc Vivenza et Roger Dachez, animation Jean Solis. 

Isaac le Ninive

« Meilleur est celui à qui il a été donné de se voir lui-même,

que celui à qui il a été donné de voir les anges,

car on voit ces derniers avec les yeux du corps,

alors que l’on se voit avec les yeux de l’âme. » 

ISAAC DE NINIVE, Traités religieux, philosophiques et moraux (VIIe siècle)

par Ibn As-Salt (IXe siècle). Sbath, Paul, ed., Cairo: Al-Chark, 1934.

Et ce lien, entre enseignement secret du christianisme primitif et illuminisme chrétien du XVIIIe siècle, permet d’expliquer la raison de cette référence au VIe siècle chez Willermoz, comme période où la situation a basculé. Où ce qui était connu, est devenu interdit, condamné, contraint à se cacher, étant préservé par les voies initiatiques.

Voici ce qu’explique Jean-Marc Vivenza, qu’il faut lire attentivement, car il résume dans ce passage, qui est une note, l’essentiel de ce qui est à comprendre de ce qui se joue, c’est-à-dire de ce qui est en jeu aujourd’hui au sein des structures initiatiques, à savoir la préservation de la doctrine, ou sa disparition au profit de conceptions étrangères et hostiles aux voies spirituelles telles qu’elles furent constituées par leurs fondateurs au XVIIIe siècle :

« Ce christianisme original professé par Saint-Martin, fondé sur la doctrine secrète de la réintégration des êtres condamnée officiellement depuis le VIe siècle lors du IIe Concile de Constantinople (556) – et dont Origène (185-253), puis Évagre le Pontique (345-399), ou encore Isaac de Ninive (VIIe s.) et Joseph Hazzaya (VIIIe s.), exposèrent les principes, principes qui se retrouvèrent au XVIIIe siècle au sein du riche courant de l’illuminisme chrétien jusqu’à devenir le cœur même de deux systèmes initiatiques auxquels fut lié Louis-Claude de Saint-Martin (l’Ordre des élus coëns et le Régime écossais rectifié) – redisons-le encore une fois car les mêmes menaces, aujourd’hui comme au VIe siècle, pèsent sur elle, n’a pas à se plier aux vues disciplinaires de l’Église visible, elle n’a pas, cette doctrine séculaire, à être corrigée, redressée ou amendée, prétendument « enrichie » pour la faire « progresser », ce qui est en réalité une profonde déformation et scandaleuse dénaturation, afin de la faire correspondre aux schémas dogmatiques arrêtés par les Pères conciliaires, de sorte,  au final, de la dissoudre et la faire disparaître sous de fallacieux prétextes, et surtout en vertu de l’autorité arbitraire et subjective d’un tribunal autoproclamé, surgi d’on ne sait où, dénué de toutes qualifications légitimes pour agir en ce sens – et qui a pu même réussir à s’introduire, ce qui est un signe notable de « contre-tradition » et « d’extériorisation profane », dans le sens concret où l’entendait René Guénon (1886-1951), jusque dans certaines structures à prétentions initiatiques -, dans l’eau des proclamations ecclésiales. Elle possède cette doctrine, ses critères propres, et doit être protégée, conservée dans sa pureté, et gardée en conformité d’avec son essence intrinsèque, ce qui d’ailleurs, ce rappel s’imposant visiblement à de nombreux esprits oublieux à qui d’ailleurs sont étrangers ces domaines – ceci expliquant sans doute cela -, est le devoir d’une classe « non ostensible » du Régime rectifié à laquelle Jean-Baptiste Willermoz confia, précisément, cette mission : « La forme de cette Instruction a quelquefois varié selon les temps et les circonstances, mais le fond, qui est invariable,  est toujours resté le même. Recevez-la donc avec un juste sentiment de reconnaissance et méditez-en la doctrine sans préjugé avec ce respect religieux que l’homme dignement préparé peut devoir à ce qui l’instruit et l’éclaire.» (J.-B. Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon). » [3]

Nous ne saurions trop souscrire à ces mises en garde et à ce rappel vital : les menaces, sous un visage différent car il n’est plus celui des périodes précédentes de l’Histoire, mais comme au VIe siècle, pèsent sur la « sainte doctrine ». Et cette doctrine n’a pas à se plier aux vues dogmatiques de l’Église visible. Elle n’a pas à être contrariée, contestée ou prétendument « enrichie », dans une volonté de déformation et dénaturation, afin de la faire correspondre aux vues dogmatiques.

Pope II

Le loup s’est introduit dans la bergerie,

et c’est du sein même de certaines structures que provient une menace,

qui n’hésite plus à appeler à « contester la doctrine de l’Ordre »,

au motif de sa distance d’avec les dogmes de l’Eglise…

Mais ce qui est nouveau à présent, c’est que le loup s’est introduit dans la bergerie, et si auparavant l’Eglise lançait ses anathèmes contre les voies initiatiques de « l’extérieur », aujourd’hui, c’est du sein même de certaines structures – qui ne peuvent plus prétendre au titre « d’initiatiques » – que provient une menace, qui n’hésite plus, ouvertement, à appeler, dans une dérive religieuse sectaire, à « amender, opposer, contrarier, enrichir, et contester la doctrine de l’Ordre » (sic), au motif de sa distance d’avec les dogmes de l’Eglise…

Si l’on sait que, précisément, les voies initiatiques furent constituées au cour des âges, pour protéger un dépôt doctrinal menacé par l’autorité ecclésiale, il est du devoir de chaque âme de désir de s’opposer à cette « contre-tradition », à cette tendance dérivant vers « l’extériorisation profane », dans le sens où l’entendait René Guénon, car il en va du devenir de la perspective métaphysique de la réintégration !

Notes.

1. Instruction pour la réception des Frères Ecuyers Novices de l’Ordre Bienfaisant des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte (Rituel d’Ecuyer-novice , 1808).

2. J.-M. Vivenza, L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, pp. 120-121.

3. Ibid., note 81, p. 122.

L'EGLISE ET LE SACERDOCE SELON SAINT-MARTIN

 L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin

 La Pierre Philosophale, 2013.

Lire :

La doctrine de la réintégration des êtres

 

Phénix

Pour un retour à la pensée d’Origène ou : 

« La Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous »

 

 

Le christianisme transcendant et l’illuminisme initiatique

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William_Blake_1757-1827_Martha_and_Mary

« C’est à cette lignée traditionnelle que se rattache la notion d’Église intérieure qu’utilisa Saint-Martin, pour évoquer ceux qui sont regroupés pour cultiver les lumières de la doctrine divine… »

Dans deux de ses derniers ouvrages, « La Clé d’Or » et « L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », Jean-Marc Vivenza insiste tout particulièrement sur cette idée de « christianisme transcendant », qui possède des caractéristiques propres en se distinguant du dogmatisme des églises chrétiennes, se rattachant à un enseignement secret qui fut connu lors des premiers siècles.

Voici ce qu’écrit Jean-Marc Vivenza : « L’Église intérieure, qui est dépositaire de la doctrine secrète et de « l’esprit de vérité de l’Évangile » dont parle Saint-Martin, cultivant le « mystère caché en Dieu », ne contredit pas la Tradition constante du christianisme, et ce dès les premiers siècles de son existence, elle se réfère au « secret » partagé entre l’âme et Dieu, ce qui est positivement exprimé dans l’Écriture Sainte à plusieurs endroits, et de façon explicite : « Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, et ayant fermé ta porte, prie ton Père qui demeure dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te récompensera » (Matthieu, VI, 6), ce secret relève du « mystère » éternel que Dieu a réservé pour certaines âmes élues et choisies : « Et il leur dit, A vous il est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors, toutes choses se traitent par des paraboles » (Marc IV, 11)…

Mais d’autre part, et ce point est d’importance afin d’éviter de nombreuses confusions qui pourraient laisser croire à une nouveauté non fondée en légitimité, cette tradition mystérique est connue depuis toujours sous le nom de « discipline de l’Arcane », elle a plus particulièrement été exposée et développée par saint Clément d’Alexandrie (v.150-v.215), qui en fit allusion à de nombreuses reprises dans son œuvre, notamment dans les Stromates, où il écrit  : « La vraie tradition de la bienheureuse doctrine, qu’ils avaient reçue immédiatement des saints apôtres, de Pierre, de Jacques, de Jean, et de Paul, chacun comme un fils de son père. » (Stromates I, 1). » [1]

 

Extrait tiré du site http://www.baglis.tv/ et d’une table ronde intitulée

« Illuminisme mystique et christianisme transcendant »

avec Jean-Marc Vivenza et Roger Dachez, animation Jean Solis. 

Ce qui est précisé ensuite dans l’ouvrage, dont nous ne saurions trop insister sur son caractère fondamental, est très important pour la démarche initiatique de ceux qui souhaitent progresser en ces voies réservées, et en particulier comprendre la notion de « christianisme transcendant » : « Il ne s’agit donc, absolument pas d’une « contre-église », d’une dénomination ecclésiale cherchant à se constituer en une nouvelle Église parallèle concurrente, ou se substituant à l’institution visible et ses multiples expressions, non ; mais d’une société fondée sur la connaissance des mystères cachés, société transversale à toutes les confessions chrétiennes – sans aucune exception – issues de la primitive Église, et dont est dévolue la fonction de cultiver et veiller sur la « sainte doctrine », selon l’expression de saint Clément d’Alexandrie, qui est une gnose réservée à peu : « Nous savons que nous avons tous une foi commune pour les choses communes, qui est qu’il n’y a qu’un Dieu ; mais la gnose n’est pas dans tous : elle est donnée à peu» (Stromates II, 1), ce que confirme saint Denys l’Aréopagite (Διονύσιος ο Αρεοπαγίτης), lorsqu’il affirme : «Il y a deux théologies, l’une commune et l’autre mystique ; et la mystique a ses traditions secrètes, comme l’autre a sa tradition qui est publique.» (Traité des Noms divins, II). [2]

On perçoit ainsi immédiatement l’originalité de ce christianisme transcendant, échappant à la dogmatique des conciles, fondé sur la divine lumière de l’âme :« C’est à cette lignée traditionnelle que se rattache la notion d’Église intérieure qu’utilise Saint-Martin pour évoquer ceux qui sont regroupés pour cultiver les lumières de la doctrine divine, la bienheureuse doctrine à laquelle est attaché Clément d’Alexandrie, et il ne s’agit pas d’une nouvelle « église pour les parfaits », une chapelle récemment créée, une organisation constituée au temps de l’illuminisme au XVIIIe siècle, et réservée à une petite élite de purs retranchés du monde, hostiles, par instinct irrationnel, aux formes de la piété ostensible, ou inutilement méprisants à l’égard des sacrements dispensés par les ministres du culte visible, mais bien d’un dépôt vénérable héritier d’une longue chaîne séculaire au sein de laquelle se retrouvent les plus grands noms de l’histoire du christianisme, dépôt précisément désigné, selon le terme même employé par Clément d’Alexandrie, sous le nom de « sainte doctrine », transmise par une grâce particulière de Dieu, non à un grand nombre, mais au petit nombre de ceux auxquels cette « sainte doctrine » est depuis toujours destinée, et qui est délivrée de manière mystique   : « Ceux qui ont reçu des saints apôtres Pierre et Jacques, Jean et Paul, la tradition véritable de la ‘‘sainte doctrine’’ (ιερό δόγμα),  comme un fils qui reçoit un héritage de son père (et il en est peu qui ressemblent à leurs pères), sont parvenus jusqu’à nous, par une grâce particulière de Dieu, pour déposer dans nos âmes la doctrine apostolique, léguée par leurs ancêtres (…) Les mystères sont transmis d’une manière mystique, de sorte que la vérité se trouve sur les lèvres de celui qui enseigne, et plus encore dans son intelligence que dans sa bouche. » (Stromates I, 7-9). » [3]

Francois-de-Salignac-de-la-Mothe-FenelonCe qui est tout à fait extraordinaire, c’est qu’à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, Fénelon (1651-1715), archevêque de Cambrai, rédigea un texte essentiel se présentant comme un exposé du « système » des Stromates de saint Clément d’Alexandrie, profondément imprégné de philosophie platonicienne, et expliqua à propos de l’enseignement secret :

« Ces passages [de saint Clément] montrent évidemment trois choses :

1°) La première, que le gnostique enseigne, quand même, il serait  réduit à un seul auditeur ;

2°) la seconde, que loin de pouvoir être examiné, jugé, par ceux qui sont encore pathique, il ne peut être, ni entendu,  ni compris par eux, en sorte qu’il ne doit pas leur confier les mystères de la gnose, et qu’ils ne sont pas même en état d’être instruit par lui ;

3°) la troisième, que tout ce que l’on dit de la gnose n’est point encore tout ce que l’expérience en a appris au véritable gnostique ; qu’il ne doit pas le divulguer; ce serait violer le secret de Dieu et trahir son mystère. »  (Le Gnostique de saint Clément d’Alexandrie, ch. XVII, « Du secret qu’on doit garder sur la gnose »).

Ramsay

Andrew Michael ou André Michel Ramsay, dit le chevalier de Ramsay, né le 9 janvier 1686 à Ayr en Écosse, mort le 6 mai 1743 à Saint-Germain-en-Laye.

Et lorsqu’on sait que Fénelon eut pour secrétaire, qu’il baptisa en secret en 1709 …..un certain chevalier de Ramsay (1686-1743), qui devint ensuite un intime de  Madame Guyon, avant que d’introduire en France la franc-maçonnerie de Rite écossais, en développant l’idée d’une fraternité universelle souchée sur une conception transcendante et intérieure de la religion, dont la maçonnerie, devait devenir la clé de voûte….alors on comprend mieux pourquoi certaines « clés » sont dites en « Or » !

 

Notes.

1. J.-M. Vivenza, L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, pp. 130-131.

2. Ibid., p. 132.

3. Ibid., p. 134.

L'EGLISE ET LE SACERDOCE SELON SAINT-MARTIN

 L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin

 La Pierre Philosophale, 2013.

Clé d'or

La Clé d’or

et autres écrits maçonniques

 Editions de l’Astronome, 2012.

L’erreur de Robert Amadou : Saint-Martin n’a pas manqué de « l’Orient chrétien » !

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SM et l'Eglise XXV

La sortie du livre : « L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », représente un événement. Cet ouvrage, par sa dimension certes et elle est imposante, mais surtout par son contenu, peut difficilement faire l’objet d’une simple recension.

Ce n’est pas un livre habituel, le genre de volume qu’on lit rapidement et puis qu’on range, en l’oubliant, sur les rayons de sa bibliothèque. C’est un authentique bréviaire de l’Eglise intérieure. Il comporte même une « Règle » pour savoir comment vivre selon la loi de l’interne. C’est tout dire.

Nous avons donc décidé, non pas d’évoquer ce livre en un article, mais de nous pencher au cours de différents éclairages, sur certaines questions soulevées dans les 554 pages de « L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », en les abordant les unes après les autres.

I. « La science de l’Orient chrétien » n’a pas manqué à Saint-Martin. »

Robert Amadou II

« Saint-Martin est tombé dans l’erreur des pseudo-gnostiques….

il a spiritualisé de manière illusoire les sacrements…

l’initiation par l’interne risque de devenir mythique

faute de s’ancrer dans l’externe…. »

(Robert Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, 1989).

Aujourd’hui nous débuterons cet examen, en nous arrêtant à une affirmation constituant un chapitre intitulé : « La science de l’Orient chrétien » n’a pas manqué à Saint-Martin. » (pp. 73-86). 

Pourquoi Jean-Marc Vivenzaaffirme-t-il ceci ?

Tout simplement parce que depuis un bon nombre d’années, on s’était résolu, pour expliquer la distance de Saint-Martin d’avec l’Eglise visible et ses sacrements, de considérer que si le Philosophe Inconnu avait pu connaître à son époque les formes religieuses de l’orthodoxie, il aurait peut-être changé d’avis…On s’était habitué à cette assertion, on n’y prenait même plus garde, on la considérait recevable.

Pourtant, par ce qui se trouve dans les pages de L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin,  un coup d’arrêt brutal vient de mettre fin à cette idée ! En effet, avec ce qui est révélé par Jean-Marc Vivenza, c’est le genre d’affirmation que l’on ne pourra plus soutenir.

On va comprendre pourquoi et ça risque de surprendre.

Dans un article, exhumé par Jean-Marc Vivenza : « La Révolution du Philosophe Inconnu », publié par Robert Amadou (1924-2006), ce dernier soutenait : « Saint-Martin méconnaît la pleine essence de la communauté chrétienne et du sacerdoce. L’Eglise n’est pas un complément, encore moins un complément facultatif ; elle expose, elle exprime le Christ dans sa plénitude et l’univers lui est donc associé, auquel elle deviendra co-extensive. Mais l’Eglise n’est pas non plus une réalité purement spirituelle ; il y a du matériel dans les sacrements et des hommes sont chargés par l’Eglise, d’ordre divin, de les administrer : ‘‘Le Père, le Fils et le Saint Esprit agissent tandis que le prêtre prête sa langue et étend ses mains.’’ (Saint Jean Chrysostome). Saint-Martin là-dessus fait schisme. » [1] 

Le constat était juste.

La suite de l’article d’Amadou est plus problématique : « A la fois la matière est mauvaise et tout l’univers promit à la transfiguration ; à la fois, dirait-on, il est optimiste et pessimiste. Mais, tout ce qui relève de l’externe, et donc de la matière, il le juge facultatif, et donc dangereux, superflu : Quand Martines de Pasqually lui dit : ‘‘il faut bien se contenter de ce qu’on a’’, il ne convainc point le jeune élu coën de la nécessité des opérations de théurgie cérémonielle. Et le pur désir de Saint-Martin, dont je ne séparerai pas des mobiles personnels, le porte à proscrire dans la foulée les sacrements de l’Eglise, ou du moins leur ôter leur caractère divin et obligatoire, et à les priver, par conséquent, de leur vertu – toute puissante. Un même désir en partie dévoyé, oserai-je dire vers l’angélisme, en l’espèce, ou vers un gnosticisme hétérodoxe ? – le conduit à ne pouvoir imaginer les prêtres que comme des hommes-esprit, tous, capables d’opérer des miracles, et ce serait là le signe de leur élection, ainsi qu’il en irait avec les poètes. Point d’ordination, en somme, sans élection prophétique. Le spectacle de prêtres indignes confirma cette exigence abusive, qu’elle avait peut être contribué à susciter par réaction. (…) » [2] 

Anges célestes

« Un même désir en partie dévoyé,

oserai-je dire vers l’angélisme…. »

(Robert Amadou, 1989).

Vivenza s’étonne : « L’analyse, qui ne manque déjà pas en ces première lignes de dénoncer sous forme interrogative, au rang des causes aggravantes qui firent adopter à Saint-Martin ses positions,  tour à tour  un « désir dévoyé », « l’angélisme » et même la tendance au « gnosticisme hétérodoxe », se poursuit ainsi, mais cette fois-ci sur un mode affirmatif :  « Il parait bien que Saint-Martin est tombé dans l’erreur des pseudo-gnostiques, en spiritualisant de manière illusoire les sacrements : le baptême et l’eucharistie, dans l’Homme de désir, et surtout dans le Nouvel homme, sont privés de matière et de forme au sens scolastique ; ils perdent leur forme, au sens de Saint-Martin, à qui nul n’apprit que celle-ci était inhérente aux mystères, puisque ceux-ci sont mystériques, c’est-à-dire rituels, autant que mystérieux, c’est-à-dire porteurs d’énergie divine. Sans dénier (pas davantage d’ailleurs que les gnostiques combattus par les Pères de l’Eglise) son rôle capital à l’Incarnation, aussi réparatrice qu’instructive, Saint-Martin cantonne, pour ainsi dire, son historicisme, et l’initiation par l’interne risque de devenir mythique faute de s’ancrer dans l’externe (et sauf la toute puissance gracieuse de Dieu). Avec l’Eglise visible et historique, Saint-Martin écarte les sacrements, et les prêtres ; n’essayons pas de supputer si ce triple rejet se distribue logiquement et, en ce cas, comment. Il est vrai que l’attrait de Saint-Martin pour l’interne, follement divin, n’en souffrait pas moins de quelque aberration humaine, et, d’autre part, qu’il détestait la plupart des prêtres de son temps.» [3]

Nous avons bien lu !

Pour Robert Amadou : « Saint-Martin est tombé dans l’erreur des pseudo-gnostiques », il a « spiritualisé de manière illusoire les sacrements », sans compter que « nul ne lui a apprit que [la forme] était inhérente aux mystères », rajoutant que  « l’initiation par l’interne risque de devenir mythique faute de s’ancrer dans l’externe », enfin, combe de tout, son «attrait pour l’interne…n’en souffrait pas moins de quelque aberration humaine  ».

Robert amadou III

«L’attrait de Saint-Martin pour l’interne…

n’en souffrait pas moins de quelque aberration humaine  ».

(Robert Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, 1989).

Incroyable, stupéfiant !

Voici donc comment furent jugées les positions de Saint-Martin à l’égard de l’Eglise et de ses sacrements, par Robert Amadou, et comme le dit avec un étonnement Vivenza, faisant évidemment allusion au Portrait historique et philosophique écrit par Saint-Martin : « Tout ceci constitue donc, on l’avouera, un curieux ‘‘Portait ‘’. » [4]

Eh bien oui, curieux Portrait, mais surtout si distant de ce que Saint-Martin soutenait, si manifeste de l’incompréhension de ce qu’était la pensée du Philosophe Inconnu ; Vivenza écrit, rappelant les bases de cette pensée : «  Difficile d’être plus en contradiction avec les convictions de Saint-Martin, qui part du principe, en accord avec les auteurs réformés, piétistes et illuministes, que depuis le Christ, il n’y a plus de sacerdoce réservé à une classe de croyants, mais que ce sacerdoce, non transmissible par un biais humain et institutionnel, a aboli complètement le sacerdoce tel qu’il était compris selon les conceptions de l’Ancien Testament. ; le voile du temple s’est déchiré depuis le haut jusqu’en bas (Matthieu XXVII, 51), voile devant lequel se tenait le clergé hébreu, et derrière lequel Dieu demeurait caché et inaccessible, faisant que désormais, chaque âme peut entrer là où nul sacrificateur ne pouvait entrer sous l’ancienne loi, sauf le grand sacrificateur une fois l’an, et elle a, et toutes ont avec elle : « une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair» (Hébreux X, 19-20). » [5]

Et ce qui devait advenir advint dans le raisonnement d’Amadou. Rejetant, ou ignorant volontairement, les positions extra-ecclésiales de illuminisme chrétien, il affirmait : « Tout en déplorant que la providentielle intuition du Philosophe Inconnu, qui lui avait permis de retrouver la doctrine paulinienne, patristique, orientale, du nouvel homme, ne lui ait pas restitué l’exacte doctrine, qui complète, de l’Eglise, des sacrements et du sacerdoce, comprenons sa protestation contre une certaine conception occidentale du sacerdoce, des sacrements, de l’Eglise. (…) Un fois de plus, la science de l’Orient chrétien a manqué à Saint-Martin.  Quant à Saint-Martin lui-même, au Louis-Claude enfant de Dieu, quoiqu’il lui manquât pour être chrétien régulier – d’appartenir à l’Eglise dont l’aspect visible est inaliénable, il fut homme de désir. Le reste est le secret de Dieu et du Philosophe Inconnu [6]

Oui, nous nous ne rêvons pas….non seulement Robert Amadou considérait que l’intuition de Saint-Martin était dépourvue de « l’exacte doctrine sacramentelle et sacerdotale », mais plus grave, et sans doute extraordinairement injuste, pour Amadou,  « il manquât [à Saint-Martin] pour être chrétien régulier – d’appartenir à l’Eglise dont l’aspect visible est inaliénable. »

louis-claude-de-saint-martin III

« Il manquât [à Saint-Martin] pour être chrétien régulier –

d’appartenir à l’Eglise dont l’aspect visible est inaliénable. »

(Robert Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, 1989).

Comment ? Saint-Martin n’aurait pas été un « chrétien régulier », il n’aurait pas appartenu à l’Eglise éternelle, lui le témoin de la Lumière et du Verbe !

Et il ne l’aurait pas été, car ayant soutenu, à la suite des piétistes et des disciples de Jacob Boehme, des positions qui heurtent de plein fouet les vues étroites de ceux qui considèrent qu’il n’y a « point de salut » hors des formes et structures de l’Eglise institutionnelle !

C’est invraisemblable, proprement ahurissant, d’un sectarisme total !

Jean-Marc Vivenza nous dit donc : « La conclusion de cette étude de Robert Amadou (…) est stupéfiante, puisqu’elle va jusqu’à lui refuser, de par sa distance d’avec l’Église visible, d’être un « chrétien régulier », comme si la « règle », pour être considéré comme « chrétien », était, non pas d’avoir, et avant tout, rencontré le Christ et d’avoir foi en Lui et en sa Parole, mais d’être membre d’une confession religieuse établie (…). On l’admettra, ces lignes sont troublantes, et on pourrait expliquer bien des aspects « surprenants » de la vie initiatique contemporaine découlant directement de ces analyses. » [7]

Ainsi, étant vu comme « un chrétien irrégulier », et même  considéré comme se trouvant « hors de l’Eglise », la conclusion s’imposait pour une sensibilité ecclésiale, qu’incarnait Amadou, dérangé et contrarié par de telles positions : Saint-Martin n’aurait pas tenu ces propos s’il avait connu l’église d’Orient, et de ce fait, « la science de l’Orient chrétien a manqué à Saint-Martin ».

Voilà l’origine d’une thèse fallacieuse – « expliquant bien des aspects « surprenants » de la vie initiatique contemporaine découlant directement de ces analyses » – et qui faute d’avoir été en mesure d’admettre et respecter les sources et les influences de Saint-Martin, lui fait reproche d’une imaginaire « ignorance » de l’Orient chrétien.

La conclusion de Vivenza, au sujet de ce « manque imaginaire », est de ce fait on ne peut plus juste : « C’est pourquoi, redisons-le car il importe d’y insister, cet angle d’approche s’appuyant sur des vues personnelles issues de convictions ecclésiales, est inefficace pour aborder la pensée de Saint-Martin, il empêche catégoriquement ceux qui pourraient lui accorder un quelconque crédit, de pénétrer en vérité dans l’enseignement que dispensa le Philosophe Inconnu, ce qui explique pourquoi il était devenu nécessaire de tenter de rétablir, dans toute son ampleur et son exacte portée et effective dimension, l’authentique position spirituelle du Philosophe Inconnu dans son rapport à l’Église et au sacerdoce, qui ne participe en rien de « l’ignorance » ou du « manque » d’une « science » qui proviendrait d’Orient, mais d’une méditation approfondie, réfléchie et pensée en conscience, invitant au dépassement des formes institutionnelles de sorte de retrouver ce que furent les mystères connus et partagés par les âmes qui vécurent au temps du christianisme primitif, et de ce à quoi peut permettre accéder, comme régions essentielles et ineffables, l’enseignement de l’Évangile, et la sainte doctrine qui en découle. » [8]

Remercions Jean-Marc Vivenza pour cet important travail de « rétablissement » de l’authentique pensée spirituelle du Philosophe Inconnu par rapport à l’Église et au sacerdoce qu’il vient d’effectuer, car ce rétablissement nécessaire s’imposait……et il était grand temps !

L'EGLISE ET LE SACERDOCE SELON SAINT-MARTIN

J.-M. Vivenza, L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin,

 La Pierre Philosophale, 2013.

A suivre : 

II. La problématique « Résurgence » néo-coën de 1942. 

 

Notes.

1. R. Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, Autre Monde, n°119, septembre 1989, pp. 19-20.

2. Ibid., p. 20

3. J.-M. Vivenza, L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, pp. 76-77.

4. Ibid., p. 77.

5. Ibid., pp. 77-78.

6. R. Amadou, La Révolution du Philosophe Inconnu, op.cit., p. 20.

7. J.-M. Vivenza, L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, op. cit., pp. 78-80.

8. Ibid., p. 84.

Le Grand Maître du GPDG est un clown farceur…s’il ne se déclare pas en 2014 « petit maître national » !

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gpdg VI

Si Bruno Abardenti ne se met pas en conformité avec son discours,

il apparaîtra comme un hypocrite aimant faire des phrases,

un grand illusionniste répandant des discours fumeux,

….pour tout dire un « clown farceur » !

 Dans l’exercice de sa charge, celui qui s’autoproclame dans la revue de son obédience (Les Cahiers Verts n°8, 2013), de façon humble, « le féal de la vérité, le chevalier de la beauté, le prêtre de l’amour, le prophète de son retour» (Les Cahiers Verts, n°8, p.11), vient de faire savoir : « Toute doctrine qui ne se discuterait pas, deviendrait par  définition un dogme (…) Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres » (Ibid., p. 13).

S’agissant de la doctrine, une telle incompréhension de ce que représente la valeur de l’enseignement initiatique lorsqu’on est membre d’un système comme le Régime écossais rectifié, et plus encore un prétendu « Grand Maître » d’une obédience fondée à l’origine sur ce dit Régime, est une aberration.

Mais lorsqu’on découvre ce qui se cache derrière la remise en question de la doctrine chez Bruno Abardenti, dont nos amis de La Leçon de Lyon, et de Semper Rectificando ont dit ce qu’il fallait en penser….alors là c’est le sommet !

En effet pour celui, « représentant du Christ dans l’Ordre » selon son Grand Orateur (Les Cahiers Verts, p. 31), qui  qualifie ses opposants de « boucs », de  « faux prophètes (…) au parfum de néant », exprimant des « incantations de gueux » ! (ibid., p.12-13), et se fait donner du titre en signant sa prose de mirliton en tant que « Grand Maître National du Grand Prieuré des Gaules », « Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres »

Cette désignation est très étonnante….

Martines-vs-St-Martinwillermoz_large

« Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres …» (Bruno Abardenti, Cahiers Verts n° 8, 2013, p. 13).

Les maîtres fondateurs du XVIIIe siècle, dont Louis-Claude de Saint-Martin, sont en effet considérés avec un infini respect par ceux qui sont à leur école, et nous savons qu’en Martinisme, Saint-Martin, au regard de ses immenses mérites, est honoré par piété, du titre de « Vénéré Maître ».

Il possède même, dans tous les Chapitres de l’Ordre depuis Papus, un autel sur lequel un cierge est en permanence éclairé, représentant non pas uniquement Saint-Martin, mais tous les Maîtres passés à l’Orient éternel qui veillent sur les âmes de désir séjournant en ce monde en attente de leur réintégration, et il ne viendrait à l’idée de personne de le qualifier (pas plus pour Martinès ou Willermoz), du titre de « Grand Maître » ; ils sont « nos maîtres », grands par l’esprit et les qualifications, grands de par l’enseignement qu’ils nous ont légué, grands par leur rôle afin de nous donner de comprendre les mystères de l’Evangile prêché, non par un « Grand Maître » (sic), mais par le Fils de Dieu, le Verbe fait chair.

christus_ehebrecherin_hi-2La mise sous la toise de Willermoz, Martines ou Saint-Martin, avec le « seul vrai Maître » …..devrait à aboutir à les désigner non comme « petits » …..mais « faux » !

Cependant, pour le « prêtre de l’amour » qui s’amuse à créer des hiérarchies faussées dans un but qui se laisse voir grossièrement, les maîtres fondateurs des voies initiatiques représentant le trésor le plus précieux de l’ésotérisme occidental, sont des «  petits maîtres  au regard de celui qu’il nomme « le seul vrai Maître », et qui pourtant jamais ne s’est défini sous ce nom lors de sa vie terrestre, et qui ne l’est dans aucun des livres de la Sainte Ecriture.

D’ailleurs, si l’ont met en opposition le terme de « vrai »….ce n’est pas « petit » que l’on trouve….mais « faux ».

Ainsi, la mise sous la toise de Willermoz, Martines ou Saint-Martin, avec le « seul vrai Maître »…..devrait donc à aboutir, non pas à les désigner comme « petits »…..mais « faux » !

Le Grand Maître du GPDG n’ose pas aller jusque là, même si sa logique y conduit, son objectif est autre….le but de cette désignation biaisée est de l’autoriser, on se demande bien par quelle autorité,  à pouvoir «amender, opposer, et contrarier Willermoz, Saint-Martin et Martinès », l’amusant conseilleur qui a raté une grande carrière de comique, allant jusqu’à soupirer cette exquise remarque : «puisqu’enrichir n’est point trahir » (p. 13) !

Pourtant, une question : qu’est-ce qui lui fait s’imaginer que son action relève de « l’enrichissement » à cet orgueilleux ?

Se croirait-il vraiment inspiré par l’Esprit ?

Comment peut-il en être certain ?

Est-il capable d’en jurer ?

Ne serait-ce pas l’effet d’une illusion, et un tout autre type de « maître », obscur celui-là, qui lui soufflerait de telles idées à l’oreille…. ?

On peut se demander, comme dans le film de Géza von Radványi sorti en 1954, « L‘Étrange Désir de monsieur Bard » , quel est l’étrange mobile qui pousse à agir ainsi Bruno Abardenti ?

Lire de tels propos, sous la plume de celui qui se baptise, sans rigoler, le «  féal de la vérité » et se laisse tranquillement désigner, tel le Roi Soleil en son royaume, comme le « représentant du Christ dans l’Ordre » (p. 31) , est donc stupéfiant, et l’on peut se demander, comme dans le célèbre film de Géza von Radványi sorti en 1954, « L‘Étrange Désir de monsieur Bard » , quel est l’étrange mobile qui pousse à agir ainsi Bruno Abardenti ?

On appréciera donc vivement ces lignes issues de la verbeuse logorrhée du « prêtre de l’amour » : « Je sais bien que dans l’univers maçonnique tout est grand, même si cela n’est  pas toujours évident au premier coup d’œil, et que l’idée de petit, qui  pourtant ferait du bien aux egos fatals, n’est pas en usage… Dommage, ce  serait sinon amusant, au moins efficace comme pédagogie de l’humilité. » (Les Cahiers Verts n°8, p. 13).

Le « prêtre de l’amour » rajoute, avec un humour de collégien confondant poudre à laver avec les ouvrages de Saint-Martin : « Cet apprentissage de la simplicité pourrait s’avérer d’un grand secours pour  éviter de pérenniser le principe de la chute et cesser d’enfanter en notre  sein, ce germe de destruction qu’est l’orgueil spirituel qui nous laisse  croire, que nous lavons plus blanc qu’Ecce Homo, que nous sommes plus  rectifiés que la rectification, plus supérieurs que tous les inconnus, plus  prêtres que les Coens, plus fondateurs que les fondements qui nous fondent. A ces incantations de gueux, je préfère la danse des cieux et le souci de nos  devoirs. » (Ibid., p. 13).

Crocodile Cuvier bannière

La proposition du Crocodile

Alors voilà, c’est bien joli de donner des conseils, mais il est bien plus sérieux de se les appliquer.

Nous invitons donc sans tarder le « prêtre de l’amour », à se mettre en conformité avec ses propres avis…..et l’on verra ensuite si ce discours relève des effets oratoires, ou si Bruno Abardenti est sincère, puisque qu’il soutient : « l’idée de petit, qui  pourtant ferait du bien aux egos fatals, serait ….efficace comme pédagogie de l’humilité (…) apprentissage de la simplicité qui pourrait s’avérer d’un grand secours pour  éviter de pérenniser le principe de la chute et cesser d’enfanter en notre  sein, ce germe de destruction qu’est l’orgueil spirituel ». (Ibid., p. 13).

Parfait, pari tenu « féal de la vérité », on va voir ton courage réel !

Voici la proposition du Crocodile :

Que celui qui exerce la première autorité au sein du GPDG, puisqu’il en a le pouvoir et pour se mettre en conformité avec son discours et ses conseils, donne lui-même l’exemple, et adopte désormais jusqu’à la fin de son mandat, la titulature suivante :

« L’humilissime petit maître national du Grand Prieuré des Gaules »

S’il ne le fait pas, nous le considérerons, et il apparaîtra aux yeux de tous les observateurs, sachant que ce numéro 8 des Cahiers Verts 2013 nouvelle série, est largement diffusé dans le milieu maçonnique, comme un rigolo, un hypocrite aimant faire des phrases, et surtout un grand illusionniste répandant, sous la forme de discours fumeux, de très grosses plaisanteries ….pour tout dire un « clown farceur » !

Attention…..les paroles c’est bien beau…..mais c’est aux actes qu’on juge de la vérité des hommes …..alors on attend pour voir si ce discours est sincère !

CV n°8

 Cahiers Verts n° 8, nouvelle série, 2013.

Saint-Martin n’a pas besoin de messe pour célébrer sa mémoire !

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Saint-Martin

Dans un récent article de présentation de son prochain livre à paraître : « L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », Jean-Marc Vivenza avance une thèse très pertinente, qu’il avait déjà exposée dans son ouvrage «Le Martinisme » (2006), à savoir : « Saint-Martin n’ignorait ni ce qu’est l’Église, ni ce que sont les sacrements, son refus d’une médiation de l’institution ecclésiale dans la relation entre Dieu et l’homme, participe d’une distance critique d’avec toutes les formes sacerdotales communes aux confessions chrétiennes possédant un clergé à qui est réservé la célébration du culte divin. » [1].

Rembrandt-Pelerins-Emmaus-Gravure-1654« Saint-Martin n’ignorait ni ce qu’est l’Église, ni ce que sont les sacrements… »

Cette position, Saint-Martin eut souvent l’occasion de l’exprimer, il en fit même l’objet de longs développements dans ses principaux ouvrages (Ecce Homo, L’Homme de désir, le Nouvel homme, le Ministère de l’homme-esprit, etc.). Il n’en varia jamais. Pour lui, les cérémonies externes ne sont pas simplement impuissantes pour l’avancement de l’âme, elles ont en plus pour effet de retarder l’esprit de l’homme et vont jusqu’à le dessécher, alors que les créatures sont en devoir d’espérer des nourritures substantielles d’un tout autre ordre pour les conduire vers le Ciel.

Il résumait ainsi sa pensée : « Quand on voit les célébrants dans les églises consumer leur temps et toute leur virtualité à des cérémonies externes et impuissantes, et retarder ainsi l’esprit de l’homme qui se dessèche en attendant une nourriture substantielle, on est affligé jusqu’au fond du cœur, et on est tenté d’appliquer là le passage de l’Évangile où un aveugle conduit l’autre, et où ils tombent tous les deux dans le fossé. » (Portrait, 731).

Il est donc évident pour lui que les sacrements de l’Église sont inutiles pour conduire à la « grande affaire », celle qui consiste dans l’union de l’âme et de Dieu, et peuvent même représenter une grande barrière, un obstacle sur le chemin initiatique.

Or, une curieuse attitude s’est pourtant développée depuis plusieurs décennies dans les milieux martinistes et néo-coëns en France, s’inspirant des vues personnelles de Robert Amadou sur cette question, celle s’étant fixée pour but de ramener les disciples de Saint-Martin ou de Martines de Pasqually vers l’Église, ses sacrements et ses dogmes.

Si Pasqually ne s’étendit pas outre-mesure sur le sujet, tout en n’en pensant pas moins, Saint-Martin au contraire ne cacha pas sa pensée. Et cette dernière se résume à ceci : aujourd’hui, dans l’œuvre qui est à accomplir, l’Église et les voies externes ne servent à rien : « Dieu veut nous amener à l’exécution du précepte de l’Évangile sur la prière qui nous dit, quand nous voudrons prier, de nous renfermer dans nos chambres. Car il est bien clair que l’on ne pourra plus guère prier dans les églises des hommes. » (Portrait, 834).

Indulgences II

« On ne pourra plus guère prier dans les églises des hommes… »

On comprend donc pourquoi dans son texte, Jean-Marc Vivenza écrit : « Ceci nous amène à formuler une réelle réserve, quoique amicalement et sans animosité aucune, même s’il nous semble nécessaire que cela soit souligné, à propos de ceux qui furent à l’initiative – et la perpétuent – de faire dire une  «messe» (sic) à la mémoire ou à « l’intention » du Philosophe Inconnu chaque année au mois d’octobre à la date anniversaire de sa naissance au Ciel, sachant les positions plus que critiques de Saint-Martin à l’égard du culte divin « ostensible » utilisant des espèces matérielles et des objets liturgiques fabriqués par la main de l’homme, initiative curieuse donc, qui, si elle participe sans doute d’une pieuse intention, relève cependant, au minimum, d’un évident oubli ou, plus certainement, d’une patente méconnaissance de la véritable perspective saint-martiniste et, objectivement, d’un éloignement manifeste d’avec les analyses, pourtant clairement exprimées par le théosophe d’Amboise, portant sur le caractère profondément discutable de la religion institutionnelle, et le peu de valeur des cérémonies célébrées par l’Église, notamment le rituel eucharistique. » [2]

Et il est vrai. On ne voit pas très bien pourquoi, en prenant l’initiative d’une messe à son « intention » à la date de sa naissance au Ciel, on veut imposer à Saint-Martin après sa mort, ce qu’il refusa de son vivant, et précisément au moment de son retour à Dieu où il ne voulut pas de la présence d’un prêtre à ses côtés.

C’est objectivement une manière de le trahir et de ne pas respecter ses positions sur ces sujets.

Car en effet, Saint-Martin n’a pas besoin que soit célébrée une messe pour honorer sa mémoire ou pour contribuer au repos de son âme, c’est même le meilleur moyen de montrer que l’on a rien compris à sa pensée et son œuvre !

Ainsi, il est clair que les disciples de Saint-Martin n’ont donc pas à « apprendre » ce que Saint-Martin écarta pour de justes motifs. Ils ont surtout à se remémorer ceci, ce qui leur permettra d’éviter bien des pièges, et de se prémunir de l’emprise d’une classe sacerdotale cherchant à prendre autorité sur l’initiation : « Ce sont les prêtres qui ont retardé ou perdu le christianisme, la Providence qui veut faire avancer le christianisme a dû préalablement écarter les prêtres, et ainsi on pourrait en quelque façon assurer que l’ère du christianisme en esprit et en vérité ne commence que depuis l’abolition de l’empire sacerdotal…. » (Saint-Martin, Portrait, § 707).

Notes.

1. J.-M. Vivenza, Le Martinisme, Le Mercure Dauphinois, 2006, pp. 222-223. Ce rappel était une réponse à l’affirmation qu’avait formulée en son temps Robert Amadou : « Saint-Martin ignorait, ce qu’est l’Eglise et ce que sont les sacrements », rajoutant : « le disciple de Saint-Martin apprendra ce que Saint-Martin ignorait… » (R. Amadou, in Introduction, Traité sur la réintégration des êtres, Collection martiniste, 1995, p. 37). Ce jugement péremptoire était aussi destiné à Martines de Pasqually dans le passage cité.

2. L'EGLISE ET LE SACERDOCE SELON SAINT-MARTINJ.-M. Vivenza, L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, 2e Partie. La pratique du culte divin au sein du Sanctuaire du cœur, note 4. La Pierre Philosophale, 2013 (à paraître).

Le corps d’Adam selon la doctrine martinésienne

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Trois nouvelles Leçons de Lyon ont été mises à jour par Catherine Amadou dans le fonds d’archives de la Bibliothèque Municipale de Grenoble [1], qui conserve des trésors, sachant que Léonard-Joseph Prunelle de Lierre (1741 – 1828) i.o. Josephus eques a Tribus oculis, administrateur de la commune de Grenoble à compter de 1795 puis Député à la Convention, qui fut un authentique disciple de Saint-Martin et ce dès 1776, passant les dernières années de sa vie dans une intense dévotion et traduisant les Psaumes et le livre d’Isaïe, fut, avec Joseph Gilbert, l’un des intimes les plus proches du Philosophe Inconnu.

Prunelle de lièreRegistre, Fonds Prunelle de Lière, BM de Grenoble.

La reproduction d’un extrait de la leçon du 17 avril 1776, intitulée « Sur les nombres », pourrait éventuellement provoquer un émoi chez les « sarcophiles » non repentis radicalement éloignés de la doctrine martinésienne, puisqu’on peut y lire le passage suivant : « L’homme est l’image et la ressemblance du Créateur, c’est par son corps qu’il en est l’image, et par son esprit qu’il en est la ressemblance. Mais comment son corps peut-il être l’image d’un être infini, qui n’a point de corps ? C’est qu’il est l’image abrégée de l’image ou du plan spirituel que le Créateur conçut au commencement des temps pour la création universelle qu’il donna à exécuter à ses agents ; ainsi, en ce sens, il est l’image corporelle de l’image spirituelle divine. » [2]

Rien de surprenant dans ces lignes, puisque l’enveloppe corporelle d’Adam avant la Chute, qui était destinée « pour opérer temporellement les volontés du Créateur » (Traité, 230), était une enveloppe corporelle glorieuse, en effet « image corporelle de l’image spirituelle divine ».

Faut-il pourtant en déduire, avec un empressement qui porte à sourire chez quelques interprètes fantaisistes de la pensée de Martinès, que cette image corporelle « de l’image spirituelle divine » dont Adam bénéficiait avant la Chute, « contredit complètement l’interprétation que donnent du corps certains exégètes contemporains, prétendûment (sic), selon Martines de Pasqually » ?

Evidemment non, car c’est tout simplement oublier une chose, pourtant élémentaire et fondamentale sur le plan de l’anthropogenèse, à savoir qu’entre la forme corporelle originelle d’Adam, et celle dont il est revêtu aujourd’hui, il s’est produit une tragédie : la Chute originelle.

Et cette tragédie a modifié « substantiellement » la nature corporelle d’Adam, car Adam est pourvu à présent d’une nature corporelle  « dégénérée » selon Martinès !

Voici ce qu’écrit le thaumaturge bordelais :  «Vous savez que le Créateur émana Adam homme-Dieu juste de la terre, et qu’il était incorporé dans un corps de gloire incorruptible. Vous savez que, lorsqu’il eut prévariqué, le Créateur le maudit, lui personnellement avec son œuvre impure, et maudit ensuite toute la terre. Vous savez encore que, par cette prévarication, Adam dégénéra de sa forme de gloire en une forme de matière terrestre. » (Traité, 43).

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« Adam, dépouillé de son corps de gloire, a reçu une forme matérielle impure en « punition de son crime horrible », qui est destinée à l’anéantissement. »

Cette dégénérescence a « opéré » une transmutation du corps de gloire en une forme matérielle  passive dont l’actuel mineur est constitué, qui ne supporte plus aucun contact avec la matière ténébreuse sans la détruire : « attendu qu’aucune matière ne peut voir et concevoir l’esprit sans mourir ou sans que l’esprit ne dissolve et n’anéantisse toute forme de matière, à l’instant de son apparition. » (Traité, 38).

Comme l’écrit Jean-Marc Vivenza, sur lequel nous nous appuyons pour développer notre analyse : « Il est donc absolument impossible qu’ait pu subsister, ne serait-ce même qu’une quelconque trace, aussi infime soit-elle, du corps de gloire originel d’Adam dans la forme matérielle impure actuelle qu’il a reçue en « punition de son crime horrible », puisque si tel était le cas, cette trace subsistante aurait été immédiatement un facteur de dissolution et d’anéantissement de toute forme de matièreAinsi, et il est aisé de le comprendre, la « substance de cette forme matérielle » (Traité, 70) dans laquelle est emprisonné Adam (…) est destinée à la même fin que tout ce qui est forme de matière apparente solide passive, elle doit disparaître « au temps prescrit et limité par le Créateur » (Traité, 91). » [3]

Ce que précisait d’ailleurs Robert Amadou en son temps (+ 2006) : « La matière réintégrée cela signifie la matière anéantie puisque son principe étant le néant, sa réintégration ne peut se faire que dans le néant c’est-à-dire qu’elle disparaîtra sauf les formes transmuées.» [4]

Ainsi, chaque mineur espère non en une « spiritualisation de sa chair » corrompue mais son anéantissement, c’est-à-dire « la réintégration de sa forme corporelle [qui] ne s’opérera que par le moyen d’une putréfaction inconcevable aux mortels. C’est cette putréfaction qui dégrade et efface entièrement la figure corporelle de l’homme et fait anéantir ce misérable corps, de même que le soleil fait disparaître le jour de cette surface terrestre, lorsqu’il la prive de sa lumière. » (Traité, 110).

Nous le voyons, la réintégration de la forme corporelle matérielle impure, selon la doctrine martinésienne véritable, c’est-à-dire non réinterprétée selon un prisme déformant imprégné de conceptions théologiques, sera un événement qui n’aura pas grand-chose à voir avec les rêveries naïves de quelques sarcophiles mal inspirés, qui trahissent allègrement la pensée de Martinès au profit de leurs vues personnelles fondées sur des opinions religieuses.

Notes.

1. Renaissance Traditionnelle, n° 168, octobre 2012.

2. Ibid., p. 214.

3. J.-M. Vivenza, La doctrine de la réintégration des êtres, (Appendice IV, la transformation substantielle d’Adam), La Pierre Philosophale, 2012, p. 199.

4. Robert Amadou, Entretien avec Michel Cazenave, France-Culture, « Les Vivants et les Dieux », 4 mars 2000.

La doctrine de la réintégration des êtres : un ouvrage novateur !

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La doctrine de la réintégration des êtres

éd. La Pierre Philosophale, nov. 2012, 224 p.

A propos de l’analyse du site Philosophe Inconnu.com  

Si certains firent reproche à Jean-Marc Vivenza ces mois derniers, avec un sens discutable de l’objectivité et une très grosse dose de mauvaise foi, de constater l’évidente présence des thèses d’Origène chez Martinès de Pasqually, Saint-Martin et Willermoz, ce n’est pas le cas de Dominique Clairembault, animateur du site remarquable consacré au Philosophe Inconnu, qui, tout en soutenant et louant les analyses de Vivenza, regrette même que sa mise en lumière des idées origénistes n’ait pas été étendue à l’ensemble de l’ésotérisme chrétien : « On regrettera toutefois qu’il n’ait pas poussé plus avant sa réflexion en s’interrogeant sur la présence de l’origénisme chez des auteurs tels que Saint-Georges de Marsais, Jacob Boehme, Pierre Poiret, et bien d’autres penseurs de l’illuminisme, chez qui ces idées sont présentes à des degrés divers, et dont l’influence aurait pu parvenir jusqu’à Martinès de Pasqually et ses disciples. »

Voilà qui nous change, fort heureusement, de quelques discours critiques qui se firent entendre à l’annonce de l’ouvrage, sans même l’avoir lu parfois..!

L’axe de l’étude de Vivenza étant centré sur les trois figures majeures que sont Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz, il était normal que l’accent porte principalement sur eux et, comme le fait remarquer justement l’article consacré à La doctrine de la réintégration des êtres : « peu de chercheurs se sont interrogés sur la présence d’éléments rejetés par le christianisme officiel depuis plusieurs siècles dans les textes martinistes, que ce soient ceux de Martinès de Pasqually, de Louis-Claude de Saint-Martin ou de Jean-Baptiste Willermoz. »

C’est pourquoi la réflexion du livre se penche avec une attention plus soutenue sur les théories exposées par les tenants de la doctrine de la réintégration, et montre l’identité des grands thèmes de cette doctrine avec la pensée d’Origène (préexistence des âmes, incorporisation dans la matière, rejet de la chair, vision négative du composé matériel, anéantissement des choses visibles, etc.), identité correspondant aux concepts de base de la doctrine enseignée dans les voies initiatiques issues des trois personnalités fondatrices plus haut citées du XVIIIe siècle.

Ceci a une conséquence, comme le souligne justement Jean-Marc Vivenza : « l’adhésion à leur doctrine représente, non une option du point de vue initiatique lorsqu’on est membre de ses voies, mais relève d’un enseignement spirituel auquel il est nécessaire d’adhérer, faute de quoi on se met soi-même en dehors des critères d’appartenance des Ordres dont le rôle est de préserver les éléments doctrinaux établis par leurs fondateurs.« 

C’est ce sur quoi revient  longuement Vivenza dans sa Préface, ayant constaté un éloignement inquiétant d’avec les fondements de la doctrine initiatique, chez quelques uns, heureusement peu représentatifs et participant de cas marginaux isolés, de ceux qui se prétendent membres des systèmes édifiés par Martinès ou Willermoz  :

« Les trois études que nous publions touchant à la doctrine de la matière telle que soutenue par Martinès, Saint-Martin et Willermoz, font apparaître des thèses audacieuses relevant du « mysticisme spéculatif », rendant évidentes des distances importantes avec l’enseignement des confessions chrétiennes, ce qui n’a rien de surprenant au regard des idées du courant illuministe qu’il nous faut considérer et admettre pour ce qu’il est, à savoir une voie initiatique extra ecclésiale possédant son originalité et ses sources propres.

Ces études ont pour but de susciter une certaine réaction et provoquer chez le lecteur, en quelque sorte, une interrogation salutaire en forme de choc, puisque qu’une tendance se manifeste de façon de plus en plus insistante, en l’écrivant et le faisant savoir, visant à récuser les positions de l’illuminisme et à les désigner comme des déviances théologiques et des hérésies dualistes.

Nous avons donc jugé qu‘il était temps de réagir en exposant les fondements théoriques de ces courants relatifs à la doctrine de la réintégration, avant que n’advienne une incompréhension générale en forme de rejet à l’égard de la doctrine initiatique que véhicule les structures issues de la pensée martinésienne. » [1]

Retenons la conclusion de Dominique Clairembault, qui correspond en effet à un sentiment largement partagé par les lecteurs de « La doctrine de la réintégration des êtres » de Jean-Marc Vivenza : « voici un ouvrage novateur, qui ouvre des perspectives intéressantes à ceux qui s’attachent à l’étude des textes de la tradition martiniste. »

Signalons que le livre, déjà épuisé, va faire l’objet d’une nouvelle édition revue et augmentée, à paraître prochainement aux éditions de la Pierre Philosophale.

Note.

1. La doctrine de la réintégration des êtres, La Pierre Philosophale, 2012.

L’erreur christologique de Martinès et ses conséquences dramatiques

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 Léon B. Crucifixion

La grave erreur christologique de Martinès, qui refuse de reconnaître au Christ la réalité des souffrances de la Passion - « Le corps du Christ ne souffrait aucune douleur dans les tourments qu’on exerçait sur lui. Si ce corps faisait quelques mouvements, ce n’était qu’une suite de l’action innée du véhicule que l’on opprimait contre sa loi de nature » (Traité, 191) – entraîne des conséquences directes sur sa méthode théurgique tirée des grimoires magiques pour obtenir la réconciliation de  l’homme. 

Le sujet a été longuement abordé, par Jean-Marc Vivenza dans son texte fondamental paru récemment : « Louis-Claude de Saint-Martin et les anges », qui nous semble dire tout ce qu’il y a comprendre sur ce à quoi conduit sur le plan initiatique cette terrible erreur qui relève de façon évidente de l’hérésie docétiste et de diverses influences gnostiques.

 Voici ces lignes importantes qui sont à méditer avec attention :

« Martinès en raison de sa christologie déficiente conjuguée à une grave erreur trinitaire, était condamné à devoir passer par les intermédiaires angéliques pour « opérer » la réconciliation de l’homme. Robert Amadou identifia parfaitement le problème : « Les faiblesses du concept martinésien tiennent à l’immaturité de sa christologie. De même la théologie martinésienne de la Rédemption est embryonnaire, plus verbale que réelle.

Certes, davantage que la mort du Christ, importe sa venue en chair et sa Transfiguration. Martines s’apparente sur ce point à l’orthodoxie, mais n’est-ce pas surtout formellement ? 

L’ambiguïté retourne. Ainsi Martines accepte la naissance virginale de Jésus, mais en privant Jésus des souffrances physiques de la Passion, par exemple ne succombe-t-il pas au docétisme ? 

Le docétisme en christologie, passe pour un trait caractéristique des gnosticismes. Ce rejet d’une compromission entre l’esprit, le divin et la matière, veut que le Christ n’ait eu que l’apparence d’un être humain fait d’une autre substance. Ainsi, le Jésus qui fut crucifié, soit aurait été un double du Sauveur (…) soit l’unique Jésus eût été impassible. Cette dernière thèse s’est trouvée chez Martinès. » (1)

C’est pourquoi, contrairement à ce que soutient Martinès, il n’est pas nécessaire, plus précisément nul n’a besoin de « travailler » à sa réconciliation par des méthodes magiques, car le disciple du Christ a été délivré de son ancienne position de déchéance à l’égard de Dieu,  il est placé par grâce, et non à cause de procédés personnels, dans une nouvelle position devant Dieu par la puissance réconciliatrice de la Passion réellement subie et vécue du Divin Réparateur qui n’était pas « en extase » ou en « contemplation » sur la Croix et qui souffrit vraiment  « des tourments qu’on exerçait sur lui ». (2)

Mais tout ceci s’explique car  « les faiblesses du concept martinésien » de réconciliation, comme l’écrit Robert Amadou, « tiennent à l’immaturité de sa christologie », qui rajoute très justement que « la théologie martinésienne de la Rédemption est embryonnaire, plus verbale que réelle », voilà les conséquences de l’erreur christologique de Martinès.

Encore une fois, l’idée que la grâce puisse être obtenue par nos propres moyens, ou par une méthode, un système, des pratiques rituelles, des cérémonies tirées des grimoires magiques, est contredite fermement par l’Ecriture  (Tite III, 5).

DESSIN THEURGIQUE (1)

Saint-Martin, dont les connaissances christologiques étaient bien plus étendues que celles de son premier maître, et qui savait que le « christianisme est l’esprit même de Jésus-Christ dans sa plénitude », comprit rapidement que les méthodes de Martinès n’étaient que du « remplacement » (Lettre à Kirchberger, 12 juillet 1792), ce qu’il ne manqua pas d’affirmer avec la fermeté que l’on sait à ceux des ses Frères dans l’initiation qu’il voyait se fourvoyer grandement dans des voies contestables, périlleuses et réellement peu recommandables.

Une question pour les modernes oublieux des souverains rappels du Philosophe Inconnu : Saint-Martin, doux au caractère mais ferme sur le plan doctrinal, stipula t-il, pour ne choquer personne et éviter de froisser ses frères dans l’initiation, que les voies étaient complémentaires, qu’elles pouvaient se conjuguer, se conjoindre en harmonie ?

La réponse nous la connaissons : Pas le moins du monde ! »

Jean-Marc Vivenza, Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges, Arma Artis, 2012, pp. 93-113.

Notes.

1. R. Amadou, Introduction au Traité sur la réintégration des êtres, Collection Martiniste, Diffusion rosicrucienne,  1995, p. 39.

2.  «(Sur la Croix) Le Christ était en contemplation avec l’esprit du Père, et les heureux mortels qui l’ont imité étaient en contemplation avec l’esprit du Fils divin. C’est là ce qui nous fait concevoir la suspension de l’action de l’âme, et la privation ou l’ignorance où le corps reste alors de ce qui s’opère, autour de lui. » (Traité, 191)

Un projet sectaire au sein des ordres initiatiques….le dogmatisme parasitaire

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On a assez glosé sur ces pages, lorsque le phénomène est apparu, à propos du ridicule d’une posture visant à se présenter ouvertement et se faire connaître sur les réseaux comme « néo-coën », mais en cachant constamment, lorsque questionné aimablement sur le sujet, sa source de transmission et la validité des titres dont on prétend se parer.

Pour nous cette attitude disqualifiante sur le plan initiatique, à laquelle peut se rajouter un travestissement systématique de la doctrine de la réintégration et à l’utilisation de méthodes scandaleuses poussant jusqu’à critiquer un livre sans l’avoir lu plus de trois semaines avant sa publication, fait qu’il n’est plus nécessaire à notre avis de s’intéresser aux délires exprimés par celui qui signe ses risibles hoquets réguliers sous le nom d’un « martinésiste chrétien ».

Toutefois l’occasion de rire ne se présentant pas tous les jours, et le Crocodile n’étant pas d’un caractère morose, nous n’hésitons pas une nouvelle fois à nous amuser face à ce qui en arrive à s’approcher du trouble obsessionnel compulsif (TOC) chez le martinésiste chrétien, qui voit des dogmes partout et cherche absolument à plier les voies initiatiques aux décisions dogmatiques de l’Eglise.

Pourtant le clownesque martinésiste cache derrière son manège un projet dangereux, celui cherchant à soumettre les voies initiatiques au dogmatisme ecclésial.

Ainsi, publiant des extraits d’une lettre que Willermoz adressa à Bernard de Turckheim en octobre 1785, dans laquelle le fondateur du Régime Ecossais Rectifié manifeste, derrière l’attachement à la suprématie universelle du Pape de Rome, de nettes tendances gallicanes, notre martinésiste parvient à déceler, sans doute en utilisant ses dons d’extralucide utilisés, dans les lignes de la missive du lyonnais « qu’au travers des dogmes conciliaires, Jean-Baptiste Willermoz établit les fondements et principes essentiels de la foi chrétienne universelle, qui selon lui devait permettre de rassembler tous les chrétiens. Unicité de foi mais aussi unicité de culte qui en est comme le corolaire » (ouf !)

Comment ? Le lyonnais qui n’a eu de cesse de mettre en garde contre l’oppression de la classe sacerdotale, de prévenir que l’Eglise s’était coupée des enseignements mystérieux depuis le VIe siècle, d’inviter à se méfier des esprits sectaires, se révèlerait dans sa correspondance un autocratique défenseur de la dogmatique conciliaire ?

Voilà qui serait bizarre….par quel sortilège notre néo-coën extralucide parvient-il à affirmer que « Jean-Baptiste Willermoz établit les fondements et principes essentiels de la foi chrétienne universelle au travers des dogmes conciliaires » (sic) ?

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Dans ce passage où notre contorsionniste grimaçant prévient que la « doctrine professée au travers de l’Initiation »  : «Willermoz n’hésite pas à dire que celle-ci est la vérité. Parce que cette doctrine, s’appuyant sur les dogmes et principes «essentiels » de la communion romaine, ne peut que mener à la vérité » (sic).

Or, dans ce passage, Willermoz en catholique romain aimant les formes de sa religion ne parle absolument pas de dogme, il s’adresse simplement à un réformé pour lui parler de l’excellence « des secours et consolations attachés à la messe ; aux sacrements, et principalement aux deux plus utiles la confession et celui des mourants ; à l’intercession de la Vierge Marie mère de Dieu et des saints et à la puissante protection des saints anges gardiens, dont les hommes éprouvent journellement de si grands secours.(…). » Concluant que « plusieurs églises protestantes se réuniraient à la croyance de la communion romaine si cela pouvait se faire sans s’unir à la cour de Rome, pour laquelle on conserve un juste et invincible ressentiment qui rend toute union impraticable tant qu’elle ne se réforme pas dans ses ambitieuses prétentions et qu’elle ne fera pas des sacrifices qu’elle ne veut pas faire. » (Jean-Baptiste Willermoz, lettre à Bernard-Frédéric de Turckheim, octobre 1785).

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Alors où le néo-coën voit-il que Willermoz dans ces lignes n’hésite pas à dire que la « doctrine professée au travers de l’Initiation est la vérité, parce que s’appuyant sur les dogmes » ? Mystère ?!

Pas une ligne, pas une seule virgule dans ce passage comme dans toute cette lettre, sur la prétendue identité ou conformité entre la « doctrine professée au travers de l’Initiation » et les dogmes.

Et pour cause car à aucun moment n’est abordé le sujet !

Ce que souligne Willermoz à Turckheim, qui comme tous les réformés rejette la papauté et les abus de la cour de Rome, c’est que pour lui le concile est supérieur au Pape en matière de vérités portant sur la foi. C’est tout et pas plus. Ce en quoi d’ailleurs Willermoz se montre gallican et janséniste, puisque c’est exactement ce que pensaient les courants en sympathie avec les idées de Port-Royal au XVIIIe siècle.

En revanche lorsqu’il parle de la « doctrine professée au travers de l’Initiation », Willermoz le fait en des termes vagues et généraux : « Vous aviez été frappé , comme je l’ai déjà dit, du caractère de vérité de la doctrine de l’initiation, de l’immense étendue et multiplicité des objets qu’elle embrasse, de l’enchaînement ravissant de toutes ses parties qui fournit une preuve de plus de la vérité et du prodigieux moyen qui a été employé pour nous en gratifier et pour éclairer par elle peut-être le monde entier… » (Ibid.).

Mais ce qui est intéressant, c’est que lorsque Willermoz aborde avec Turckheim le sujet du christianisme et des vérités de foi, au moment où il pourrait en profiter pour dire leur identité avec les dogmes, alors son discours relève de l’approche intérieure des vérités chrétiennes, d’une manière totalement éloignée du dogmatisme : « Par l‘heureuse et journalière expérience du chrétien, tout raisonnement sur les matières de foi est nul s’il n’est vivifié par la vie de la vérité, et doit se taire devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité. Laissez-les donc, mon bon ami, s’égarer dans leurs raisonnements, et ayez le courage d’en appeler dans le secret de votre propre expérience ; elle ne vous trompera pas, si vos intentions sont pures et votre volonté bien soumise. Et c’est alors que vous trouverez dans vous-même la règle certaine de votre foi. » (Ibid.).

Avons-nous bien lu ?

Willermoz loin de professer la valeur du dogme, soutient :

« Tout raisonnement sur les matières de foi est nul s’il n’est vivifié par la vie de la vérité, et doit se taire devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité… »

Voilà la position réelle de Willermoz, sa conviction est que tout raisonnement en matière de foi est nul si non vivifié par la vie de la vérité.

Mais poursuivons.

Ces raisonnements pour le fondateur du Régime rectifié doivent se taire devant quoi ?

Voici la réponse : « Devant le sentiment intime qui est le caractère essentiel de cette vérité pour tout homme qui la cherche avec soumission et sincérité… »

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C’est très clair, pour Willermoz, tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime !!

C’est en parfaite cohérence avec ce que soutient tout le courant illuministe, à savoir que « Dieu est sensible au cœur», et qu’il n’y a, et ne peut avoir, aucun critère dogmatique dans cette rencontre intime avec la vérité chrétienne.

Et Willermoz va même plus loin, il intime l’ordre de silence absolu devant la rencontre intérieure, en des termes que n’aurait pas désavoué Saint-Martin : « tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime » !

Comment donc ne pas rester effaré, saisi, choqué devant les affirmations mensongères du martinésiste chrétien obsédé par le dogme, qui n’hésite pas à trafiquer les textes, lorsqu’on lit ceci dans sa conclusion : « Notre seul objectif était de mettre en lumière les principes et fondements spirituels « essentiels » de la Doctrine de l’Initiation de la Grande Profession de l’Ordre Rectifié….et quel meilleur moyen que de simplement se référer aux écrits mêmes du rédacteur de cette doctrine, Jean-Baptiste Willermoz, qui nous révèle que….la doctrine de l’Ordre ne peut ainsi s’éloigner des dogmes de l’Eglise. »

Or précisément Willermoz ne révèle strictement rien dans sa lettre, ne souffle pas un mot sur les principes et fondements spirituels « essentiels » de la Doctrine de l’Initiation ! D’autant que la pensée véritable du patriarche lyonnais, largement connue de ceux qui s’intéressent à ces questions, est exactement le contraire, puisqu’il affirme que les secrets de la Grande Profession : « Les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui en soutiennent la vérité. » (Lettre de Willermoz à Saltzmann, mai 1812).

On ne saurait donc travestir plus mensongèrement la pensée de Willermoz qui à aucun moment ne soutient dans cette lettre, comme dans l’ensemble de ses écrits, que « la doctrine de l’Ordre ne peut ainsi s’éloigner des dogmes de l’Eglise », ou comme on peut le lire encore, qu’elle « est nourrie essentiellement des dogmes conciliaires reconnus par toutes les Eglises ».

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Là c’est du pur délire interprétatif !

On est vraiment en présence d’une mauvaise foi outrée, d’un comportement pharisaïque, d’une vision partisane clairement affichée, et surtout d’un très gros mensonge à visée manipulatrice !

C’est du grand n’importe quoi, mais un n’importe quoi mis au service d’un projet, celui de soumettre – par l’effet d’une grossière manœuvre des textes qui disent pourtant le contraire – la « doctrine de l’initiation » à la dogmatique de l’Eglise.

Et ce projet apparaît au grand jour avec une acuité saisissante mais également extrêmement inquiétante. Car le souhait d’enfermer l’esprit des frères dans un mode de pensée dogmatique bien éloigné par nature de l’approche initiatique, se manifeste d’une façon évidente dans les commentaires de cette lettre de Willermoz à Turckheim, révélant le projet auquel travaille une tendance sectaire au sein des ordres initiatiques, qui s’y est installée et cherche à s’y maintenir de manière parasitaire.

Combien plus juste, plus douce et bienfaisante la position de Willermoz, qui se résume à ces mots : « Tous les raisonnements en matière de foi doivent se taire devant le sentiment intime » ! 

Théurgie coën et rite vaudou en Haïti…un étrange mariage

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La Fête de la Saint-Jean est l’occasion en Haïti d’une cérémonie plus qu’étrange, bien qu’elle ne soit pas de nature à surprendre ceux qui connaissent un peu l’histoire initiatique de cette île, autrefois Saint-Domingue.

L’histoire Maçonnique d’Haïti peut-être partagée en deux parties : Avant 1789 (avant l’Indépendance) et après l’Indépendance, le nom indigène « Haïti » n’étant bien sûr pas encore en usage, le territoire de l’État actuel d’Haïti formant à l’époque la « partie française de Saint-Domingue », la plus riche des « îles ». La Maçonnerie d’Ancien Régime y a rencontré un très vif succès et Saint-Domingue a été un « laboratoire » de Hauts Grades.

Mais évidemment, le séjour et la disparition sur place de Martinès de Pasqually en septembre 1774, confèrent à ce lieu une place singulière à Haïti.

Et en effet, comme si les élus coëns avaient laissé quelques traces cérémonielles palpables et concrètes dans ces régions pénétrées des rites vaudous et magiques, se célèbre un rituel directement inspiré des pratiques coëns lors de la fête de la Saint-Jean aux abords du Temple maçonnique où, après avoir inscrit des noms angéliques, planté les bannières et tracé les cercles à la craie sur le sol, on place au centre un grand bûcher auprès duquel se regroupent les maçons des hauts degrés.

Le vaudou, omniprésent en Haïti, vient d’Afrique de l’ouest, mais celui pratiqué sur l’île est en plus intimement lié à la définition identitaire du peuple haïtien, puisque la cérémonie du Bois-Caïman du 14 août 1791, telle qu’elle a pu être décrite : harmonie particulière entre le chant, la danse et les sacrifices d’animaux provoquant les inévitables et énigmatiques crises de possession, tout ceci sous la direction de Boukman, chef des esclaves, mènera grâce à la révolte victorieuse à l’effondrement de l’esclavage en 1804.

Depuis, tout ce qui touche à la magie, à l’occultisme, à l’ésotérisme, à la religion et à la franc-maçonnerie, est pénétré de l’esprit du vaudou sur l’île.

C’est ce curieux mélange de rites vaudous et de théurgie des élus-coëns, qui se déroule publiquement en Haïti lors de la Saint-Jean, et auquel tous peuvent assistés, rituel peu connu mais qui est intéressant à plus d’un titre.

Ainsi certains Frères, selon la description qui nous est donnée de ce rituel, Frères qui se présentent comme « Réaux+Croix » (sic), revêtus d’aubes sacerdotales, retirent leurs chaussures et entrent dans les cercles, puis s’approchent de l’autel de bois et procèdent à son aspersion avec de l’eau bénite, des sels de mer, etc., pratiquent des offrandes d’alcool, d’eau de coco, d’huile de palme et font fumer des parfums pour purifier le lieu. Les prières préalablement recueillies sont placées dans le centre du bûcher qui représente l’autel, que les Frères haïtiens appellent «l’Arche». Enfin un mélange spécial d’encens est brûlé par un thuriféraire, et le Vénérable Maître, gardiens et orateur invoquent les puissances angéliques.

Tous les chœurs angéliques sont invoqués, on chante, on danse, on proclame des formules mélangeant  prières et formules magiques, puis, après de fougueuses circumambulations, est enfin enflammée « l’Arche » par les prêtres maçonniques qui se disent « coëns ».

Dans une extase collective, est ainsi consumé le brasier magico-coën, laissant se poursuivre tardivement dans la nuit, les libations festives de la Saint-Jean haïtienne.

Voilà un curieux exemple, mais assez démonstratif des liens harmonieux existant entre théurgie coën, magie, sorcellerie et vaudou en Haïti, exemple qui méritait d’être signalé en raison de ce mariage – dont on ne sait s’il faut le qualifier « d’heureux » ou non – entre des pratiques qui semblent à l’évidence participer de sources et de méthodes identiques, et poursuivre des buts semblables.

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